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La dépression des uns fait le divertissement des autres

Par Laurent Matignon


[...] Ce qui me rappelle une anecdote, qui s'est déroulée un vendredi d'octobre 1987. Ce matin-là, tous les médias avaient annoncé que, à la suite d'une simple petite phrase d'Alan Greenspan, alors chef de la banque fédérale, le plus grand krach boursier des six dernières décennies venait de commencer. Petit à petit, des milliers de gens venus de tous les coins de New York confluèrent sur Wall Street. Sans trop comprendre, les policiers observaient cette masse immobile levant le nez au ciel. Jusqu'à ce que l'affaire s'éclaircisse : tous attendaient que les premiers brokers désespérés se jettent par les fenêtres. Les images de 1929 étaient dans toutes les mémoires, et nul ne voulait rater l'événement en direct. La dépression des uns fait le divertissement des autres. Certes, une crise financière n'aurait pas amélioré le sort des petites gens, mais du moins ne voulaient-ils pas manquer le spectacle consolateur des maudits yuppies s'écrasant sur le bitume. La foule attendit longtemps sans que rien ne se produise. Et peu à peu, une rumeur circula : il n'allait rien se passer. Personne n'allait se défenestrer. Car depuis que la climatisation existe, il n'est plus possible d'ouvrir aucune fenêtre à Wall Street. Le petit peuple déçu rentra chez lui. Probablement pensèrent-ils : shit, même les joies les plus simples de l'existence sont gâchées par la technique moderne.
Guillaume Paoli, in Eloge de la démotivation
(Couverture de l'album Dead Yuppies, par le charmant groupe à guitare Agnostic Front)

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