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Quelqu’un a des nouvelles de… ? (#3 Retrospective sur un amour perdu: Ed Banger Records)

Publié le 07 janvier 2013 par Wtfru @romain_wtfru

 edbanger_group

Les premiers jours de 2013 et la fraicheur lancinante de l’hiver ont suscité en nous une forte envie de revenir sur le label de Pierre Winter (on offre un pin’s à celui qui trouve la blague en premier). Un amour de jeunesse jamais totalement abandonné, mais jamais totalement avoué non plus ; le presque éternel Ed Banger.

Logo Ed Banger

Ce qu’évoque ce nom désormais célèbre, c’est bien sûr une base aussi solide que celle des machins pointus et triangulaires d’Egypte, mais également de farouches et osées étaiements de façades. En effet, si Pierre Winter (ou Pedro Winter, pour les intimes) ne vous dit rien, celui-ci de Busy P (son nom de scène) vous titillera certainement doucement les tympans, tandis que celui des Daft Punk fera baver langoureusement votre cœur tendre et émoustillé d’adolescent boutonneux. C’est ainsi qu’en 2003, en pleine gloire pré-ad vitam aeternam du duo casqué, l’ami Busy P, alors manager des Daft Punk, crée une sous-division de sa société déjà florissante, Headbangers Entertainment ; les Ed Banger Records sont nés.

La suite, on la connaît à peu près, des noms comme Justice, SebastiAn, Cassius, DJ Mehdi, Breakbot, Sébastien Tellier ou encore Mr. Oizo nous sont, à tous, plus que familiers, et résonnent en chacun de nous comme l’ont fait nos oreilles en ces lendemains des premières cuites au mousseux. D’autres artistes, moins connus du grand public, viennent également garnir la liste, graver leur nom à l’étendard Ed Banger : Mr. Flash (qui peut se vanter d’avoir signé le premier titre de l’histoire du label parisien), Krazy Baldhead, le groupe de rap DSL, Vicarious Bliss, Feadz, Mickey Moonlight, ou encore la sulfureuse Uffie. Tous ces noms, proclamés avant-coureurs de la French Touch deuxième génération par les journaux électro du monde entier, ont perdu – tout ou en partie – de leur superbe d’antan.

Qu’est-ce qui explique cela ? Le fait de bouder les artistes underground devenus mainstream est une habitude des fans et un fait redondant dans la culture électronique et hip-hop, certes. On se souvient encore du sujet accordé au 13 heures de TF1, en 2007, qui marquait avec un fracas presque parodique (on vous évite l’insulte de vous fournir un lien), la fin de l’ère non médiatique d’Ed Banger. Des sites renommés qui se faisaient le relai numérique du label, tel que Fubiz, Konbini ou Pitchfork se pressaient alors de publier « en exclusivité » chaque nouveau clip qui émanait de l’industrie parisienne. « Industrie », en effet, le mot n’est pas une exagération de sens, quand on sait l’importance et le rôle capital qu’a joué Bertrand Lagros de Langeron, alias So Me, dans la réalisation des clips et de la charte graphique d’Ed Banger ; sans parler de Quentin Dupieux (alias Mr. Oizo), aujourd’hui passé derrière la caméra et ayant quatre longs-métrages à son actif.

Le logo créé par So Me, pour rendre hommage à DJ Mehdi, décédé en septembre 2011

Le logo créé par So Me, pour rendre hommage à DJ Mehdi, décédé en septembre 2011

Quid de cet Ed Banger multifonctions ? Que reste-t-il de cette effervescence passée ? A vrai dire, pas grand chose. La naissance de Bromance Records, en 2011, entrainant avec elle la renaissance de la techno de Detroit, les Marble Records, avec le Club Cheval et son R&B pour cockés, l’électronique doucereuse venue de Berlin, les Boys Noize Records et ses multiples talents, ne sont évidemment pas tant adulés, aujourd’hui, par le simple fait du hasard. Reste à savoir si le statut (médiatique et musical) des Ed Banger Records est la cause ou la conséquence de ce tournant électronique. Ils ont certainement influencés la majeure partie des artistes qui percent aujourd’hui, ce serait se voiler la face que de le nier. Malheureusement, mais comme souvent dans l’histoire de l’art, l’élève dépasse le maître, l’amateur (au sens d’appréciateur) surclasse le précurseur ; Ed Banger s’enlise dans son succès passé et poli ses trophées, en attendant de les entreposer dans ce qui se transformera certainement en un musée, un jour, au 18ème arrondissement de Paris.

Une lueur d’espoir nous aveugle cependant, faussant éphémèrement notre jugement : Boston Bun, dont l’EP Housecall, sorti le 27 novembre dernier, vient rafraichir la tonalité ambiante et décolle la poussière des canapés en cuir des studios d’Ed Banger. Mais celle-ci ne tarde pas à retomber quand on gratte un peu la cire qui s’accroche à nos tympans, comme on fait de même avec les illusions qui s’accrochent à nos espoirs. L’influence bromancienne de Brodinski et Gesaffelstein est très réussie, mais avec un an de retard. Quant au clip de Housecall, la touche de Panteros666 du Club Cheval est aussi palpable, en moins poussée, évidemment (on prend pas le risque de devenir trop foufous, non plus, faut pas déconner). Le remix de Maelstrom par Boston Bun sorti chez Sound Pellegrino, en février dernier, beau et sensé, nous ferait presque regretter son départ de l’autre label parisien.

Ed Banger n’impressionne plus, donc, à part peut-être les adolescents qui « font comme grand frère » en trainant au bord du stade municipal en fumant leur première clope. Même si on ne se risquera pas à dire qu’ “Ed Banger, c’était mieux avant“, sait-on jamais, on est obligés de constater que la peinture des murs de la maison Ed Banger s’effrite à vue d’œil. Si bien qu’on commence à en apercevoir les fondations ; ainsi, Daft Punk sort un album en mars, après cinq années de silence radio ? Au fond, la machine est plutôt bien huilée. Reste à voir, si l’album voit effectivement le jour, comment Ed Banger réagira à la secousse sismique : repartir dans un second souffle et la peinture écaillée en moins, ou s’effondrer avec les Daft Punk ? 2013, c’est à toi de nous le dire.


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