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Une bien curieuse canne compagnonique…

Par Jean-Michel Mathonière

Un visiteur du site m'a récemment interrogé au sujet d'une canne « compagnonnique » figurant dans une collection de cannes qu'il a héritée de sa grand-tante. Le pommeau présente en effet un trophée d'outils quelque peu inhabituel : équerre et compas entrecroisés (selon un graphisme de l'équerre que l'on rencontre plutôt côté maçonnique), accompagnés à gauche d'une hache de type charpentier de marine, et à droite d'une ancre.

Une bien curieuse canne compagnonique…

À première vue, après avoir reçu cette première photographie, j'ai tout d'abord pensé à un faux. En effet, jusqu'à preuve du contraire, le métier de charpentier de marine — puisque tel semble être le métier désigné par cet emblème — ne figure pas dans les métiers organisés en compagnonnage au XIXe siècle. J'ajouterai que le graphisme du lettrage du nom compagnonnique (Bretagne le Cœur d'Or) me semble beaucoup trop moderne pour la date indiquée, 1846, et que précisément, pour une telle ancienneté, c'est l'ensemble même qui paraît anachronique. Il faut en effet rappeler que c'est seulement à partir des années 1850 que se fixe et se stabilise peu à peu ce modèle de pommeau polygonal (à sept ou huit côtés) sur lequel est gravé, directement ou, plus tardivement, sur une pastille, le blason de la société compagnonnique auquel appartenait le propriétaire de la canne.

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Toutefois, ayant interrogé l'actuel propriétaire sur la provenance de la canne, il m'a semblé intéressant de poursuivre plus loin les investigations. Le fait que cette canne figurait dans une collection déjà ancienne, réduisait le risque de ces faux ou demi-faux dont des brocanteurs peu scrupuleux ont abreuvé les collectionneurs depuis les années 1970 environ. Les photogaphies adressées ensuite m'ont convaincu qu'en tous les cas, cette canne-là ne cherchait aucunement à ressembler plus avant à une canne compagnonnique « normale »… Qu'on en juge !

Le pommeau est, non pas en bois ou en corne comme il est d'usage, mais en bronze…

Une bien curieuse canne compagnonique…

Quant au jonc habituel formant le corps de la canne, il est ici remplacé par des vertèbres de je ne sais quel animal (poisson ou mamifère) entrelardées d'une autre matière, sombre, non identifiée.

Une bien curieuse canne compagnonique…

Une bien curieuse canne compagnonique…

Une bien curieuse canne compagnonique…

La férule, habituellement en laiton, est ici dans une sorte de corne ou de matière d'origine animale.

Une bien curieuse canne compagnonique…

© Photographies X, D.R.

Hormis ce pommeau « compagnonnique », le reste de la canne est en réalité tout à fait conforme à ces cannes de marins présentes dans de nombreuses collections, et dont le fût est constitué le plus souvent de vertèbres de requin ou de raie.

Alors, canne de Compagnon charpentier de marine ? Canne que se serait confectionné sur le tard, bien des années après avoir été reçu (1846), un Compagnon charpentier ayant ensuite fait carrière comme marin ? Je reste très dubitatif… Mais peut-être des visiteurs du site pourront-ils éclairer notre lanterne ?

Une bien curieuse canne compagnonique…

L'homme pense parce qu'il a une main. Anaxagore (500-428 av. J.-C.)


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