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Aperçu de la peinture Allemande du XXe siècle

Publié le 27 octobre 2012 par Jigece

1910, Max Pechstein, Jeune fille assise Après les derniers soubresauts du symbolisme, représenté par Max Klinger et Franz von Stuck, l’expressionnisme est le premier courant majeur du XXe siècle. Il est à l’origine de nombreux groupes comme le fauvisme, le cubisme ou le futurisme. Ce mouvement, né à Vienne, s’étend rapidement dans les milieux artistiques allemands à partir de 1905. Paula Modersohn-Becker en est une des premières représentantes. En Allemagne, ce mouvement, particulièrement sombre et tourmenté, domine toute l’activité culturelle jusqu’à l’arrivée au pouvoir du nazisme. En 1905, les peintres Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff créent le mouvement Die Brücke. Par des dessins aux traits rapides et aux couleurs vives, ils veulent donner la priorité à la spontanéité, l’émotion et la subjectivité. À Munich, en 1911-1912, Franz Marc, Vassily Kandinsky (Russe ayant vécu en Bavière de 1896 à 1914), August Macke et d’autres artistes créent le mouvement Der blaue Reiter (Le Cavalier bleu) et veulent abandonner le réalisme pour un art plus abstrait. Les expressionnistes d’après-guerre forment le groupe de la Nouvelle Objectivité, Neue Sachlichkeit. Leurs œuvres témoignent du pessimisme ambiant dû à la défaite. On peut citer Max Beckmann, George Grosz et surtout Otto Dix. Certains peintres se tournent vers le surréalisme et adhèrent au mouvement Dada. C’est le cas par exemple de Max Ernst et Hannah Höch.
Un autre mouvement se développe à Hanovre dans les années 1920 ; il s’agit des abstraits de Hanovre (abstrakten hannover), qui accueillent beaucoup de peintres venus d’URSS. L’un des piliers de cette effervescence est Kurt Schwitters, qui convie Carl Buchheister, Rudolf Jahns, Hans Nitzschke et Friedrich Vordemberge-Gildewart à le rejoindre.

Cette richesse artistique est stoppée par l’avènement d’Hitler au pouvoir. Celui-ci juge cet « art dégénéré », dangereux et inadapté à la société idéale qu’il entend mettre en place. Des artistes tels que Kandinsky, Klee et Schwitters quittent l’Allemagne dès l’arrivée des nazis au pouvoir. Max Beckmann s’enfuit le lendemain de l’ouverture de l’exposition d’art dégénéré (présenté comme étant produit par les bolcheviks et les juifs) que les nazis organisent à Munich en 1937 et où presque tous les grands artistes modernes allemands (Emil Nolde) et étrangers (Picasso, Chagall) figurent, à coté d’œuvres de malades mentaux auxquels ils sont comparés. Lyonel Feininger a fui peu de temps avant pour les États-Unis où, tels Hofmann, Albers et de nombreux autres artistes, il contribue à diffuser l’art moderne européen.
Hans Hofmann fut d’abord professeur. En 1915 il ouvre une école d’art à Munich et jusqu’en 1936 se consacre à l’enseignement, surtout aux États-Unis où il apporte les idées modernistes européennes, notamment aux cours des sessions d’été à l’Université de Californie – Berkeley et à l’Art Student League de New York, puis il ouvre sa propre école d’art dans cette même ville. À partir de 1937, il se remet à peindre. Lee Krasner, Helen Frankenthaler, Joan Mitchell, Robert de Niro Senior, Burgoyne Diller, Clement Greenberg, Mark Rothko, Frank Stella sont de ses élèves. Il joue ainsi un rôle crucial dans le développement de l’expressionnisme abstrait américain. En 1958 il cesse d’enseigner pour se consacrer à la peinture jusqu’à sa mort en 1966. Il est l’un des plus grand peintre abstrait du siècle.
Lui aussi peintre et pédagogue de l’art, Josef Albers enseigne au Bauhaus d’octobre 1923 à avril 1933. Il quitte l’Allemagne en 1933 pour les États-Unis. Il enseigne pendant quinze ans au Black Mountain College. En 1950, il devient directeur du Departement of Design de l’Université Yale à New Haven jusqu’en 1959. Depuis les années 40, l’orientation principale de son enseignement et de sa peinture se focalise sur l’« effet optique de la couleur ». Ayant généré très probablement une impulsion pour l’avant-garde américaine des années 60 et 70, Josef Albers peut être considéré comme un précurseur de l’Op art.
Ceux qui restent en Allemagne durant la période nazie sont contraints à une sorte d’exil intérieur : si Otto Dix et Erich Heckel assagissent leur production afin de ne pas être soupçonnés, d’autres continuent de peindre en secret, par exemple la nuit, tout en produisant des commandes officielles la journée. Felix Nussbaum, lui, se réfugie à Bruxelles où il vit caché durant quatre ans avec sa femme. Après dénonciation d’un voisin, le couple est arrêté le 21 juin 1944 et emmené dans le dernier convoi pour Auschwitz depuis la Belgique et y périt, gazé, comme pratiquement tout le reste de sa famille qui s’était réfugiée en Hollande. Il aura peint jusqu’au bout, la peinture représentant pour lui un moyen de lutter contre le régime nazi et de conserver sa dignité humaine tout en lui donnant la force de survivre. Comme aucun autre artiste, il a su représenter à travers ses peintures la situation dramatique dans laquelle il se trouvait en tant que Juif allemand durant ces années noires.

À la fin de la guerre et jusqu’à la réunification, les peintres d’Allemagne de l’Ouest et d’Allemagne de l’Est vont prendre des chemins différents. Les artistes de la RFA se lancent à corps perdu dans l’art abstrait. Les œuvres de Willi Baumeister, d’Ernst Wilhelm Nay, d’Emil Schumacher suscitent des débats passionnés, le public étant désarçonné par cette forme de peinture. En RDA, isolée de la RFA à partir des années 1960, les artistes sont formés dans des écoles financées par l’État (comme Werner Tübke), qui laissent peu de place à l’expérimentation individuelle. Mais des peintres comme Wolfgang Mattheuer ou Ralph Winkler ont su rester créatifs malgré tout, même si, pour ce dernier, qui signait sous le nom d’emprunt A. R. Penck, cela fut très difficile : il a de nombreux problèmes avec la Stasi qui censure ses dessins ou fait saisir ses toiles en douane. Il finit par passer à l’Ouest en 1980.

Les années 1960 libèrent l’artiste de toute convention. Sigmar Polke lance, avec Gerhard Richter, le courant « Réalisme capitaliste ». Richter s’interroge ainsi sur les possibilités de la peinture à représenter la réalité.
Á la fin des années 1970, en réaction aux directions prises alors par le minimalisme et par l’art conceptuel, un style dont les origines remontent à la Transavanguardia italienne, s’impose presque simultanément en Europe et aux Etats-Unis. En France, on l’appelle figuration libre et, dans les pays anglophones, New Image Painting ou Wild Style. En Allemagne et en Autriche est d’abord employé le terme « néo-expressionnisme », puis « Nouveaux Fauves » (Neue Wilde). Le marché de l’art s’emballe pour ces jeunes artistes qui renouent avec un style de peinture dont on avait annoncé depuis longtemps la fin : la joie réapparaît sur les toiles, avec des formats souvent énormes couverts de coups de brosse sauvages. Les travaux sont tout à la fois expressifs, figuratifs ou abstraits, pleins de citations et de références à l’histoire de l’art ou à des sentiments intimes comme la sexualité – pleins de vie et d’énergie. La côte de certains artistes comme Rainer Fetting ou Salomé, figures de proue de ces « Nouveaux Fauves », explose avant de retomber avec le krach boursier. Parmis ces Neue Wilde on trouve également à Berlin : Helmut Middendorf, Bernd Zimmer, Elvira Bach…, à Dresde : A. R. Penck, à Düsseldorf : Albert Oehlen, Werner Büttner
C’est aussi à cette époque qu’apparait en Allemagne l’un des plus importants artiste contemporain, Anselm Kiefer. Son travail, au travers de peintures souvent de grandes dimensions faites d’accumulation de matière et parfois d’objets, revisite la littérature et les mythes, mais aussi l’histoire, en particulier Allemande du XXe siècle, en dénonçant la voie dangereuse qui tend à oublier la terreur nazie. L’Allemagne s’est en effet beaucoup penchée sur son passé récent, avec, à l’Ouest Anselm Kiefer, donc, mais aussi Georg Baselitz, Jörg Immendorff et Markus Lüpertz et à l’Est, Walter Libuda, Volker Stelzmann et, surtout, Bernhard Heisig, « acteur immédiat » de ce siècle d’histoire allemande, ancien SS (à 16 ans, en 1941, il s’engage comme volontaire dans la Wehrmacht et à 18 ans, rejoint la Waffen-SS), ancien communiste (après la guerre, il adhère avec la même ardeur au SED, le Parti communiste de la RDA, et collectionne les fonctions honorifiques et les décorations au sein du petit monde des arts est-allemand) et qui, dans les années 70 et 80 a peint toute la fureur de l’histoire allemande : des armées marchant vers la mort, des mêlées de soldats, des bouches qui hurlent, des juifs portant l’étoile jaune, des casques avec ou sans crâne dessous.
Dans les années 1990, la chute du Mur de Berlin ouvre de nouvelles perspectives à l’art allemand. La disparition du mur de la honte est vécue comme un formidable incitateur pour la création, enfin débarrassée de carcans stérilisants, et donne naissance à une nouvelle peinture allemande, foisonnante, exubérante, comme chez Johannes Grützke, Anton Henning ou Christoph Ruckhäberle. On voit également apparaître une nouvelle tendance picturale, avec l’utilisation de la bombe aérosol, chez des artistes comme Albert OehlenJonathan Meese ou Neo Rauch.
Aux côtés de ces poids lourds du marché que sont Baselitz, Richter ou Kiefer, la jeune peinture allemande est très active, notamment à Berlin, avec de jeunes artistes au succès grandissant comme Günther Förg, Eberhard Havekost, Anselm Reyle, Matthias Weischer, Thomas Scheibitz, Thomas Zipp, André Butzer ou le peintre minimaliste Imi Knoebel

Voici maintenant, en 110 tableaux, un aperçu de cette très expressive peinture Allemande, du XXe siècle jusqu’à nos jours.

1901, Max Liebermann, Samson et Dalila
1902, Paula Modersohn-Becker, Mädchenkopf vor einem Fenster
1903, Lovis Corinth, Autoportrait au verre de champagne avec son épouse
1904, Max Slevogt, Die taenzerin Marietta di Rigardo
1905, Erich Heckel, Arbres dans un pré
1906, Karl Schmidt-Rottluff, Bord de mer
1907, Osmar Schindler, Muscles
1908-09, Gabriele Münter, Stillleben mit Vase, Flaschen und Zweigen eines Vogelbeerbaumes
1909, Lyonel Feininger, Le pont vert I
1910, Emil Nolde, Danse autour du veau d'or
1910, Max Pechstein, Jeune fille assise
1911, Franz Marc, Cheval bleu II
1911, August Macke, Champ de légumes
1912, Christian Rohlfs, Clowngespräch
1913, Alexander Kanoldt, Cour
1914, Peter August Böckstiegel, Auszug der Junglinge in den Krieg, Studie
1915, Ernst Ludwig Kirchner, Auto portrait en soldat
1916, Adolf Erbslöh, Forêt détruite près de Verdun
1916, Franz von Stuck, Mary in rotem Sessel
1917, Hans Arp, Les Lois du Hasard
1918, Rudolph Bauer, Con roso
1919, Anton Kolig, Am Morgen
1919, Magnus Zeller, Liebespaar
1920, Walter Gramatté, L'adieu
1920, Otto Griebel, Der Schiffsheizer
1921, Otto Dix, Le Salon I
1922, Georg Scholz, Badische Kleinstadt bei Tage
1923, Oskar Schlemmer, Danseuse
1924, Albert Birkle, Bildnis Maler Kath
1925, Hans Grundig, Mädchen mit rosa Hut
1925, Hannah Höch, Rome
1926, Franz Wilhelm Seiwert, Fabriken
1927, George Grosz, Porträt des Schriftstellers Max Herrmann-Neiße
1927, Heinrich Vogeler, Baku (Komplexbild)
1927, Gustav Wunderwald, Am Wedding (a neighborhood in Berlin)
1928, Rudolf Jahns, Komposition große Figur in Raum
1929, Christian Schad, Maika
1930, Conrad Felixmüller, Autoportrait avec sa femme
1930, Franz Lenk, Altes wehr
1931, Hans Baluschek, Les lumières de la grande ville
1932, Herbert von Reyl-Hanisch, Duel
1933, Volker Böhringer, Strasse nach Waiblingen
1935, Carl Grossberg, Interieur
1935, Richard Oelze, Attente
1936, Friedrich Vordemberge-Gildewart, Composition
1937, Karl Hofer, Mann in Ruinen
1937, Otto Ritschl, Komposition 1937-01
1939, Kurt Schwitters, Image Merz avec arc-en-ciel
1940, Otto Freundlich, Komposition
1942, Max Ernst, Surréalisme et peinture
1943, Felix Nussbaum (mort en 1944 à Auschwitz), Autoportrait au passeport juif et à l'étoile jaune
1945, Ernst Wilhelm Nay, La fille de Hécate I
1945, Herbert Ploberger, Après le bain d'acier
1946, Hans Hofmann, Bacchanale
1947, Hans Feibusch, Singes
1948, Wilhelm Lachnit, Gliederpuppe
1949, Carl Buchheister, Komposition Zen
1949-50, Max Beckmann, Les argonautes
1951, Wols, Fantôme bleu
1953, Richard Lindner, La réunion
1955, Willi Baumeister, Bluxao V
1959, Gottfried Brockmann, Pigeons
1960, Franz Radziwill, Harzsteine
1961, Josef Albers, Variation on Homage to the Square
1963, A. R. Penck, Der Übergang (Le Passage)
1964, Sigmar Polke, Würstchen
1965, Konrad Klapheck, La guerre
1966, Georg Baselitz, Le berger
1967, Horst Antes, Saint François d'Assises
1969, Bernhard Heisig, Fortress Breslau, The City and Its Murderers
1970, Heinrich Steiner, Stillleben mit Zitronen
1971, Günter Fruhtrunk, 2 Rot, 1 Rot
1972, Wolfgang Mattheuer, Die Flucht des Sisyphos
1973, Hans Hartung, Sans titre
1976, Markus Lüpertz, Sans titre
1977, Gerhard Richter, Betty
1979, Matthias Koeppel, Jimmy Carter am Potsdamer Platz
1980, Rainer Fetting, Homme sous la douche
1981, Salomé, Nackte, blau
1982, Karl Horst Hödicke, Stau (traffic jam)
1982-83, Werner Büttner, Les problèmes de mini golf dans la peinture européenne I
1984, Martin Kippenberger, Big Until Great Hunger
1985, Helmut Middendorf, New York
1985, Volker Stelzmann, Anschlag
1985-87, Anselm Kiefer, Osiris und Isis
1987, Peter Klasen, Très fragile DB 21 S rouge
1988, Jörg Immendorf, Solo
1989, Emil Schumacher, Falacca
1990, Johannes Grützke, Der Kaktus
1991-92, Norbert Tadeusz, Sans titre
1993, Wolfgang Peuker, Les trois grâces et le Minotaure
1994, Elvira Bach, Hochrot und Honiggelb
1995, Daniel Richter, Blue
1997, Karin Kneffel, G I
1998, Eberhard Havekost, Platanen 2
1999, Neo Rauch, Stoff
2000, Norbert Wagenbrett, In der Gondel
2001, Günther Förg, Sands nom, triptyque
2002, Tim Eitel, Pool
2002, Dana Schutz, Nu allongé
2003, Jonathan Meese & Albert Oehlen, L'accueil
2003, Matthias Weischer, Erfundener Mann
2004, Christoph Ruckhäberle, Jeu
2005, Anselm Reyle, Sans titre
2005-06, Thomas Zipp, A.B.P.C.H.O., Triptych
2007, André Butzer, Sans titre
2008, Thomas Scheibitz, Schwester
2009, Martin Eder, Nuit
2010, Anton Henning, Portrait No 299
2011, Imi Knoebel, Anima Mundi 26/2

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