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Gérard Terrier

Par Rolandbosquet

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   « L’homme entre dans le soir de sa vie comme dans un pays étranger » écrivait Alexandre Vialatte. Cette phrase me revient en mémoire alors que j’assiste, le cœur serré, à l’inhumation d’un très vieil ami, jadis écrivain et poète médaillé et aujourd’hui oublié de tous. Le dénuement qui entoure la cérémonie n’a d’égal que la tristesse du ciel et l’indifférence polie des professionnels. Une solennité plus chaleureuse entourait autrefois ces intronisations dans l’au-delà. Je n’étais alors qu’un gamin, mais le souvenir de l’enterrement de notre voisin, le père Bourgeois, reste encore vif et présent.  Le corbillard, tiré par un vieux percheron à la robe grisâtre et suivi par la famille en tenue de deuil, avait d’abord traversé le village. Au passage du cortège, chacun soulevait alors respectueusement son béret ou sa casquette pour marquer sa considération.  À l’arrivée devant le porche de l’église, où chaque famille avait envoyé au moins un représentant, quatre costaux des plus proches du défunt hissaient le cercueil sur leurs épaules. Quatre autres amis proches qui tenaient le geste pour un honneur agrippaient les pompons attachés aux quatre coins du drap mortuaire qui le recouvrait. La procession s’engageait ensuite avec dignité jusque devant l’autel où reposerait la bière entre quatre gros cierges fumants pendant l’office célébré par le prêtre. On priait, un peu, on se rappelait, beaucoup, les frasques du disparu, on énumérait à voix basse ses malheurs et ses mérites. Il n’était pas vraiment mort puisqu’il était encore là, au milieu de sa communauté. On le conduirait ensuite à sa "dernière demeure" au milieu des discussions rituelles sur le temps à venir, les labours en retard et les nouvelles des cousins éloignés. Il ne partait pas seul puisque tout le village l’accompagnait. Notre époque qui voit se grossir les rangs des séniors, se prolonger les séjours en maisons de retraites et s’accroître le nombre de lits dans les mouroirs hospitaliers, devrait méditer sur les pratiques de ces époques révolues. La mort aujourd’hui ne fait plus partie de la vie. La mort est escamotée. La mort est une énigme, écrit Gérard Terrier dans un beau livre publié chez Œuvre éditions. Chef du service  de soins palliatifs au CHU de Limoges, il évoque sans pathos aucun les derniers jours de celles et ceux que la maladie à conduits jusqu’à lui. La grand-mère qui espère encore et malgré tout assister au mariage de sa petite fille. Ce vieux curé revenu de tout mais dévoré, malgré sa foi, par l’angoisse du grand passage et du jugement. Cette jeune fille consciente de l’issue qui l’attend et qui se mure dans le silence. Gérard Terrier sait les douleurs et il tente de les atténuer.  Il connaît les détresses et les désarrois et il essaie modestement d’aider les mourants à les surmonter avec dignité. Il ne s’appesantit jamais parce qu’il n’en sait pas plus que ses patients sur la mort sinon que c’est la fin inéluctable d’un organisme épuisé parvenu à la dernière extrémité. La mort fait peur, bien sûr. Mais elle effraie d’autant plus qu’on la tient éloignée et qu’on l’ignore. Gérard Terrier qui la côtoie chaque jour parvient à faire oublier l’hôpital souvent si redoutable et redouté pour nous le montrer comme un lieu de compassion. Opposé à l’acharnement thérapeutique comme à l’euthanasie ou au suicide assisté, il ne se réfugie pas derrière une froide technique ou une posture soi-disant éthique. Il dit simplement ce qu’il vit sans se changer jamais en donneur de leçons et conduit ainsi peu à peu le lecteur à une réflexion  personnelle. Comment réagirai-je en semblables circonstances ? Aurai-je ce courage, cette ultime force, cette tenue ? Gérard Terrier nous avait déjà gratifiés de quelques anecdotes amusantes glanées au fil de son expérience de médecin hospitalier dans deux petits livres publiés chez un éditeur régional. Il nous offre ici un livre bienveillant, généreux et utile. À son image. (©Roland Bosquet) "La mort, cette énigme", Dr Gérard Terrier, l’Œuvre éditions.


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