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La Fille de nulle part, de Jean-Claude Brisseau

Par Timotheegerardin
La Fille de nulle part, de Jean-Claude Brisseau Dans la Fille de nulle part, le personnage joué par Brisseau est semblable à un savant fou retournant ses expériences contre elles-même et contredisant ses conclusions au moment même où il les formule. Avec la même logique, il démontre à quelques minutes d'intervalles que les croyances les plus enracinées sont semblables aux hallucinations des délirants, et que la jeune femme qu'il a en face de lui est fort probablement la réincarnation de sa défunte épouse. C'est le paradoxe de l'ésotérisme, que d'enraciner l'imaginaire le plus improbable dans le scepticisme du langage scientifique ou philosophique. A grand renfort de "étant donné que", "or", "donc", le mouvement d'un mégot devient le fait d'une force maléfique. Transformer le discours critique en rite initiatique, c'est la séduisante perversion à laquelle se livre cet ancien professeur de mathématique quand une certaine Dora (exploratrice à sa manière) échoue sur le pas de sa porte. 
Du mégot qui se déplace au guéridon que l'on fait tourner, il y a un mélange entre l'enquête austère et le spectacle qu'on retrouve dans le reste du film. On est dans son appartement, le son est dégoûtant, tout ça sent le bricolage - mais la mise en scène tire étonnamment partie de cette situation. Un peu comme un film de found footage jouant de la pauvreté de l'enregistrement amateur, les visions du film de Brisseau fonctionnent avant tout par la sobriété de leur réalisation. La comparaison avec le found footage s'arrête là, La Fille de nulle part reposant sur un dialogue pictural entre les points de vue qui ne tend pas du tout au témoignage neutre. Ce qui rend les fantômes de Brisseau aussi saisissants qu'insaisissable, c'est la manière dont ils prennent chair par le regard des personnages auxquels on croit. Avec la brocante cinéphilo-ésotérique que constitue son appartement, Brisseau est parfaitement crédible en héros d'un Vertigo de fortune, minuscule Vertigo d'appartement où la femme aimée reprend vraiment vie, où Judy est vraiment Madeleine, hantée par Carlotta.

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