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Serge Bilé : La mauresse de Moret

Par Gangoueus @lareus

Coup de cœur La Mauresse de Moret, la religieuse au sang bleu, de Serge Bilé Par Emmanuel GOUJON
Serge Bilé : La mauresse de Moret Mon ami Serge Bilé nous fait un coup pendable ! En publiant dernièrement, « La Mauresse de Moret », il est comme les diables tentateurs qui aiguisent nos envies ou nos curiosités, et nous laissent au final sur notre faim… Journaliste et historien, Bilé a choisi cet unique point de vue – comme toujours rigoureux et documenté - pour décrire la vie d’une fille illégitime de la famille royale française sous le grand Roi Soleil. Une fille illégitime et… noire ! L’ouvrage commence sur l’image de la reine Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV, sur son lit de douleur. En plein travail d’enfantement, elle souffre le martyr devant une partie de la cour qui attend l’heureux dénouement. Finalement la surprise est à son paroxysme quand le nourrisson sorti des entrailles royales s’avère être une petite négrillonne. 
Serge Bilé s’appuie sur des sources de l’époque (1664)de cette naissance, mais aussi sur des recherches historiques, menées notamment par le célèbre Alain Decaux, pour retracer la vie de cette jeune fille, déclarée officiellement morte mais à la santé de fer, qui sera longtemps cachée chez des nourrisses, avant d’être installée dans le couvent de Moret sur Loing (Seine et Marne), non loin de Paris, sous le pseudonyme étrange de Marie-Louise de Sainte-Thérèse.Consciente, malgré un secret d’Etat bien orchestré, de ses origines royales, la jeune femme pense être la fille du bâtisseur de Versailles. De sa réclusion, qui n’a rien d’un enfer à part sans doute l’ennui, la Mauresse de Moret comme on l’appelle alors, reçoit d’augustes visiteurs : princes et princesses étrangers, nobles, parents.
Nabo ou l’abus de chocolat… Pour l’auteur, le père ou devrions-nous dire le géniteur de la Mauresse, serait Nabo, un page noir aux origines obscures, qui n’a laissé à la postérité que son nom, enrichissement du vocabulaire concernant les personnes de petite taille. Car l’un des éléments surprenants de l’ouvrage semble être que cette naissance exotique, ne semble pas vraiment avoir fait scandale. Certes le pauvre Nabo a disparu soudainement, certain voyant en lui la victime du fameux masque de fer. Mais le bébé lui est bien traité, écarté certes, mais on lui alloue plus tard une confortable rente, et son existence devient vite un secret de polichinelle, même si ses origines exactes semblent sujettes à caution. Et Bilé de rappeler que les croyances de l’époque tiennent plus de l’alchimie que de la génétique en ce qui concerne la conception ! L’anecdote d’une femme qui a abusé du chocolat et accouché d’un métis est édifiante.
Comme avec Noirs dans les camps nazis, Paroles d’esclavage ou Sombres bourreaux, Serge Bilé fait avec ce livre des révélations historiques passionnantes. Il faut saluer ce travail inlassable de remise en cause des préjugés et vérités historiques, soit disant acquis et définitifs. Mais il n’empêche que l’on aurait aimé en savoir plus. Ce que les sources historiques ne fournissent pas, l’imagination du romancier peut parfois y pallier. « La Mauresse de Moret » est en fait le synopsis de ce qui pourrait être un grand roman d’aventure, digne d’un opus d’Alexandre Dumas : secrets d’alcôve,dépaysement, emprisonnements, combats de cape et d’épée où l’on retrouverait Louis XIV, la Montespan, Zamor, le Masque de fer et pourquoi pas le fidèle D’Artagnan. J’ai envie de dire : Serge Bilé, reprend la plume !
Serge Bilé, La Mauresse de Moret,la religieuse au sang bleu Pascal Galodé éditeurs,novembre 2012, 71 pages
Un article d'Emmanuel Goujon, écrivain, journaliste.

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