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David Cronenberg et les mutations

Publié le 12 février 2013 par Unionstreet

David Cronenberg et les mutations

Enfin, Cronenberg enfante, son fils Brandon sort mercredi son premier long métrage, « Antiviral » (chronique à découvrir sur nos pages). Jusqu’à quel point Brandon a t-il été influencé par son père ? Probablement au point de vouloir s’en exorciser, son côté clinique, maladif et mutant hante la pellicule du même sang. L’occasion pour nous de retourner sur la carrière de David Cronenberg, ce vecteur de l’organique et des mutations corporelles et mentales. Vive la nouvelle chair.

David Cronenberg et les mutations

Chromosome 3 

Si Cronenberg avait déjà lacéré les médias par épidémie virale avec « Frissons » et « Rage » (où il parle du SIDA avant l’heure), c’est avec « Chromosome 3 » qu’il décrit sa première mutation. C’est à l’époque de l’horreur par enfantement, qu’il verra le jour, cette époque dorée ou « Rosemary’s Baby » fricotait avec « Alien« .

Nola, une femme en pleine séparation consulte un thérapeute inventeur de la psychoprotoplasmie, guérisseur de maux mais aux effets secondaires dévastateurs. Franck, son mari se rend rapidement compte que leur fille est marquée d’ecchymoses à chaque garde chez sa mère. Soudainement, certains proches de Franck sont retrouvés sauvagement assassiné.

Malgré un début des plus lents et poussifs, le film trouve rapidement son rythme avec les excès de violence qu’il déploie sur ses séquences finales. Le tout supplanté par l’horrifique vision de ces enfants déformés et mutés, qui ne sont probablement pas sortis mentalement indemne de cette virée à l’hémoglobine. Samantha Eggar (Nola) est angoissante dans le crescendo, dévoilant toujours plus de ses mutations, son vagin externe, en maître de l’horreur imposé.

Si la violence est le rendu à l’écran, « Chromosome 3 » reste le plus autobiographique des films de Cronenberg puisque lui même gérait la séparation avec sa femme et de la garde de leur enfant lors de l’explosion des méthodes psychiatriques à la fin des années 70.

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David Cronenberg et les mutations

Videodrome

Considéré comme sa pièce maîtresse, son chef-d’oeuvre « Videodrome« , un film prophétique qui placera Cronenberg comme gourou de la Nouvelle Chair.

James Woods pour le rôle de Max Renn, sublime l’écran en directeur de chaîne télé à la recherche d’un nouveau concept. Au cours de ses recherches, il tombera sur « Videodrome« , un show d’un nouveau genre, mettant en scène la torture d’une femme. Peu après, hallucinations et autres altérations physiques se développent, et la conspiration globale pointe le bout de son nez.

Un film vertigineux, troublant, glaçant, explorant les liens avec les technologies environnantes, l’exploration d’une nouvelle sexualité en leur compagnie, une perte de la réalité pour ses personnages et pour nous. Impossible d’effacer des multiples séquences de ce thriller implacable et noir où Cronenberg ne nous laisse aucun répit, nous laissant nous même sombrer dans de faux-semblants, dans ces folies qui nous hantent plus que les protagonistes.

Des hommes magnétoscopes, la fusion des armes et des membres, la mutation extrême sur fond de critique psycho-biologique, de la censure, des technologies, de nos appréhensions et peurs, de la perte d’identité et de nos perceptions visuelles.

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Faux-Semblants

Avec ce film clinique et glaçant, Cronenberg offre à Jeremy Irons son meilleur rôle. Enfin, ces deux meilleurs rôles puisque double interprète dans cette oeuvre traumatisante.

Deux jumeaux, gynécologues de génies, amoureux de la même femme et vivant dans le même appartement, tous deux se trouvent bouleversés par l’arrivée d’une femme au vagin des plus étranges.

Une descente aux enfers aseptisée où le détail et l’ingéniosité de la mise en scène de  Cronenberg nous permet de toujours savoir qui est qui. Deux personnalités bien distinctes, deux jumeaux séparés mais si siamois dans l’attitude. Une histoire d’obsession et de faux-semblants bercée par l’horreur psychologique et le renouveau. Une peinture au scalpel et aux instruments ingénieux, adaptés aux mutations corporelles qui les fascinent tant.

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Crash

« Crash« , ou la mutation comme ouverture aux vices et à une sexualité nouvelle. Explorant de nouveau le concept de la Nouvelle Chair, Cronenberg s’intéresse ici aux accidentés de la route.

La déformation du corps par l’accident, l’attirance nouvelle pour un groupe de personnes avides d’accidents, de métamorphoses physiques, de renouveau du corps par le contact avec une matière étrangère, une nouvelle vie.

Un film banni de nombreux pays pour son voyeurisme, son obscur penchant sexuel déviant et ses scènes de grand froid, glacial, comme « Faux-Semblants« . Le parallèle entre le sexe et les accidents de voitures est saisissant, de l’accident à la mort, de la mort au sexe, du sexe à la vie, de la vie à la mort. Les acteurs semblent morts et y jouent. Des relations d’un nouveau genre se créent, bien au delà de la chair, de nouveaux organes de plaisir dévoilés par accident.

Une adaptation dérangée, à la hauteur de son réalisateur avec un Elias Koteas pur comme le charbon.

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History of Violence

Un père de famille, apparemment sans histoires, se voit confronté à son passé avec violence, lorsque celui-ci le rattrape.

William Hurt vole le show mais Viggo Mortensen interprète avec brio cette chute de la tranquillité à la traque sauvage et ensanglanté qu’il livre sur le tard. Cronenberg étudie ici le rejet psychique d’un passé refoulé, et comment ce dernier peut refaire surface.

Des scènes de violences inattendues, crues et cruelles certaines marquées au fer rouge et toujours affublée d’une esthétique implacable, un style que l’on retrouvera aussi dans le hit commercial qu’à été « Les Promesses de l’Ombre« , toujours avec Viggo.

Un drame féroce où les mutations se font psychologiques, cachent et desservent de lourds secrets. La dénaturation de l’être par la culture et l’environnement social n’en change pas l’animalité déjà éprouvée.

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