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Hic et nunc et in vino veritas

Par Legraoully @legraoully

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Souvenez-vous. Ou alors allez voir ici si votre mémoire s’élève au niveau de celle de l’ancien Président de la République à l’approche du prétoire. En ces temps-là, je débutais dans la chronique immondaine, et je carburais au rosé parce qu’il faisait horriblement chaud, ce qui n’a aucun autre intérêt que de vous remémorer la saison bénie où on baigne dans sa sueur au lieu de jouer à Alois Lutz sur les trottoirs messins (ne vous embêtez pas à chercher sur Wikipédia, c’est l’inventeur du lutz que tout le monde connaît). J’étais encore plus jeune et encore plus beau qu’aujourd’hui. Je sais, c’est difficile à croire, mais finalement pas plus qu’au patron de notre ami Benoît Sechzehn, qui a décidé de mettre fin à son CDD pour jouir tranquillement d’une retraite bien méritée.

Or, que disais-je dans le « ici » surligné plus haut? Qu’il faisait très chaud en août 2011, mais surtout que les prochaines JMJ se tiendront au Brésil cette année. Et Benoît, la samba, c’est pas son délire. Tous ces corps moites qui ondulent sur des rythmes sûrement inspirés par le Malin en personne, ça lui fout encore plus le cafard que de faire la bise à Christine Boutin. Le sacerdoce, ça va bien cinq minutes, se faire clouer sur des planches comme le fils du PDG, passe encore. Mais on a beau frissonner en se donnant le fouet entre copains pour faire pénitence, sous la robe papale, il y a un homme. Un homme avec deux appendices qui pendent, comme il est d’usage de le vérifier à chaque nouvel avatar de St Pierre, un homme avec un coeur qui bat, un homme qui n’a ni la patience ni l’anus artificiel de son prédecesseur et qui en a par conséquent plein le cul. Alors Benoît s’en va, ou plutôt s’en ira, le 28 février. L’anniversaire du jour où Théodose Ier bannit, en l’an de grâce 380, l’arianisme et tous les cultes païens du territoire romain, parce que démissionnaire ou pas, l’Eglise ne rigole pas avec les symboles.

Peu après cette chronique visionnaire, j’ai décidé de présenter ma candidature au Saint Siège, tant mes frères en chrétienté et moi-même étions abasourdis par l’amateurisme et la tiédeur des intégristes chrétiens et de leur chef. En plus, j’ai toujours aimé les robes blanches et les chapeaux rigolos. Hélas, comme je déteste les enfants, j’ai eu du mal à réunir les soutiens de mes collègues cardinaux et à déposer ma candidature à temps. J’avais presque fini de rédiger ma première bulle Hic et nunc et in vino veritas quand je pris la mesure de la fourberie de l’Etat-Major du Vatican qui m’avait laisser miroiter un poste de prestige mais qui ne voulait pas renoncer à ses acquis sociaux. J’avais donc renoncé à poser mes bagages au Latran.

Mais aujourd’hui la donne a changé. Chacun a bien compris que Benoît en avait ras la mitre de cette vieille institution en ruine et qu’il commençait à nourrir des doutes sur ces histoires de fantôme tout-puissant et hyper-sympa mais quand même super-colérique. Et quand tu t’es appelé Joseph pendant 78 ans, c’est quand même relou que tout le monde t’appelle Benoît tout d’un coup. Est-ce que François Hollande se fait appeler Arthur depuis qu’il est français suprême? Oui, mais il l’a quand même bien cherché.

Alors voilà, puisque le poste est vacant, je vous livre la teneur de ma première bulle papale, et comme je n’ose imaginer que tous les lecteurs du Graoully Déchaîné ne soient pas de fervents chrétiens, vous serez mignons de bien vouloir prier pour que je sois élu pape à Pâques (j’aime beaucoup cette allitération), car comme on dit il vaut mieux s’adresser au Seigneur qu’à ses saints et à la DRH du Vatican. Et comme je suis un pape moderne pas porté sur le galimatias latin fin d’époque, je vous l’offre en français. A vos missels!

Cher Dieu,

merci de m’avoir nommé Pape, depuis le temps que j’attendais ça, pour te dire j’avais les canines qui rayaient les dalles de l’Eglise Saint-Martin (oui je sais elle est pas géniale mais c’est la plus proche de chez moi) avec plus de ferveur et avec plus de bave aux commissures que Jean-François Copé et Manuel Valls quand ils rêvent de l’Elysée.

Comme tu le sais déjà, si le chapitre sur ton omniscience n’est pas qu’un tissu d’âneries vu l’époque de sa rédaction, nos administrés sont dans l’expectative. Et puisque tu es partout, tu dois être aussi dans l’expectative. Ça doit être chiant quand on est omniscient, mais bon c’est le métier qui veut ça, hein? Alors je me suis dit, qu’avec ton accord, on pourrait changer deux trois trucs en attendant les JMJ. Pas pour se la jouer pape hyperactif avec des Ray-Ban et des talonnettes si tu vois ce que je veux dire, mais pour sortir la boîte du marasme où l’ont plongée mes prédecesseurs.

Déjà à titre personnel, j’aimerais bien que les cardinaux se lavent les pieds eux-mêmes à Pâques. Comme tu le sais puisque tu as inventé la mycose et la varice, l’hygiène publique n’est pas de mon ressort, et je ne te cache pas que j’ai moins envie d’aller chercher des chocolats au jardin après cette corvée. Que ton fiston soit un adepte de George Tron, grand bien lui fasse, mais moi ça me dégoute.

Ensuite, si tu voulais bien donner une conférence de presse de temps en temps, ça calmerait ces emmerdeurs d’athées qui se croient tout permis. Et puis il faut bien avouer qu’il n’y a guère que Civitas pour comprendre ce que tu veux exactement. Parce que déduire que tu es contre le mariage gay avec ta famille dysfonctionnelle, franchement, il fallait le faire. Si on prend le bouquin à la lettre, tu as plus l’air branché Marquis de Sade que François Mauriac.

Enfin, je me suis permis de prendre quelques libertés avec la liturgie, si ça ne te plaît pas, fais-le moi savoir en faisant tomber la foudre sur le groupe Indochine ou sur le chanteur français de ton choix. Tout d’abord, j’ai décidé que les animaux étaient des créatures de toi, et qu’il était interdit d’en manger. En revanche, les animaux, à qui tu n’as pas fait le don du libre-arbitre, sont toujours libres de manger des chanteurs français. Ensuite, j’ai fait plancher des scientifiques sérieux sur la possibilité de greffer des ovaires et tout l’appareillage qui va avec aux hommes, parce que les Évangiles sont pour le moins obscurs pour tout ce qui touche à la parité, alors que là on sera tranquille, tout le monde accouchera dans la douleur. De toute façon, il n’y a plus de boulot pour gagner son pain à la sueur de son front, ça les occupera en attendant le retour de la croissance. En revanche, les femmes ne sont toujours pas admises dans l’épiscopat, parce que je les connais, elles vont me piquer mes robes.

J’ai également autorisé l’usage du préservatif, parce que depuis la dernière fois je déteste toujours les enfants, et moins il y en aura, moins les trains seront bruyants et moins on aura d’ennuis avec la justice. Je parle de train parce que j’ai vendu la papamobile: les croyants se mettent de chaque côté des rails, je fais une BGV (bénédiction à grande vitesse), tout le monde est content et c’est fou le temps qu’on gagne.

Voilà, comme tu le vois, à peine investi, j’ai entrepris des chantiers d’importance qui je l’espère feront vite revenir les moutons dans le giron de l’Eglise. Je te tiens au jus dans mon prochain rapport trimestriel en données brutes corrigées en fonction de l’indice des prix et du Dow Jones. Bises chez toi.

Jonathan Ier et le Catho Crew

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