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Vincent (extrait)

Publié le 10 avril 2008 par Didier T.
Dans le fait d'être brillant, il y a le simple fait de briller. Mais briller comment ? Tu m'as trouvé brillant ? Je ne le suis pas plus qu'un autre. Il y a plein de choses qui brillent. Des diamants, ils sont éternels, je me suis préparé à mourir jeune. Il y a les étoiles ? Elles sont trop loin et mes nuits sont trop brumeuses pour les voir clairement. Il y a le clitoris d'une femme après une langue posée dessus ? Je joue trop facilement avec et j'en ai souvent pas envie du tout. Il y a le vernis aussi. Le vernis, ça se gratte, et la matière en dessous est souvent rugueuse et mate, sans relief heureux. Il y a eu des hommes brillants. Je sais pertinemment que je n'en fais pas partie. Il y a les éclairs aussi. Ceux d'un orage inattendu, ceux d'un flash de photographe. Ils sont courts et n'éclairent que l'espace d'un instant. Et puis, il y a la brillance inhabituelle d'une ampoule qui va bientôt rompre le filament ténu qui la maintient en vie. Cette brillance là, elle me convient mieux. Celle de quelqu'un qui éclaire autour de lui au quotidien, comme tout le monde, qui produit ce halo qui s'estompe à quelques centimètres de soi. Juste histoire de comprendre qu'on éclaire à peine ses pieds. Et puis, il y a des moments de vie où la rupture est proche, tellement proche, que toute l'énergie se concentre sur un fil de tungstène devenu trop fin, usé, et qui est capable, l'espace d'un instant, de briller bien plus en terminant d'exhausser toute l'énergie qui le traverse et qu'il ne supportera pas longtemps. Une brillance annonciatrice d'une ombre qui se répandra bien plus loin que la pauvre lueur de la flamme vitale qui a tenté de nous animer quelques années. Alors si tu penses que j'ai été brillant, plus brillant que toi au point de te faire de l'ombre, c'est parce que tu me renvoies ta propre image, celle que je n'ai jamais eue de toi, car le reflet qui arrivait jusqu'à moi s'appelait la confiance, l'égalité de sentiments, l'amour que je te port(ais)e, et qui m'a construit, pendant que je vomissais au dessus d'une portière ou que je répondais à tes lettres d'outre-mer que j'ai toujours, dans une chemise en cuir vert. Et puis il y a la trace. Celle que je suis incapable de laisser par des moyens normaux, ceux qui s'appellent maison ou héritage matériel quelconque. Je suis incapable de construire, tant je brûle aussitôt le bois qui alimente ma vie présente et future. Je me sens comme un poisson rouge, celui, translucide qui prône à côté de ma toute petite télé. Je vis dans l'instant, en angoissant immédiatement dès qu'un demain prévu se présente. Toujours tourné vers le passé, ou le présent immédiat, effrayé par la pluie de possibles des demains heureux ou malheureux, effrayé par l'anodin, tout en étant préparé à l'exceptionnel, celui-là, je l'attends, je le vis, je l'ai vécu et j'ai bandé. Vivre pour briller est une idiotie. Une course à l'échalote qui ne nourrit rien d'autre qu'un orgueil mal placé ou une frustration jamais réglée. Laquelle ? Je le saurai demain, quand j'aurai décidé d'arrêter de brûler, quand les cendres de l'inutile auront recouvert mon insignifiance.
Publié par les diablotintines - Une Fille - Mika - Zal - uusulu

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