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ISSAM, NIZAR, FADWA et quelques autres…….(3/3)

Par Citoyenhmida

Cette histoire a commencé il y a quelques jours et elle a évolué

au gré des échanges que j’ai eu avec vous et au gré d’une actualité qui aurait pu être lourde, mais qui heureusement n’a pas connu les bouleversements que l’on aurait pu redouter.

Cette histoire a-t-elle un sens? Est-ce même une histoire ou simplement l’ébauche du début du commencement de ce qui mériterait d’être plus intelligemment abordé?

Quoiqu’il en soit, je ne regrette pas ce que j’ai écrit là.

ISSAM, NIZAR, FADWA et quelques autres……. (suite et fin)

Elle est arrivée, furieuse! Elle a jeté son sac sur une chaise, allumé nerveusement une cigarette en donnant un grand coup de pied au comptoir comme si elle voulait le démolir!

- Non, mais franchement, ils nous prennent pour des cons ou quoi? Faudrait savoir où l’on va là!

Fadwa laissait éclater sa colère contre ceux qui lui ont fait perdre son après-midi : elle projetait de manifester à sa manière son supposé ras-le-bol contre tout ce qui la choquait, contre tout ce qui la déprimait, contre tout ce que lui donnait parfois ce sentiment d’impuissance!

Elle aurait voulait crier haut et fort ce que ELLE ressentait : et voilà qu’une bande de barbus hystériques sont venus imposer leurs slogans qui ne correspondaient à rien à ce que Fadwa aurait voulu dénoncer!

- On ne m’y reprendra plus, à ce petit jeu de minables! S’ils veulent manifester, c’est leur problème, mais qu’ils ne comptent plus sur moi! J’ai rien à faire avec ces gens-là, moi!

Je l’écoutais, en souriant. Depuis le début de cette “aventure”, je n’ai pas arrêté de sourire, parce que je devinais presque heure par heure ce qui allait se passer.

Pendant qu’elle continuait à grommeler toute seule, elle fut rejointe par Nizar et Me Issam : les deux hommes avaient la mine des mauvais jours! Nizar fumait nerveusement et Me Issam, d’habitude tiré à quatre épingles, avait le col de chemise ouvert et la cravate de travers. Je ne l’avais jamais ainsi.

- Me retrouver avec ses élèves dans une manif, c’est le rêve de tout prof ! Mais se faire huer par eux en pleine rue, sans raison, juste parce on est prof, non ce n’est pas possible!

Nizar crachait sa rage et n’arrivait à comprendre ce qui lui arrivait:

- Qu’est-ce qu’ils veulent finalement, cette bande de voyous? Ils ne le  savent même pas : ce qui les intéresse, c’est de chahuter! La raison du chahut, c’est le dernier de leur souci!

Me Issam remit de l’ordre dans sa  tenue en expliquant à ses amis que dans la vie il avait mieux à faire que de se joindre à “cette bande hurluberlus”!

- Si même les avocats ne savent plus se tenir, je crois qu’il faut désespérer de tout!  Manifester, ok! Mais au moins qu’on sache pour quelle raison! On ne manifeste pas au même moment contre la corruption et contre un chanteur . Ya des priorités dans les manifs comme il y en a dans la vie!

Le seul à ne pas être énervé était Ba Arrob.  Il fumait tranquillement son cigarillo, en regardant ses amis. Les manifestations, il en avait déjà connu et des pas commodes!

Les forces de l’ordre de l’époque n’étaient pas des jeunes policiers inexpirimentés mais des vrais professionnels de la répression qui n’avaient pas des matraques en caoutchouc noir, mais des gourdins taillés directement dans le bois le plus dur!

A son époque, ils n’étaient qu’une poignée à oser manifester : il n’a jamais croisé personne d’autre dans une manif que les quelques étudiants de la facultés de droit ou de lettres.

Pas comme ces manifs “mondaines” comme il qualifiait ce qu’il venait de voir depuis deux semaines!

Les manifs étaient l’endroit où il fallait être vu le dimanche : si vous vouliez voir de près à quoi ressemble un “patron de gauche”, il fallait se pointer aux premières lignes des manifs! Cela vous garantissait la sécurité et un peu de notoriété.

Non, tout cela sentait un peu trop la mise en scène à son gout! La nostalgie n’est plus ce qu’elle était : il laissait à Fadwa et aux plus jeunes le soin de se construire leurs propres désillusions.

Pendant quelques jours, Doctora n’est pas venue au rendez-vous quotidien de ses amis et personne n’avait de ses nouvelles. Aucun d’eux n’était arrivée à la joindre et son portable restait muet.

Ce soir, elle arriva, radieuse, plus belle que jamais, plus à l’aise que d’habitude.

En s’installant à coté de ba Arrob, elle s’étonna de l’ambiance qui régnait :

- Mais qu’est-ce qui arrive donc? Y a un accident? Un problème? Vous en faites une tête!

Personne ne prit la peine de lui répondre : on savait que depuis quelques jours elle était sur un petit nuage elle ne vivait plus au pays, elle se croyait transportée par enchantement à Maidan Tahrir au Caire ou à l’avenue Bourguiba à Tunis.

Depuis qu’elle s’était trouvé au milieu d’une centaine de jeunes criant à tue-tête des slogans qu’elle répétait plus de conviction que les autres manifestants, elle pensait que sa vie avait basculé, irrémédiablement transformée.

Elle était convaincue qu’elle participait à quelque chose de grand, de profond! Elle était sûre que grâce à elle, le pays allait changer.

Ba Arrob lui prit gentiment la main et lui murmura à l’oreille:

- Eh,  Doctora, redescends sur terre. Ce n’est pas encore le bon train.

Cette petite phrase me fit froid dans le dos : si Ba Arrob attendait un prochain train, je crois bien qu’il finira par arriver. Surtout si rien n’est entrepris pour que les choses bougent dans le bon sens.

Ainsi se termine l’histoire de Issam, Nizzar, Fadwa et quelques autres…..

Je ne le revis plus, ils ne revirent plus s’accouder à mon comptoir!

Que sont-ils devenus? Je n’en sais rien!


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