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Dali, au Centre Pompidou (Paris 4)

Publié le 05 mars 2013 par Carnetauxpetiteschoses @O_petiteschoses

IMG_20130301_012350C’est grâce à l’Office de Tourisme et à Igersfrance, que la semaine dernière j’ai découvert l’exposition Dali au Centre culturel Pompidou, dans des conditions très agréables.
A l’occasion d’une soirée de présentation à l’intention des voyagistes ou journalistes rassemblés autour de la Catalogne, l’office de Tourisme, organisait une soirée avec la visite guidée de l’exposition, un discours et présentation de ses actions suivis d’un cocktail.

Introduits par un passionné de l’artiste devant la très longue file d’attente, nous avons pénétré dans l’univers fantasmatique de Dali.
L’exposition donnée ici est la seconde rétrospective donnée au Centre Pompidou, trente ans après la présentation d’œuvres monumentales, d’un artiste qui s’autoproclamait « divin » et « génial ». De sa production prolixe, il a été tenté de faire des regroupements thématiques pour présenter plusieurs facettes de son œuvre, et pour mettre en exergue certaines de ces influences.
S’il est surtout connu pour ses toiles surréalistes des années 1930, nous verrons par thématiques ses dessins, ses films, ses projets de décors de cinéma, dans un rapport d’observation précise de ce que sa vision offre à notre regard.
L’exposition est très riche, et les tableaux si minutieux demandent à ce qu’on les examine de près, aussi je n’en citerai que quelques uns dans ma présentation.

DALI_autoportrait-au-cou-raphaelesque
Dans les années 1920, Dali est en phase de recherche, il s’interroge sur son apparence, son être et sur sa personnalité. Ici dans l’Autoportrait au cou raphaélesque, il se compare au maître italien, en exagérant son cou (que ce dernier avait un peu plus long que les gens), et traduit ainsi son génie. Il fait référence ici à l’autoportrait de Raphaël datant du 16ème siècle. A l’arrière plan on distingue sa ville natale, Figeres, avec la côte et la péninsule du Sortell dont sa maison familiale se tenait à proximité. Sa ville a joué un rôle central dans son œuvre, il a revendiqué son appartenance, en déclarant que son esprit commençait à entrer en ébullition dès son arrivée à la gare de Perpignan, qui devait pour cette raison être le centre du monde.
DALI_musee-Figueras
Figeres est une ville frontalière caractérisée par son socialisme, fédéralisme et libre pensée républicaine, c’est par elle que les idées libérales de la modernité sont entrées en Catalogne. Dali l’incorpore complètement à sa création, la changeant en paysage fantastique. Depuis 1874, à la place de l’ancien théâtre municipal, se dresse l’incroyable Théâtre et Musée Dali, dont les murs d’enceinte rouge sont hérissés d’œufs. L’œuf qui nous le verrons au cours de l’exposition est un des motifs favoris de l’artiste.

Pendant sa phase de recherche, Dali se peint également en version cubiste. C’est d’ailleurs l’étiquette qu’on va lui attribuer au départ. Dans sa jeunesse, il part étudier à Madrid, et passe du temps chez son oncle libraire, où il prend notamment connaissance de l’avant-garde parisienne. C’est l’époque où il est en résidence étudiante avec des personnalités qui vont éclore : Luis Buñuel et Federico García Lorca notamment. C’est avec le premier notamment qu’il coécrit et réalise les films l’Age d’or ou le Chien andalou (dont des extraits sont diffusés dans la première). On y voit son père avec qui il existe un conflit profond et sa sœur Ana Maria. En dépit de leur mésentente, son père sera omniprésent dans son œuvre et restera un modèle dans une certaine mesure. A l’époque Dali est révolté, il est séparatiste catalan, communiste, tandis que son père a pour lui des idées de métiers, il le voit notamment professeur de peinture. Il entretient alors un fort rapport de rejet de l’autorité, qui se répercute durant toute sa vie (il part à chaque fois des groupes auxquels il appartient). 

Dali fonctionne en effet constamment dans le rapport à l’autre, il a besoin du contact, de l’épreuve d’autrui. La perte de son frère ainé lorsqu’il était âgé de 2 ans seulement le renvoie aussi beaucoup à la question de la quête et de l’affirmation de son identité. 

Sa rencontre avec Gala en 1929 est décisive, elle qui est de dix ans son ainée, va l’initier et le canaliser autant que possible. Dans ses tableaux on sent aussi les influences de Picasso, et notamment dans celui intitulé « l’Académie néo-cubique » où dans le visage posé sur la chaise et composé à la Picasso, on voit les traits de Dali s’imbriquer avec ceux de Garcia Lorca. Il déclare à Picasso « je passe vous voir avant le Louvre » en signe d’estime à ses yeux.  Il aperçoit d’ailleurs chez le peintre une tête en plâtre qu’il placera ensuite un peu partout dans ses toiles.

Dali développe de nombreux motifs qui sont des indices et des leitmotivs récurrents dans ses tableaux. Nous avons précédemment cité les œufs, la tête en plâtre, mais il y a également les girafes en feu, les éléphants aux longues pattes, le lion (symbole du père), les fourmis (qui dévorent), les sauterelles dont il a horreur, les montres molles, les têtes, ou les ânes morts sur des pianos (symbolisant la putréfaction). C’est ce dictionnaire des symboles que nous pouvons essayer de comprendre et d’interpréter.

DALI_la-persistance-de-la-memoire
A cette époque fondatrice il rejoint le courant des surréalistes et explore la transgression des frontières de sa peintures par un fourmillement de détails, et en s’affranchissant des règles de la réalité. Il rapport un soir qu’il travaille avec une migraine en observant un camembert couler à température ambiante, et s’en inspire pour dépeindre l’amollissement des objets. Son premier tableau qui représente les montres molles, date de 1931, et s’intitule « La persistance de la mémoire », il est aujourd’hui au MoMa à New York. C’est ici la démonstration d’un grand tableau, en petit format. Dans l’exposition, en effet on sera surpris par les formats de certaines œuvres qu’on est habitués à voir de près.

Mais avant tout Dali visualise les choses, il a une vision qu’il travaille, comme le pouvons le voir dans ses études et dessins préparatoires à un tableau. Les détails diffèrent, s’ajoutent et se soustraient avant le rendu final. Nous le voyons par exemple sur le tableau, Dormeuse cheval lion invisibles.

DALI_Dormeuse cheval lion invisibles

Il défend la paranoïa critique comme une méthode, cela revient à organiser son délire et de lui éviter la folie. C’est pour lui l’occasion de laisser libre cours à sa créativité. Il est profondément emprunt de lectures psychanalytiques. Il traduit ainsi ses explorations sexuelles où la femme est un territoire à découvrir.

Dans le Grand Masturbateur, il travaille ses motifs, en plaçant un visage au centre du tableau, le sien, duquel Gala émerge. Elle exprime la sensualité que renforce une véritable étude du le rapport du dur et du mou, de la chair qui s’oppose au métal, du corps qui se heurte à la pierre. Dali répète souvent une figure, son père est représenté par le lion, qui symbolise l’autorité, et par la silhouette en bas du tableau qui serre sa mère en pierre. Lui se dessine un peu plus loin comme pour marquer cette distance qu’il instaure avec sa jeunesse, avec ses parents. La sauterelle l’assaille, c’est sa hantise depuis son enfance.

DALI_Le-Grand-Masturbateur

Il exprime ses différents avec son père, dans le tableau Guillaume Tell, il appelait son père ainsi, considérant qu’il l’avait mis en danger comme ce dernier en tirant une flèche au dessus de la tête de son fils.

DALI_Guillaume-Tell
Dans ce tableau délirant, on voit un père menaçant et impudique. L’eau qui coule représente la vie, et sa proximité avec les ciseaux que tient son père pourrait symboliser la castration. Ici il triple l’image de son père, qui est à la fois le personnage central, à la fois le lion, et le personnage du haut. Devant lui, c’est Adam honteux d’être le témoin de cette scène érotique. Les œufs ici sont associés à la fragilité, à la naissance et à la génitalité. En haut c’est l’opposition d’Eros et de Thanatos, et nous voyons ici la fameuse image de l’âne mort sur un piano.

Non loin de là, nous pouvons voir à nouveau le motif de l’œuf sur un tableau, mais cette fois sur le plat, qui coule comme une montre molle.

Dans la Charrette Fantôme, qui est un petit tableau, nous voyons une charrette qui se dirige au loin dans une perspective bien linéaire.

DALI_la_charette_fantome

Mais en réalité, l’homme qui semble assis dessus n’est que le clocher d’une église au loin.

DALI_l-homme-invisible
Dans L’homme Invisible, c’est la première fois que Dali représente des images multiples, on le voit ici, les objets et sujets composent plusieurs formes, comme le visage de l’homme qui se dessine ici.

Plus tard, quand il demande à Freud d’analyser ses tableaux, notamment la Métamorphose de Narcisse, ce dernier qui apprécie ses œuvres en termes picturaux, refuse de le faire, sous prétexte que les toiles sont vraiment très influencées par la psychanalyse, elles sont déjà trop construites. Dali répond à des commandes mais n’hésite pas à refuser ce qu’il n’a pas envie de faire.

Les deux tableaux L’énigme sans fin, et L’apparition d’un visage et d’un compotier sur une plage, sont à bien observer, pour saisir tous les symboles et les motifs, toutes les formes qui s’épousent, se révèlent, pour parfois ne plus être réversibles. Comme les têtes ou formes de chiens qui se dessinent dans le paysage.

DALI_l-enigme-sans-fin
DALI_apparition-d-un-visage-et-d-un-compotier-sur-une-plage

Dans les sections suivantes, nous pouvons voir les représentations que Dali livre des événements historiques, des temps qui précèdent la guerre civile, il a un rapport à l’histoire qui lui fait peur, aussi peur que les sauterelles. Il crée la pièce qu’il baptise du nom de la meneuse de revue Mae West, pour évoquer la période de l’entre-deux-guerres. Dans cette pièce le mobilier semble tout à fait ordinaire, hormis le canapé en forme de bouche. A l’extrémité de la pièce, un escalier permet de prendre de la hauteur et de considérer l’ensemble comme un visage. Cette image m’avait beaucoup plu, quand j’étais enfant, au musée de Figueres. Ici à Beaubourg, l’installation permet de reproduire le décor.

Mais il y a encore beaucoup d’autres œuvres, les tableaux, les vidéos avec les happenings, les performances de l’artiste pour une visite très riche de cette exposition foisonnante.

Une exposition qui vaut la peine malgré l’attente, et qui nous embarque dans les méandres de l’imaginaire de cet artiste étonnant.

A voir :
Dali
Centre culturel Georges Pompidou
19 Rue Beaubourg
75004 Paris


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