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[Critique] DETACHMENT

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] DETACHMENT

Titre original : Detachment

Note:

★
★
★
★
☆

Origines : États-Unis
Réalisateur : Tony Kaye
Distribution : Adrian Brody, James Caan, Marcia Gay Harden, Lucy Liu, Bryan Cranston, Blythe Danner, Tim Blake Nelson, William L. Petersen, Betty Kaye, Sami Gayle…
Genre : Drame
Date de sortie : 1er février 2012

Le Pitch :
Étude sur l’éducation via les ressentis d’une équipe d’enseignants dans un lycée sensible, Detachment suit également l’expérience d’Henry Barthes, un professeur remplaçant, dont le passage éclair dans l’établissement en question va mettre à l’épreuve sa conception du métier…

La Critique :
Depuis son premier film, American History X, devenu entre temps culte pour toute une génération, le cinéaste Tony Kaye s’efforce de traduire via son art, les symptômes d’une société malade. Après le racisme, dans American History X donc, ou encore l’avortement chez les jeunes, avec le documentaire Lake of Fire, Kaye s’intéresse à l’éducation en s’immergeant dans les problématiques propres au corps enseignant d’un lycée un poil sensible de la banlieue new-yorkaise.
Si il s’attache à illustrer la difficulté qui caractérise un métier sensible aujourd’hui, Detachment va aussi chercher en amont, chez les parents, ici complètement désolidarisés des profs et chez les enseignants eux-mêmes. Ces derniers se livrent sur un mode proche de celui du documentaire. La caméra de Kaye les suit dans leur vie de tous les jours, allant même parfois jusqu’à prolonger l’observation en les filmant chez eux, après la journée de travail où bien souvent, seule une cruelle solitude les attend.

Plus spécialement centré sur Henry Barthes, un professeur remplaçant, incarné par Adrian Brody, Detachment alterne des scènes de vie, dans l’enceinte du lycée, à l’extérieur, nous permettant ainsi de faire plus ample connaissance avec le protagoniste principal et son entourage, puis en vase clos, où Barthes se confie à la caméra, plein fer, comme dans un documentaire. Ces parties-là, à la vérité criante, mettent en exergue une détresse de plus en plus palpable. Barthes, à l’instar de ses collègues déplore cette désolidarisation des parents et la façon dont ce métier s’apparente de plus en plus à une course d’obstacles perdue d’avance.
Tony Kaye, comme à son habitude, et c’est là où le bas peut blesser, n’y va pas avec le dos de cuillère pour donner de la force à son propos. Les trois semaines durant lesquelles son prof effectue son remplacement, sont traversées d’à peu près tous les cas de figures extrêmes auxquels un professeur en zone sensible peut être confronté. Violence en classe, insultes, élève mal dans sa peau qui s’amourache du prof, décès d’un collègue… rien n’est épargné à un homme sensible, au bord du gouffre, dont la vie privée s’avère tout aussi chaotique. Ainsi, lorsqu’il rentre chez lui, les emmerdes recommencent. Il tombe sur une jeune prostituée qu’il tente de remettre sur le droit chemin et doit gérer la fin de vie de son grand-père au passé trouble. Y a pas à dire, ça fait beaucoup pour un seul homme.
Loin de dire que de tels cas de figure n’existent pas, on souligne juste ici la façon dont le réalisateur empile les problèmes pour donner plus de force à son film. Si Detachment s’était alors déroulé sur une période plus longue, permettant au récit de s’offrir quelques plages de tranquillité pour s’aérer, il n’en aurait paru que plus réaliste. Ici non, c’est quasiment à une escalade à laquelle se livre Kaye. Manifestement en colère contre un système éducatif complètement à la ramasse, qu’il décrit comme une machine à broyer non seulement les élèves, mais aussi les enseignants, Tony Kaye ne retient pas ses coups et livre un film d’une infinie mélancolie, à déconseiller aux âmes trop sensibles.

Outre cette tendance à enchainer les péripéties un peu glauques, Tony Kaye sait par contre insuffler à son histoire une certaine poésie. Via une mise en scène qui peut paraître trop stylisée, remplie d’effets plus ou moins efficaces, et une musique au diapason, complètement en adéquation avec les moments qu’elle rythme. Cette tendance à raconter sa tragédie moderne telle la prose mélancolique d’un auteur du mouvement romantique (le film se termine d’ailleurs sur les mots d’Edgar Allan Poe), permet à l’ensemble de gagner de la cohérence. Une cohérence renforcée par le jeu d’acteurs tous très sobres et justes. De James Caan, excellent, à Lucy Liu, surprenante, en passant par Marcia Gay Harden, touchante et incarnant à elle seule la détresse d’une profession en péril, le casting est non seulement prestigieux, mais aussi tout à fait pertinent.
Une distribution quatre étoiles dominée bien sûr par Adrian Brody. En manque de rôles forts depuis son incroyable performance dans Le Pianiste de Polansky, Brody trouve ici l’occasion de prouver à quel point il peut être bouleversant, quand on lui en donne véritablement l’occasion. Kaye a tout compris à l’acteur et extirpe remarquablement cette tristesse insondable qui se cache derrière le regard du comédien. Tour à tour rebelle, face à une machinerie sociale qu’il reprouve, résigné, perdu, en colère, aimant, plein d’espoir ou au contraire totalement désespéré, Brody offre une palette d’émotions à laquelle il paraît impossible de rester insensible. La voix posée, l’acteur incarne un personnage complexe, dont les silences s’avèrent tout aussi parlants que les mots. La performance est totale et sans compromis. À l’image d’un film puissant et concerné. Un peu maladroit et bancal, mais oui, résolument puissant.

@ Gilles Rolland

Detachment
Crédits photos : Pretty Pictures


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