Magazine Culture

The Darkness

Publié le 05 mars 2013 par Bertrand Gillet

Ou le côté obscur de la farce.

The Darkness
Pourquoi le rock n’ose-t-il plus le mauvais goût ? C’est la question légitime que l’on est en droit de se poser face à un mouvement indie de plus en plus tourné sur lui-même –autocentré donc –et en quête permanente de respectabilité. Le dernier débat en date autour de Melody's Echo Chamber le démontre et de façon assez cruelle qui voue pourtant son producteur Kevin Parker – au passage le leader bricolo de Tame Impala – aux gémonies. Le rock a toujours été affaire de mauvais goût ou pour être plus précis d’outrances sonores, verbales, vestimentaires et enfin financières. On pense au glam, symbole des excès les plus scintillants ou encore au prog’ boursouflé, au hard stadium, tous ces genres qui firent la magie cokée des années 70. Entre ce passé clinquant et un indie rock parfois chiant, le débat paraît vite tranché. En 2003, un seul groupe osa déterrer les habits de cette époque hélas révolue sans surjouer l’émotion ou la nostalgie. Il s’agit des anglais de The Darkness. Malgré une carrière en dent de scie malheureusement inaugurée par leur formidable premier album Permission To Land qui contrairement à son titre avait alors décollé dans les charts emportant avec lui l’adhésion de la Critique, The Darkness cultive comme personne les merveilleux travers d’un rock massif, incisif et séduisant. La dernière livraison en date, Hot Cakes, bien que bancale, possède ces quelques chansons immédiates dont la compréhension même partielle révèle autant de putasseries qu’il est possible d’espérer. Prenez Every Inch Of You – titre ô combien savoureux – et son « Suck my cock » hurlé à s’en faire péter les burnes ou encore Nothin's Gonna Stop Us en forme de profession de foi. La messe est dite. C’était oublier la force du quatuor du Suffolk, cette aptitude assez incroyable à trousser les mélodies comme les jupons en distillant avec un équilibre savant efficacité rock et démesure pop. En réalité, le coup de génie de The Darkness tient plus au maniérisme de leur leader chanteur Justin Hawkins et à sa voix de falsetto, opératique à souhait, qui renvoie à d’illustres prédécesseurs, Ian Gillian, David Bowie et l’historiquement dispensable Freddy Mercury. Chaque chanson, chaque minute est ainsi régie par ce principe clé : lourdeur d’un heavy rock viril, féminité trouble et pailletée. Il ne leur a pas fallu plus de dix titres pour en poser les bases, pour les faire vivre avec une générosité clinquante, un sens aigu et maîtrisé du too much qui fait le délice de Permission To Land, qui vous donne l’envie subite, presque vomitive, de le quitter et qui vous ramène inexorablement vers lui une fois la raison retrouvée. Étrangement – la chose est-elle volontaire ? – chaque face se termine sur une ballade dans les règles de l’art mais qui pêche parfois par un trop plein de facilité, voire de mièvrerie. On préfère quand la guitare bat le fer avec la voix, quand les cordes vocales s’étirent, irrésistiblement mues par l’invisible barre de vibrato de Justin Hawkins. On imagine l’intéressé se tordre comme un beau diable, dans une attitude à la fois convulsive et érotique. Cette posture semblait manquer au rock à guitare depuis bien longtemps, Kurt Cobain malgré le Bruit qu’il générait ne pouvait se départir de son sérieux en poète dépressif qu’il était. Avec les dix chansons de Permission To Land, The Darkness a sans doute voulu effacer la trace laissée par les hérauts du nouveau rock, les Strokes pour ne citer qu’eux, dont l’intellectualisme a du leur paraître à l’époque bien prétentieux. Si le rock avait été ainsi entaché, The Darkness allait réparer l’affront à grands coups de riffs et de soli, deux mots trop souvent oubliés, voire parfois – et c’est une honte – honnis ! Du surpuissant Black Shuck à l’hypnotique Love On The Rocks With No Ice en passant par ces bombes jouissives que sontGet Your Hands Off My Woman, I Believe In A Thing Called Love, Givin' Up, Stuck In A Rut, génie et vulgarité non jamais été aussi bien combinés, assumés, enluminés. Un comble pour un groupe ayant les ténèbres pour nom.

http://www.deezer.com/fr/album/97365



05-03-2013 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 8 fois | Public
voir
Ajoutez votre commentaire


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Bertrand Gillet 163 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte