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Bach par Perahia : place au chant

Publié le 13 avril 2008 par Philippe Delaide

Je me lance dans un sujet forcément à controverse. Je veux parler des interprétations des pièces pour clavier de JS Bach par Murray Perahia. J'avais loué dans la note du 13 octobre 2006 ses versions, jubilatoires et d'une musicalité extraordinaire, des concertos pour piano du même compositeur, avec l'ensemble St Martin in the Fields.

Je ne peux que confirmer mon enthousiasme pour un tout dernier enregistrement qu'il vient de faire des partitas N°2, 3 et 4 (label Sony).

Pour reprendre l'expression de Nicolas Baron dans le Diapason d'avril, Murray Perahia, via une extraordinaire alchimie, "donne sereinement vie à l'abstraction". Son jeu, d'une musicalité et d'une subtilité extrêmes, donne en effet une vie, une saveur extraordinaires à ces pièces qui sont aussi, rappelons-le, constitués de mouvements de danse. Avec un toucher charnu mais parfaitement dosé, une rythmique d'une évidence et d'une sérénité époustouflantes, Perahia donne la priorité au chant. Ses phrasés privilégient la souplesse, une dynamique tout en rondeur mais sans afféterie. Son approche apparaît donc comme incroyablement naturelle et ludique. On ne se lasse jamais d'écouter ces partitas chantantes avec ce jeu guidé par une vraie spontanéité.

Bach_partitas_perahia_2
Je voue pour ma part une réelle admiration pour une telle approche esthétique car elle se dégage enfin des circonvolutions un peu trop cérébrales, de cette sorte de crispation qu'ont tant d'interprètes qui cherchent désespérément à faire des ces pièces les vecteurs de leur propres angoisses ou turpitudes.

On reprochera sans doute à Murray Perahia, avec son Steinway moelleux, de conduire les partitas JS Bach "avec le confort digne d'une limousine" pour reprendre l'image un peu provocatrice de Stéphane Friédérich dans Classica. Toutefois la prise de risque n'est pas forcément de restituer un jeu timbré, habité et tumultueux mais, au contraire, d'afficher une sérénité imperturbable mais sans tomber dans le piège de l'ennui. Je trouve qu'il est faux de dire que le jeu de Perahia manque d'aspérité. Au contraire, sa simplicité apparente est plutôt synonyme d'une certaine force et densité.

Pour vous faire une idée, je vous conseille simplement d'écouter, par exemple, soit la superbe Sarabande de la 2ème Partita (track 4), soit la longue et troublante Allemande de la 4ème Partita (track 15). Avec cette dernière, Murray Perahia effectue la jonction naturelle de ces pièces originales avec les compositions romantiques qu'elles ont considérablement influencé (réminiscences fugaces de Mendelssohn ou de Beethoven). Enfin, les nuances exquises que cet immense pianiste nous restitue, nous permettent d'imaginer tous les plaisirs qu'aurait certainement ressenti le cantor s'il avait déjà eu à sa disposition un "piano forte". Vaste débat !

Disque que je trouve pour ma part sublime et parti pour être un des mes enregistrements préférés de l'année.

JS Bach - Partitas pour clavier 2, 3 et 4 - Murray Perahia - Label Sony.


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