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Mad about the boy; Emmanuel Adely

Par Sylvielectures
Ce texte de 60 pages n'est qu'une longue phrase qui ne commence ni ne finit vraiment, elle est comme en suspend, enfermée dans l'objet livre que vous venez d'ouvrir.
Si vous y êtes entrés, c'est que vous l'avez voulu, et vous êtes sommés d'écouter un long monologue intérieur déclamé par un/une narratrice en mal d'amour.
Le personnage s'adresse à lui même autant qu'au lecteur. Vous êtes là un peu par hasard... Vous pouvez refermer la porte ou rester l'écouter.
Cette phrase vous tient en haleine, vous étonne, vous questionne, vous fait sourire. Elle vous émeut et vous perturbe.
Il n'y a pas de majuscules, pas de début, pas de fin, pas de ponctuation. C'est à vous de vous y coller si ça vous chante : trouvez le souffle et vous découvrirez le sens.
La femme(?) amoureuse parle sans prendre le temps de respirer. Elle est toujours vieille, mais est soit folle, soit fol, soit fou : Mad about the boy.
Elle voudrait se figer dans le temps de l'attente. Elle attend Jean et elle sait qu'il ne viendra pas, qu'il ne viendra plus.
Alors elle se passe en boucle "Mad about the boy", parce que la chanson raconte son histoire, porte sa ferveur, supporte sa douleur et transporte son désir. Elle rumine, elle ressasse, elle se souvient des débuts, des moments à deux. Elle attend et comble l'absence en écoutant de la musique.
Durant ce "fragment de discours amoureux", dans ce temps suspendu de l'attente où tout n'est pas encore fini, elle fait durer le plaisir, elle se rejoue son histoire d'amour inespérée : play, replay, rewind, play, replay...
Elle veut retarder un peu la chute, le mot fin.
Elle aime être malade d'amour et nous en parle.
En furetant dans les rayons d'une bibliothèque, j'ai mis la main sur ce petit exemplaire mauve. En voyant le micro gris sur sa couverture et son titre, j'ai compris qu'il devait y être question de chanson.
En lisant la quatrième de couverture : "C'est comme une chanson, comme dans la chanson de Dinah Washington, Mad about the boy, on répète des phrases, des couplets, on crée l'élan en répétant l'absence et c'est une chanson d'amour.", je me suis dit... Tiens ce livre là pourrait être l'occasion de faire un billet pour le Crossover des blogs initié par Thom...
"oui de façon maladive je l'ai écoutée cette chanson elle commence très lentement quatre notes quatre blanches étirées de cuivre et puis un accord et tout démarre quand de sa voix basse elle dit I'm mad about the boy elle étire le I l'allonge et c'est comme un cri grave ça me fait frémir de l'intérieur jusqu'à la surface de la peau vous savez ça vient très lentement ça remonte c'est du jazz
...même la nuit je l'écoute cette chanson ça devenait comme une obsession et une façon de ne jamais avancer c'est à dire de ne pas quitter le moment où je l'ai rencontré sur cette chanson
...Je veux qu'on m'enterre avec cette chanson parce que c'est lui cette chanson c'est lui et c'est moi
... vous connaissez Dinah Washington c'est elle qui chante ça eh bien elle me ressemble oui sa voix je veux dire ce qu'elle dit c'est fou de se reconnaitre dans les paroles d'une chanson mais tout ce qu'elle dit c'est vrai
... parfois même je pense à mettre la chanson si fort que je l'entende de la chambre et qu'elle fasse comme l'évocation de lui
... et même en entendant la chanson sans lui, je l'articule comme s'il était assis là
...les rides les traits la vieillesse disent qu'on a été folle about the boy oui je chante excusez moi parfois je crie I'm mad about the boy
...je me souviens de cette musique que je chante en play back comme s'il était là
...J'ouvre juste la bouche pendant que Dina Washington chante
...j'aimerais ne dire que ça I'm mad and I know it's stupid to be mad about the boy I'm so ashamed of it oui so ashamed
...oui la chanson me fait pleurer parce qu'il n'est pas là
...ou peut-être c'est la musique ces violons derrière qui montent parce que le paroles sont idiotes bien sûr c'est fou comme on aime les paroles idiotes quand on aime parce qu'on est idiote alors on aime les paroles idiotes
...ils diront ce qu'ils voudront je ne les entends pas parce que je n'entends plus rien que cette musique
...l'attente rend complètement dingue and I know it's stupid to be mad about the boy
...je remet la chanson avant même qu'elle soit terminée je remet la chanson à son début ça m'évite d'en entendre la fin non pas la fin des paroles mais la fin de la mélodie c'est à dire la fin de mon histoire
...si je pouvais je crois que j'enregistrerais cette chanson comment dire je l'enregistrerai en entier les premières fois puis plus écourtée de façon imperceptible je veux dire je limerais la fin chaque fois un peu plus de quelques secondes pour n'entendre que le début de la chanson que le début
...oui le début de plus en plus court de plus en plus raccourci à la fin la bande ne serait faite que de l'ouverture de la chanson que des premières notes de la chanson que du premier accord que de la première note de la chanson et cela serait suffisant une note conservée c'est facile une note une seule note à retenir cette note grave de trompette ou de clarinette celle là qui ferait comme un retour à ce moment là immobile où tout à commencé ce serait l'instant initial où je l'ai rencontré
...j'ai dû acheter le disque le jour où on est allés au bord de la mer juste avant c'est là que j'ai commencé à devenir fou à écouter sans cesse cette chanson
...pour éviter de revenir en arrière j'ai enregistré la chanson en boucle parce que comme ça je suis toujours avec jean


Mad about the boy
I know it's stupid to be mad about the boy
I'm so ashamed of it but must admit the sleepless nights I've had
About the boy
On the silverscreen
He melts my foolish heart in every single scene
Although I'm quite aware that here and there are traces of the cad
About the boy
Lord knows I'm not a fool girl
I really shouldn't care
Lord knows I'm not a school girl
In the fury of her first affair
Will it ever cloy
This odd diversity of misery and joy
I'm feeling quite insane and young again
And all because I'm mad about the boy
So if I could employ
A little magic that will finally destroy
This dream that pains me and enchains me
But I can't because I'm mad...
I'm mad about the boy

Je sais que c'est stupide d'être folle de ce garçon
J'en aie tellement honte mais je dois admettre que je passe des nuits sans sommeil
Pour ce garçon
Sur le grand écran
Il fait fondre mon cœur stupide dans chaque scène où il est seul
Même si je suis consciente qu'il y a ici et là des traces du goujat,
De ce garçon
Le seigneur sait que je ne suis pas une folle
Je n'en aie vraiment rien à faire
Le seigneur sait que je ne suis pas une écolière
Trépidante pour sa première histoire d'amour
Ça m'écœurera toujours
Ce bizarre changement de tristesse puis de joie
Je me sens un peu folle et de nouveau jeune
Et tout ça parce que je suis folle de ce garçon
Donc si je pouvais employer
Un peu de magie pour enfin détruire
Ce rêve qui me peine et m'enchaine
Mais je ne peux pas car je suis folle...
Je suis folle de ce garçon

Le dossier de diffusion de la pièce de théâtre tirée de ce livre : ici. On y trouve de très beaux textes de la comédienne et du metteur en scène sur cette lecture.

Un bel article où l'auteur s'exprime sur son écriture tellement particulière dans les propos recueillis par Maïa Gabily : "Parler d'amour avec Emmanuel Adely", sur Zone Littéraire.

Auteurs TV nous propose un entretien avec L'auteur : l'écrivain se vit comme une sorte d'encodeur du réel et joue avec ou sans la ponctuation pour nous donner du souffle ou pour nous le couper... (il déteste les points de suspension dont j'abuse avec jubilation !) mais chut, écoutez et regardez, c'est vraiment très intéressant :

Emmanuel Adely
par auteursTV

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