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- Peste et Choléra – La vie d’Alexandre Yersin

Publié le 14 mars 2013 par La Blogosphère De Mathilde @La_blogOsphere

Peste et Choléra

de Patrick Deville

Peste et CholéraVoici un livre que je viens de terminer et par lequel j’ai découvert un monde totalement inconnu, celui de la recherche bactériologique.

Ce roman de Patrick Deville est écrit dans un style très particulier puisqu’il découpe la vie d’Alexandre Yersin, un médecin chercheur en bactériologie. L’auteur crée des va-et-vient entre les différents moments qui ont marqué la vie du chercheur, passant de sa fin de carrière à son tout début et inversement. Lors des premières pages, j’avoue avoir été un peu perdue, mais on y prend vite le plie et finalement, on n’a pas réellement cette impression de lire une biographie ennuyante telle quelle, mais bien le roman d’une vie.

Patrick Deville romance avec brio et réalité la vie d’Alexandre Yersin, ce chercheur qui été présent à la création de l’Institut Pasteur et qui a travaillé durant quelques années auprès de Louis Pasteur, lui-même. Mais Alexandre Yersin est aussi reconnu pour avoir découvert le bacille de la peste après de longues recherches dans des conditions qui auraient dû être très difficiles et qui se sont avérées être les meilleures. Il découvre ainsi en Chine en 1894 que la peste est transmise du rat à l’homme dans des températures ambiantes et non rafraîchies et aseptisées comme dans le laboratoire de Kitasato [Chercheur japonais] à l’hôpital de Hong Kong. A savoir que le bacille de la peste a été découvert dans une annexe en bambou ! Il faudra attendre 1898 pour voir un autre pastorien, Paul-Louis Simond établir avec certitude à Karachi que c’est la puce qui transmet le bacille par sa piqûre.

L’écrivain nous fait découvrir la vie d’Alexandre Yersin grâce à une correspondance échangée avec sa mère [Fanny] et sa soeur [Emilie]. Cette correspondance est aujourd’hui conservée à l’Institut Pasteur.

Ainsi, Patrick Deville s’est appuyé sur toute cette correspondance pour retracer la vie d’Alexandre Yersin et nous faire découvrir un homme qui jamais n’aura assouvi sa soif de connaissance.

Alexandre Yersin
D’ailleurs, l’auteur fait le bilan de son personnage à la page 205 : « Yersin est persuadé que toutes ses lettres à Fanny et ses lettres à Emilie, qui constitue le récit véritable de sa vie, ont disparu depuis longtemps. Alors il répond à leurs questions. Comment il a découvert le bacille et vaincu la peste. Quitté la Suisse pour l’Allemagne, l’Institut Pasteur pour les Messageries Maritimes, la médecine pour l’ethnologie, celle-ci pour l’agriculture et l’arboriculture. Comment il fut en Indochine un aventurier de la bactériologie, explorateur et cartographe. Comment il parcourut pendant deux ans le pays des Moïs avant de gagner celui de Sedangs. Les deux scientifiques l’interrogent sur ses lubies et ses inventions, l’horticulture et l’élevage, la mécanique et la physique, l’électricité et l’astronomie, l’aviation et la photographie. Comment il devint le roi du caoutchouc et le roi du quinquina. Comment il rejoignit à pied depuis Nha Trang le Mékong et Phnom Penh, pour finalement vivre cinquante ans dans ce village au bord de la mer de Chine. Les deux scientifiques emplissent leurs carnets. Ils voient les yeux bleus de Yersin qui ont les yeux bleus de Pasteur. »

Toutes ses aventures, il les a vécu à un tournant important de l’histoire de l’Europe, puisqu’en l’espace de 30 ans, il suivra en direct de l’Indochine via sa radio les deux grandes guerres mondiales et tiendra aussi une correspondance importante avec Emile Roux et Albert Calmette, ses pairs dans la « bande à Pasteur », qui ne cessera qu’aux décès de ces deux amis.

La vie d’Alexandre Yersin nous fait traverser le monde, de la France à Nha Trang en passant par l’Allemagne, la Suisse, l’Afrique et l’Indochine. A travers cette histoire, nous rencontrons aussi des personnages qui ont marqué le monde politique, littéraire, culturel, aéronautique et médicale comme Doumer, Calmette, Lyautey, Céline, Gustave Eiffel… Mais aussi du monde industriel avec les premières automobiles, les premiers pneus dont il fournira à Michelin le latex, les premiers avions avec la compagnie Air France par laquelle il fait ses voyages entre le Vietnam et la France.

Aussi, nous apprenons qu’il a créé l’ancêtre du coca-cola mais n’a jamais déposé le brevet ! Il découvrit cette boisson alors qu’il se lance dans l’agriculture ainsi que l’élevage de chevaux et de bovins afin de créer ses sérums. Il en profite aussi pour revendre le caoutchouc dont il va tirer un large profit afin de financer ses recherches médicales.

Tout au long du roman, nous nous attachons à cet homme assoiffé de connaissance et parti au bout du monde pour y rechercher et apporter son savoir. Il vivra seul toute sa vie, sans femme ni enfant mais avec des amitiés très fortes qu’il aura construites tout au long de sa vie en Europe et en Indochine. Il aura vécu en homme libre, témoin et acteur des plus grandes découvertes de notre temps. Cet homme n’aura rien manqué, hormis peut-être le prix Nobel…

Un livre passionnant, bien écrit dont je peux que vous conseiller de lire.


Classé dans:Livres

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