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[Critique] THE ROOM

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] THE ROOM

Titre original : The Room

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Tommy Wiseau
Distribution : Carolyn Minnott, Juliette Danielle, Philip Haldiman, Tommy Wiseau, Robyn Paris…
Genre : Romance/Comédie
Date de sortie : 2003 (pas de date prévue en France, hormis en festivals)

La Critique :
C’est au fameux Latina à Paris, lors d’une soirée Panic cinéma, que j’ai eu le privilège de découvrir The Room.
Aussi incroyable que cela puisse paraitre, pas moins de trois séances sont programmées en ce jour, et le plus beau, c’est qu’elles sont toutes complètes. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, c’est en présence du maître Tommy Wiseau et du bellâtre francophile Greg Sestero que le film est diffusé.
Pas avares en bons mots, les deux compères se prêteront sans broncher au jeu des questions réponses…mais on y reviendra plus tard. Cette petite introduction nous a laissé néanmoins le loisir d’apprécier la conception toute particulière de la classe selon Wiseau. Tout de jean, de cuir et de chaines vêtu, il affiche LE détail qui fait toute la différence entre l’homme de goût et l’homme de classe : une superbe cravate rose. Le chevelu se permet décidément n’importe quoi…comme il nous le prouvera ce soir, avec ce navet intersidéral tellement à coté de la plaque, qu’il en est tout simplement merveilleux.

Prétendre pouvoir faire le tour de The Room au travers d’une simple chronique serait d’une prétention telle qu’elle générait le plus outrecuidant des acteurs français…et dieu sait qu’ils sont nombreux et d’un niveau défiant toute concurrence. Impossible cependant de ne pas parler de ce film culte. Surtout chez On Rembobine, maison où les nanars de compétition ne font pas peur.

Avant de parler du film, il convient de s’attarder un peu sur le « cas » Tommy Wiseau. Instigateur du projet, il cumule avec The Room les fonctions de producteur, réalisateur, scénariste et surtout, d’acteur (c’est lui le premier rôle du film). Âgé de 46 ans, l’artiste aux origines indéterminées maintient une certaine nébuleuse autour de son histoire et de son passé, alimentant du coup les rumeurs les plus folles sur son compte.
Si vous avez vu le film, vous serez surpris d’apprendre que The Room à couté prés de six millions de dollars. Un tel budget est ahurissant quand on sait que le film est quasiment tourné en huis-clos, qu’il y a, à tout péter, vingt acteurs qui tournent dans le film et qu’aucun d’entre eux n’est célèbre.
Émaillé de nombreux problèmes (techniques et comportementaux) le tournage s’est étalé sur sept longs mois et alimente toujours à l’heure actuelle les discussions les plus animées des techniciens cinémas du tout L.A (ces derniers en ont tellement chié avec Wiseau, que tout le métier a entendu parler de ce tournage chaotique).

Certainement conscient qu’il n’ y a sur terre personne d’assez taré pour filer des millions à la réalisation d’une œuvre aussi débile que The Room, Wiseau a presque tout financé lui même. De toute évidence moins à la rue financièrement que devant la caméra, Wiseau est l’homme de tous les fantasmes.
Et plus on en apprend sur le film, plus on découvre un bordel sans nom. La mythologie passionnante qui entoure ce navet est difficile à vérifier, mais il évident qu’elle participe au charme de l’œuvre.

Ce qu’il y a de sûr, c’est que cet extraterrestre aux cheveux longs et gras et au physique musculeux fait penser à une sorte de Peter Steele (du groupe Type O Negative) qui aurait pris trop de drogues et rétrécit au lavage. Assurément cintré sur les bords, le réalisateur a le regard éteint d’un mannequin masculin en début de carrière et le débit d’un octogénaire shooté aux tranquillisants.  Avec un look tout simplement surréaliste (le chevelu passe sans transition du costume trop grand au Hair Metal Style), Tommy Wiseau est aussi emblématique qu’énigmatique, et c’est très certainement ce côté complètement à coté de la plaque qui fait que The Room est aujourd’hui un film culte. Car oui, The Room est un film culte.
Tout a démarré à L.A après une campagne de publicité coûteuse  a l’ancienne, où on pouvait voir toute l’étrangeté du visage de Wiseau en gros plan sur des affiches du périf’.
Après plusieurs projections en marge d’une très célèbre remise de prix américaine, le film a commencé à agiter la fibre de toutes la mafia nanar américaine. Projeté lors des fameuses séances de Midnight, le film a rapidement obtenu une côte d’enfer auprès des fans de cinéma sans limites. Un peu comme s’il vivaient une expérience hors du commun, les spectateurs de ces premières séances se déchainaient pendant les visionnages en laissant court à leurs instincts les plus névrotiques. En hurlant les meilleures répliques du film et en soulignant les défauts techniques comme si il s’agissait de coups de génie, les fans de The Room ont fait de ce film ce qu’il est aujourd’hui : une nullité tellement affligeante qu’elle en touche les cieux.

Certainement atteint dans son égo et son for intérieur, Wiseau, face à cette soudaine et inattendue « popularité », a commencé à dire que, bien sûr, cette comédie noire était volontairement nulle. Si c’est vrai, ce mec est très, très bon. Si ce n’est pas vrai, il reste très, très bon quand même. Parce qu’avec tout ça, je ne vous ai pas encore parlé du film… Accrochez vous, c’est du sans filet.

« Can you really trust anyone ? » (« Pouvez-vous vraiment faire confiance à n’importe qui ? ») Telle est la question posée par l’affiche du film. Même avec la meilleure volonté du monde, difficile de voir ce qu’a réellement cherché à faire Wiseau au travers de son script. Pour faire simple, The Room est l’histoire d’un mec qui va se marier avec sa nana, alors que cette dernière couche avec son meilleur ami.
En plus de ce triptyque amoureux, on retrouvera d’autres personnages plus secondaires et à la limite de l’incongruité ( Le jeune Denny et la mère de Lisa obtenant la palme du grand n’importe quoi, dans ce casting « carton rouge ») mais qui sont, pour les fans, des personnages clés.
D’un rythme tellement lent qu’il en devient neurasthénique, l’histoire progresse à la vitesse d’un escargot et se viande avec son lot de dialogues d’une autre galaxie, où on passe du coq à l’âne sans rien comprendre à ce qui se passe.
Filmé à la « j’en ai marre de vivre », The Room cumule les fautes de goût et les erreurs techniques à untel point, que le directeur de la photographie est connu pour avoir fait, dans ce film, un véritable travail de cochon. Et à ce tableau déjà bien chargé en médiocrité, il faut ajouter des clins d’œil et des métaphores incompréhensibles pour le commun des mortels. Déjà talentueux pour faire parler ses acteurs, le maître laisse aussi le football, les petites culières et les roses nous dire des « choses »… Faudra par contre vous lever matin pour comprendre quelque chose.

Si on excepte les situations ubuesques qui arrivent comme un cheveu sur la soupe et qui repartent aussi rapidement qu’elles sont arrivées, le meilleur du film est sans aucun doute dans la qualité intrinsèque du jeu des acteurs. Si Wiseau est tellement puissant qu’il dépasse tout le monde de la tête et des épaules, le reste de l’équipe n’est pas en reste.
Juliette Danielle (Lisa), si elle ne daigne pas donner dans le nichon, peine dés lors qu’elle doit exprimer autre chose que du vide. Greg Sestero réprime difficilement sa « sextostérone » et Phillip Hadiman est tellement handicapé par la vacuité malsaine de la personnalité de Denny, qu’il ne peut, de toute façon, pas faire grand chose. Et puis quoi qu’il en soit, dès lors que Wiseau ouvre le bec, tout le monde passe au deuxième plan, effacé par la puissance de l’expression du patron et la clarté de sa diction.

Qu’il joue la tristesse, la joie où l’agressivité, l’acteur insuffle à chaque sentiment sa personnalité inimitable et son jeu proche du coma. Du coup, sa performance est totalement aux fraises, le top étant atteint lors du final apocalyptique où Wiseau se déchaine avec l’énergie d’un vieux reptile. Et une fois que le film est terminé, on ne peut que sécher ses larmes en psalmodiant frénétiquement le nom glorieux de Wiseau, véritable prophète d’un genre nouveau et visionnaire d’un cinéma puissant et rare.

Lors du questions/réponses final, Wiseau se montre d’une excellente humeur, riant et blaguant avec un public tout acquis à sa cause. Peu importe au final les intentions du bonhomme, le film existe et est désormais « culte » . Il fera à n’en pas douter couler beaucoup de larmes et engendrera beaucoup de rires. N’hésitez pas à tenter l’expérience mais je vous préviens… Ce n »est pas pour les mauviettes.

@ Pamalach

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