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Quand Macri joue les bons apôtres [Actu]

Publié le 30 mars 2013 par Jyj9icx6

Quand Macri joue les bons apôtres [Actu]

Traduction du slogan
"La Ville fête avec fierté et joie le Pape François"


Hier matin, pour le Vendredi Saint et ce qu'il reste de la Semaine Sainte, Mauricio Macri, qui vient d'augmenter le ticket de métro de manière vertigineuse (3,50 $ l'unité, contre un prix précédent en 2012 de 2,50 $ et un prix antérieur en 2011 de 1,10 $) et qui refuse de se plier aux conditions édictées par la Justice, à savoir de créer un tarif réduit accessible sous conditions de revenu (1) pour laisser les transports publics accessibles aux moins favorisés, Mauricio Macri vient de faire couvrir la façade d'un immeuble qui abrite des bureaux de son administration (Edificio La Plata), le long de Avenida 9 de Julio, dont il y a peu il a fait abattre de nombreux arbres (2) pour faire passer une ligne de tramway passablement inutile puisqu'elle doublonne la ligne de métro qui passe en-dessous, le tout sans aucune concertation avec les autres organes démocratiques (la Legislatura en particulier) en violation des dispositions constitutionnelles dont la Ville s'est pourvue, Mauricio Macri, donc, Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, vient de recouvrir cette immense et quelconque façade de bureaux d'une bâche photographique quadrichrome représentant le Pape François sur fond bicolore national et sur une surface de 88 mètres de large sur 34 de haut. Le type se prend pour Michel Ange attelé aux fresques de la chapelle Sixtine...
Cette initiative de bas étage, si je puis m'exprimer ainsi pour un tel bâtiment, aurait pour objectif de marquer la fête de Pâques, prétend-il ! Drôle de manière de célébrer la Résurrection du Christ que ce slogan imbécile et sans imagination qui met en lumière le serviteur qui n'arrête pas de dire qu'il n'est pas celui qui compte, quand le cœur de l'affaire est précisément Quelqu'un d'Autre...
Tant qu'il y était, notre bon apôtre a refusé de révéler le coût de l'opération (on admire une nouvelle fois la performance démocratique) et, pour se dédouaner, il a annoncé qu'après l'opération, cette immense toile serait découpée et que les morceaux ainsi obtenus serviraient à confectionner des sacs qui seront vendus aux enchères (Idée de jocrisse ! Quel acheteur va vouloir mettre beaucoup d'argent dans un sac dont il n'aura que faire et dont le motif sera un morceau de menton dont il faudra expliquer à qui il appartient pour que ça ait un sens quelconque ? Ou pire, dans un simple sac monochrome blanc ou bleu ciel, ce qui occupe tout de même la majeure partie de l'image totale ?) L'argent ainsi récolté irait au vicariat (3) des villas miserias de Buenos Aires (on demande à voir). N'eût-il pas été plus efficace de consacrer tout de suite cette somme à viabiliser, avant le retour de l'hiver, ces zones abandonnées de la ville en y faisant installer l'eau courante, le gaz et l'électricité, que tant et tant de gens réclament depuis des années et que même la justice portègne a exigé dans plusieurs arrêts qui n'ont jamais été suivis d'effet ?
Hier, la presse rendait compte de manière variée de cette écœurante tartuffe-rie : Página/12 en faisait un entrefilet méprisant (comment l'en blâmer ?) tandis que Clarín, que les scrupules n'ont jamais étouffé lorsqu'il s'agit du sort des plus démunis, semblait trouver l'idée charmante et se gardait bien d'aborder en aucune façon les aspects économiques de cette exploitation vulgaire d'une légitime émotion populaire, à laquelle Monseigneur Emil Tscherrig, évêque auxiliaire de Buenos Aires et actuel Administrateur diocésain, aura dû se prêter en assistant à l'inauguration de cette décoration plus électoraliste que pascale aux côtés du Chef de Gouvernement et sa vice-chef, tout aussi démagogue que lui. Sans doute, vu d'Europe, eût-il été plus sage de s'abstenir mais dans le climat actuel à Buenos Aires, ce doit être bien difficile pour un homme qui n'est pas l'évêque titulaire, dont le nom n'est connu que d'un assez petit nombre de pratiquants hyper-engagés (Página/12 le désigne comme simple cura) et qui est pris en tenaille entre une campagne électorale déjà très soutenue et un triomphalisme national on ne peut plus humain (4)
Pour aller plus loin : lire l'entrefilet de Página/12 lire l'article de Clarín
(1) Voir mon article du 26 mars 2013 sur les recours judiciaires posés par des élus locaux et nationaux contre cette politique démente. Vous pouvez aussi lire tous ces articles en cliquant sur le mot-clé Subte (métro à Buenos Aires) que vous retrouverez aussi dans les articles concernés dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. (2) Voir mon article du 13 février 2013 sur ce thème (3) District territorial à l'intérieur d'un diocèse. (4) Comme c'est le cas presque partout dans le monde chrétien, mis à part la France et quelques rares pays qui ont conservé cette disposition que leur a imposée le joug communiste il y a plus d'un demi-siècle, Cuba en tête, il n'y a pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat en Argentine et cette situation encombre autant l'un que l'autre dans leurs respectifs champs d'action, comme le montrent les incessants contresens d'interprétations sur les prises de position de l'Eglise que j'ai tâché d'analyser pour vous ces derniers jours dans Clarín et bien davantage encore dans Página/12 (voir au plus récent les précautions oratoires prises par le futur Archevêque de Buenos Aires, Monseigneur Mario Poli, qui achève son ministère épiscopal à Santa Rosa avec les fêtes de Pâques).

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