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[Critique] 11.6

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] 11.6

Note: ★★★☆☆

Origine : France
Réalisateur : Philippe Godeau
Distribution : François Cluzet, Bouli Lanners, Corinne Masiero, Juana Acosta, Johan Libéreau, Stephan Wojtowicz, Éric Bernard, Karim Leklou…
Genre : Policier/Drame/Histoire vraie
Date de sortie : 3 avril 2013

Le Pitch :
L’histoire authentique de Toni Muselin, un convoyeur de fond, qui après plusieurs années de service, décide de s’emparer du chargement de son véhicule…

La Critique :
Avec sa deuxième réalisation (après Le Dernier pour la route, déjà avec François Cluzet), Philippe Godeau a souhaité avant tout questionner les motivations de son protagoniste principal. Un personnage bel et bien réel qui, en 2009, défraya la chronique en dérobant 11,6 millions d’euros (d’où le titre), pendant son service de convoyeur de fonds. Comment un homme sans histoire, sans casier judiciaire, rangé et consciencieux a t-il pu passer de l’autre côté de la loi aussi brutalement ? La question est posée et méritait de l’être. Et forcement, dans cette implacable logique, le film qui en découle s’avère le plus réaliste possible. Pas de braquages spectaculaires ici, mais la trajectoire de vie d’un homme simple, taciturne, pas spécialement sympathique, humilié régulièrement par sa direction et écrasé par le poids d’une conscience mise à mal par un quotidien difficile à gérer.

N’ayant pu approcher le véritable Toni Muselin, le réalisateur et sa scénariste, Agnès de Sacy, se sont alors appuyés en grande partie sur l’ouvrage de la journaliste Alice Géraud-Arfi, intitulé Toni 11.6 : Histoire du convoyeur, ainsi que sur les témoignages des collègues du principal concerné. Un processus qui entraîne de nombreuses zones d’ombre, dans l’histoire de Muselin et donc dans le film. On se demande par exemple comment un type qui touche 1600 euros par mois arrive à se payer une bagnole à plus de 100 000 euros (même si il l’a paye en trois fois). Le film ne dit rien non plus sur la façon dont Muselin a caché une partie de son butin. Auréolé de mystère à l’époque, ce fait divers étonnant débouche forcement sur un film qui l’est tout autant. Une bonne nouvelle, car jamais Philippe Godeau n’essaye de trop broder. Il illustre son récit, colle de près à son « héros », mais ne cherche pas à combler les vides. De quoi conférer à l’œuvre un réalisme certain, mais aussi un aspect un peu « survolé », pas toujours agréable, pour la compréhension et l’empathie.

La conséquence immédiate d’une telle volonté est de positionner le personnage interprété par François Cluzet à l’opposé des autres « grands » cambrioleurs de l’Histoire. On pense ici notamment à Albert Spaggiari, par ailleurs cité dans le long-métrage, dont les « exploits » furent portés à l’écran par Jean-Paul Rouve. Muselin est un type normal, loin du faste (mis à part pour la Ferrari) même si son geste ne l’est pas du tout. Ce n’est pas la star qu’une partie de l’opinion publique a portée au pinacle, ni un Robin des Bois des temps modernes. Où alors, un Robin des Bois qui ne redistribuerait pas le fric… Un voleur qui s’improvise, en pleine crise économique. Une crise qui, presque quatre ans après les faits, est toujours là. De quoi ancrer 11.6 dans une actualité brûlante. Celle des travailleurs anonymes brimés par leur direction, dans un Monde en plein bouleversement. Fondu dans la masse, Muselin décide un jour, après le sale coup de trop de la part de son patron, de se réveiller. Son geste est avant toute chose, une vengeance. Une vengeance calculée, précise et non-violente. Au sens propre du moins.

Porté par un François Cluzet très à l’aise dans un registre qu’il connait (trop ?) bien, confirmant encore et toujours son statut de monument du cinéma français, 11.6 peut aussi compter sur Bouli Lanners, lui aussi parfaitement à sa place. Si on pense au début au Convoyeur, l’autre film de convoyeurs de fond, réalisé en 2004 par Nicolas Boukhrief, avec Albert Dupontel, on l’oublie vite. 11.6 n’a rien du polar pur et dur et l’action y est absente. Ce qui ne veut pas dire que le métrage n’entretient pas une certaine tension psychotique croissante. Reposant sur une rythmique pas toujours maîtrisée et donc alourdie par quelques plages un peu mollassonnes, 11.6 est âpre et socialement concerné. C’est certain, il ne parlera pas à tout le monde, d’autant que sa mise en scène, comme tout le reste, est complètement sobre. C’est avant tout une analyse de la crise que nous propose ici Godeau, au travers d’un type en rébellion. Un type que le film ne cherche jamais à rendre cool ou attachant. Réaliste donc, quitte à empêcher le public de vibrer totalement pour les mésaventures de Muselin. Mais encore une fois, là n’est pas le propos.

@ Gilles Rolland

11.6-photo
Crédits photos : Wild Bunch Distribution


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