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Skyfall

Publié le 16 avril 2013 par Olivier Walmacq

James Bond se fait tirer dessus lors d'une mission où il devait récupérer les fichiers contenant les noms de couverture des agents du MI6. Un ennemi inconnu fait exploser les bureaux du MI6 et compte dévoiler petit à petit les noms des agents. James Bond refait son apparition et repart dans une de ses missions les plus périlleuses de sa carrière...

Affiche teaser France - Skyfall

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Les déboires financiers de la MGM oubliés, revoilà l'ami James Bond sortit d'une galère pénible. Surtout quand on pense que le dernier en date est le très moyen Quantum of Solace. Même Daniel Craig, agent double-zéro depuis maintenant trois films et de bientôt deux autres, reconnaît qu'il a dû meubler lui et le réalisateur Marc Forster avec un scénario bloqué par la grêve des scénaristes. Pour le nouveau, on revient aux choses sérieuses et cela rien qu'avec le nom du réalisateur: Sam Mendes. Le grand public ne se souvient peut être pas du nom, mais doit bien se rappeler des coups d'éclat American Beauty et Les sentiers de la perdition, déjà avec Craig. Il s'agit donc du premier cinéaste confirmé d'une saga qui en manquait cruellement et ce même avec les meilleurs faiseurs (Terrence Young et Guy Hamilton ont surtout brillé en faisant des James Bond). En sachant qu'auparavant, Steven Spielberg a toujours voulu en faire un, mais Albert Broccoli, producteur phare de la saga, lui a toujours dit qu'il n'avait pas encore assez d'expérience même après Les dents de la mer. Idem pour Quentin Tarantino même si ce dernier, comme à son habitude, fut beaucoup trop excité pour le faire et enchaînant tout le temps quinze tonnes de projets pour un de fait (par exemple: Kill Bill 3 et 4). En sachant que récemment, un certain Christopher Nolan se dit intéressé pour en réaliser un.

Affiche française - Skyfall

Une rumeur plus qu'autre chose mais on ne sait jamais. Pour le casting, on a droit à du prestigieux: si on garde Judi Dench et Rory Kinnear; Bérénice Marlohe, Javier Bardem, Naomie Harris, Ola Rapace, Ben Whishaw, Ralph Fiennes et Albert Finney font leur apparition. Pas de Felix Leiter dans cet épisode très porté sur le Royaume Uni et l'Asie du Sud-Est. Dès les premières minutes, Mendes nous embarque à Istanbul avec une course-poursuite entre motos, train et voitures absolument fendarde et mettant dans l'ambiance. Skyfall sera bien le digne successeur de Casino Royale et compte bien encore torpiller l'image de James Bond en le mettant dans ses pires retranchements. (attention spoilers) Nous avons donc droit à un Bond qui n'a jamais été aussi fragile depuis un bail (en l'occurence Au service secret de sa Majesté et son dénouement poignant). Déjà, le fait d'être blesser l'empêche d'être en grande forme. Certes, il couche toujours autant mais au niveau physique, il est bloqué. M le reprendra même en étant inadapté à reprendre du service. De plus, la frustration ne fait qu'ampirer quand il voit qu'il n'y arrive pas. C'est le cas après sa séance de cardiologie où il n'y arrive plus en peu de temps. Pour Mendes, c'est donc le moment de remettre en question son héros face à ses doutes personnels. Est-il trop vieux? Doit-il continuer une besogne qui finalement le tuera peut être un jour?

Affiche française - Skyfall

Va t-il voir les femmes de sa vie s'évaporaient une par une, sans pouvoir les sauver? Des questions existentielles fascinantes et qui arrivent quand même cinquante ans après le début de la franchise! Autant dire qu'il était temps. Pour le reste, Mendes fait aussi dans l'inédit en revenant aux origines mêmes du personnage. En effet, juste après la sortie de James Bond contre Dr No, Ian Fleming avait été tellement satisfait de Sean Connery que dans une de ses nouvelles, il avait présenté un héritage écossais à 007. Ainsi, le réalisateur nous embarque en Ecosse dans le Manoir Bond, là où ses parents sont morts. On ne sait pas de quoi mais la blessure reste profonde. C'est ce qui en a fait un être dur et peu porté sur les émotions. Le titre du film prend alors tout son sens. Il s'agit de la demeure des Bond et le fait que Bond ait bloqué lors de son passage chez le psy sur ce mot est éloquent. La blessure est encore présente et la seule chose qui peut encore le rattacher à une famille est son patron et un vieux garde-chasse! (fin des spoilers) Le final sera d'ailleurs particulièrement douloureux et qui risque d'être un moment phare de toute la saga. Je n'en dévoilerais pas plus. Craig se révèle encore une fois parfait en Bond et se montre définitivement comme le successeur de Sean Connery.

Affiche française - Skyfall

Inévitable. Bardem en méchant s'avère assez jouissif dans son sens théâtral. Un bad guy qui ne cesse de se mettre en scène et de façon purement fantastique. On y prend vite goût. Quant aux femmes, elles assurent. Judi Dench s'avère encore une fois impériale en M, à croire que le recommencement de la saga a fait du bien à son rôle, tant elle gagne en dimension dramatique. Les gags entre Harris et Craig s'avèrent assez savoureux et imposent une marque de renouveau chez certains personnages, posant définitivement la saga de Craig comme étant un reboot. Whishaw n'a pas encore l'impact de Desmond Llewelyn, mais au fil des épisodes, il devrait gagner en intérêt. Bérénice Marlohe s'en sort avec les honneurs pour son tout premier rôle. On regrette même que la complexité de son personnage ne soit pas mieux représenté, bouffée par un manque de présence décevant. Fiennes et Finney complètent une distribution pour le moins impeccable. Pour ce qui est de la réalisation et de la photo, Mendes et son équipe ont fait un travail impeccable et notamment sur les lumières (les passages à Shanghaï et Macau sont tout simplement magnifiques au niveau des effets lumineux). La musique de Thomas Newman varie les plaisirs pour notre plus grand plaisir, passant à un ton rapide pour les scènes d'action à des thèmes plus mélancoliques concordant aux émotions de Bond.

Affiche française - Skyfall

La musique paraît donc moins mécanique et revient moins à ressortir le thème de John Barry comme le faisait David Arnold. Pour ce qui est de la chanson d'Adele, elle est tout simplement impitoyable. En bon retour aux sources, son Skyfall rappelle les chefs d'oeuvres de Shirley Bassey de par ce ton jazzy et son importance au niveau des paroles. Pour ce qui est des scènes d'action, Mendes se débrouille comme un chef et joue avec un aspect spectaculaire pour le moins fendard. J'ai déjà parlé de la scène d'ouverture, mais n'oublions pas la scène de baston à Macau (même si le croco fait un peu trop numérique), celle dans l'immeuble à Shanghaï (accessoirement première apparition de Marlohe) et surtout ce final d'une jouissivité totale avec explosions et fusillades redoutables. On peut également compter sur un côté espionnage-infiltration pour le moins important et notamment dans la scène de poursuite dans le métro. Pour le reste, le réalisateur n'hésite pas à faire des clins d'oeil, cinquante ans oblige. Mais curieusement, cela paraît bien moins lourdingue que dans Meurs un autre jour, qui optait beaucoup trop vers le clin d'oeil inutile. Ainsi, on a des références à GoldenEye (les stylos qui explosent c'est passé de mode!), On ne vit que deux fois (la résurrection de Bond), Rien que pour vos yeux (c'est M qui va être contente!), L'homme au pistolet d'or (pour le passage des miroirs dans le générique, mais aussi le duel ensoleillé) ou L'espion qui m'aimait (remember Requin).

Skyfall : photo Daniel Craig

Sam Mendes prouve qu'il peut assimiler sa personnalité dans une franchise au même titre qu'un certain Christopher Nolan. Un coup de maître qui restera longtemps en mémoire.

Note: 19/20


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