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[Critique] IP MAN

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] IP MAN

Titre original : 葉問

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : Hong-Kong/Chine
Réalisateur : Wilson Yip
Distribution : Donnie Yen, Simon Yam, Siu-Wong Fan, Ka Tung Lam, Yu Xing, You-Nam Wong, Chen Zhi Hui, Lynn Hung…
Genre : Arts-Martiaux/Drame/Biopic/Action
Date de sortie : 3 novembre 2011 (DTV) / 2008

Le Pitch :
La vie et l’œuvre de Ip Man, un maitre de boxe Wing Chun, de ses années d’opulence, consacrées à sa famille et à la pratique des arts-martiaux, à la période sombre de l’occupation japonaise…

La Critique :
Ip Man fut le maître de Bruce Lee. Voici l’argument de vente principal du film. Le personnage est désormais culte et sa vie n’en finit plus de passionner les foules. Il faut dire que l’existence de ce grand maître est prétexte à non seulement offrir des affrontements virtuoses à foison, mais aussi à dépeindre une période douloureuse de l’histoire de la Chine. Il est donc tentant d’embrasser ce destin hors norme, même si l’exercice est casse-gueule, comme en témoigne le récent The Grandmaster de Wong Kar-Waï, avec Tony Leung, qui délaisse carrément Ip Man, pour au final livrer un film certes beau, mais trop mou pour convaincre une large partie du public auquel il est susceptible de plaire.

Wilson Yip a par contre su d’emblée comment aborder le personnage. Son long-métrage est un authentique film d’arts-martiaux, au sens noble du terme. Le spectateur qui se fout royalement du contexte dans lequel a évolué le Maitre de Bruce Lee à un moment clé de son existence, sera quand même comblé par les nombreuses séquences remarquablement filmées, où Ip Man met sur la tronche à ceux qui ont l’impudence de lui chercher des noises. Les autres apprécieront également le fait que Wilson Yip ait préféré se focaliser sur une période relativement courte mais déjà riche en événements. Le métrage raconte donc aussi l’invasion de la Chine par les japonais et dépeint le brusque changement dans le mode de vie du héros. De nanti, heureux et paisible, jouissant d’une réputation inattaquable, Ip Man devient comme ses compatriotes. Il se voit forcé de travailler dans les mines et crève de faim, alors que son pays ploie l’échine devant l’envahisseur japonais. On apprécie la leçon d’histoire. Du moins jusqu’à ce qu’elle devienne trop manichéenne en décrivant les japonnais comme de gros salopards sans état d’âme. D’un côté il y a les bons et de l’autre les méchants. Seuls les bandits chinois qui pillent les leurs apportent une nuance appréciable, car à côté, Ip Man ne présente pas beaucoup de nuances de gris. Noir ou blanc. Chinois ou japonais. Ip Man est au milieu et utilise son art et sa vélocité pour unifier son peuple. Au début un peu malgré lui. On sent ainsi que même si le but du film n’est pas de s’attarder sur le contexte historique, il peine à le faire d’une manière totalement convaincante et ça reste regrettable.

Par contre, il convient de saluer tout le reste. À commencer par la représentation des arts-martiaux. Filmé avec une virtuosité épatante par un Wilson Yip très inspiré, Ip Man est une grosse claque, au point de s’imposer comme l’un des monuments du genre. Toujours lisibles, les séquences de bastons sont de plus remarquablement chorégraphiées et dégagent tout ce qu’il faut de puissance. Dans le rôle titre, Donnie Yen, en tout simplicité, fait parler son art, sans pour autant oublier de jouer la comédie. Peut-être limité dans le drame, Yen ne l’est par contre pas le moins du monde quand il combat, et la complicité qu’il entretient avec son réalisateur de donner lieu à des scènes ahurissantes et sauvages à proprement parler jubilatoires. Bon, le truc, c’est que Ip Man est balèze. Trop ? Peut-être, car il est sûr que quelque soit son adversaire, ce dernier va finir pas mordre la poussière. À un contre un ou à un contre dix, Ip Man est invincible et imperturbable. Le film ne prenant même pas la peine de se risquer à le mettre trop souvent en péril. Si les circonstances n’épargnent pas Ip Man, lui non plus n’épargne personne et dispense, au fil des scènes, autant de leçons de sagesse.

Une autre très bonne idée du long-métrage est d’avoir tenu à insuffler un peu de légèreté. Ainsi, Ip Man est parfois comique. Un peu pince sans rire, le héros aime les bons mots et ses répartis, parfois cinglantes, font toujours mouche. La façon dont certains de ses adversaires se ramassent la tronche peut aussi déclencher quelques ricanements sadiques…

Maladroit donc quand il verse dans le drame, mais aussi dans sa façon de dépeindre sa toile de fond, Ip Man ne souffre par contre d’aucun défaut une fois sur le tatami. Le tour de force est aussi d’arriver à passionner et à faire vibrer pour un héros que l’on sait de toute façon intouchable. Il offre tout ce que le fan hardcore est en droit d’attendre d’un tel film et s’avère superbement rythmé et monté. Les bastons, relativement réalistes, font très mal et Donnie Yen fait des merveilles, entouré d’une escouades d’acteurs qui versent volontiers dans le cabotinage, mais qui eux aussi, une fois dans l’action, ne déçoivent jamais. Alors non, Ip Man n’est pas un grand biopic. Avec ses nombreuses ellipses, où des messages écrits viennent nous expliquer ce que le réalisateur ne souhaite pas illustrer, il s’avère brouillon et trop simple. Mais quand on voit que ces ellipses ne sont là que pour laisser le champs libre à l’action, on ne peut que saluer l’initiative. Ip Man est plutôt court, et ne laisse pas beaucoup de répit. Ça claque, c’est beau, violent et plein de souffle. En la matière, c’est du grand art !

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : HK Vidéo


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