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Siri Hustvedt, une saison complice entre femmes

Par Pmalgachie @pmalgachie

Siri Hustvedt, une saison complice entre femmes Mia a connu la folie. Plus exactement une « crise psychotique », aussi appelée « bouffée délirante ». Elle a visité les marges de la raison, où elle aurait pu sombrer après le départ de Boris, son scientifique de mari. Il ne l’a pas vraiment quittée, il a prononcé le mot « pause ». Ouais… « La Pause était française, elle avait des cheveux châtains plats mais brillants, des seins éloquents qui étaient authentiques, pas fabriqués, d’étroites lunettes rectangulaires et une belle intelligence. Elle était jeune, bien entendu, de vingt ans plus jeune que moi, et j’ai dans l’idée que Boris avait convoité quelque temps sa collègue avant de donner l’assaut à ses régions éloquentes. » Remise sur pied, Mia, poétesse auréolée d’un prix littéraire mineur, est engagée dans un atelier d’écriture suivi par sept adolescentes occupées à tester leurs capacités de séduction ou à effacer leur part féminine, à mener entre elles une furieuse compétition ou à nouer de passagères amitiés. Mia s’est aussi rapprochée de sa mère et de ses amies, dans un établissement pour personnes âgées où on ne s’attend pas à trouver autant de vie. Une voisine et sa petite fille complètent l’environnement d’Un été sans les hommes, vécu par contrainte – le choix de Boris – mais finalement pas si malheureux. Bien sûr, certains moments restent douloureux. Mais le nouveau roman de Siri Hustvedt est l’histoire d’une cicatrisation réussie, pendant laquelle Mia devient plus forte qu’elle l’était. Elle trouve en elle et dans la proximité d’autres femmes, qu’elles soient en devenir comme ses élèves ou que leur espérance de vie soit réduite comme sa mère, assez d’arguments pour se reconstruire et montrer à sa fille Daisy ainsi qu’à sa sœur Bea un visage rassurant. L’héroïne peste souvent contre la place réservée aux hommes dans la société, l’espèce de supériorité « naturelle » dont ils jouent comme d’un argument définitif. La différence se manifeste jusque dans les habitudes de lecture : « Si un homme ouvre un roman, il aime avoir sur la couverture un nom masculin ; cela a quelque chose de rassurant. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver à cet appareil génital externe si l’on s’immergeait dans des faits et gestes imaginaires concoctés par quelqu’un qui a le sien à l’intérieur. » En revanche, quand il s’agit d’écriture, la narratrice refuse l’idée d’une écriture féminine, malgré ses propos féministes : « Moi, votre narratrice personnelle privée, je pourrais porter un masque, un pseudonyme. » Ce n’est là qu’une des manières dont Siri Hustvedt installe la complicité avec les lecteurs. Au milieu du roman, il s’agit de les embrasser pour les remercier d’être encore là. A la fin, de déclarer qu’ils sont des amis. Cette familiarité l’autorise à donner son opinion sur quelques codes du récit : « La chronologie est parfois surestimée en tant que procédé narratif. »
Tout cela donne à un sujet pathétique, la femme larguée, l’allure d’une belle fête.

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