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La grimace - Henrich BÖLL

Par Loizolire
Il y a quarante et un ans, en 1972, Heinrich Böll (1917-1985), recevait le prix Nobel de littérature. Issu de la petite bourgeoisie catholique de Cologne, cet écrivain qui a longtemps été considéré comme le plus important et le plus représentatif de la littérature allemande de son époque, gardera toujours un lien affectif très étroit avec ce milieu et cette région. Comme bon nombre de jeunes hommes de sa génération, Heinrich Böll a été soldat de la Wehrmacht, prisonnier de guerre en 1945. C'est après son retour de captivité qu'il se tourne vers la littérature. L'Allemagne de la guerre et des premières années de l'après-guerre va constituer le décor de ses premiers romans. Dans les années 1960 et 1970, il devient une conscience acérée, engagée et courageuse. Le Roman, la grimace, en est une parfaite illustration.

Points, 282 pages La grimace - Henrich BÖLL
La grimace - Henrich BÖLL Fils d'un industriel rhénan, Hans Schnier, jeune homme de vingt ans, était prédestiné à suivre tout naturellement la trace de sa riche famille protestante. Mais il ne l'a pas entendu de cette oreille. Par choix et parce qu'il refuse le luxe, il devient clown pour se révolter contre son milieu qu'il tourne en dérision. Sa famille le rejette. Depuis six ans, Hans vit avec son amie Marie Derkum, une catholique. Sa vie ne va pourtant pas tarder à basculer lorsque celle-ci se brouille avec lui pour des raisons d'éducation religieuse des enfants à venir. Elle le quitte après avoir rencontré Küpfner, premier dignitaire de l'Eglise catholique allemande. Hans le clown ne parvient plus à faire rire les gens. Petit à petit, les représentants du groupe socio-culturel que fréquente sa femme, voient Hans d'un mauvais oeil, manifestent leur hostilité à son égard et commencent à l'exclure. Le départ de Marie laisse Hans désemparé. Il tente de rechercher sa femme à Bonn. Dans sa chambre d'hôtel, il se met à boire. Délaissé, il tombe dans la marginalité. C'est le début de la déchéance...

Mon avis : sans doute l'un des plus beaux romans allemands de l'après-guerre, peut-être encore trop méconnu en France, pour les non germanistes. Un roman dur et sombre, écrit avec des mots simples, des phrases courtes mais d'une limpidité remarquable.

Par le biais de son personnage marginal qui s'est volontairement mis à l'écart de la société, l'auteur porte un regard critique sur cette Allemagne de l'Ouest fière de son miracle économique, raillant la démocratie chrétienne et ce conformisme bourgeois béat, habités par une sorte d'amnésie douceâtre à l'égard du passé nazi. Le personnage de Böll refuse cette "bonne" conscience et, empreint d'un style mordant, dénonce cette société qui se précipite avec frénésie sur les biens de consommation, prisonnière de son confort moral égoïste et hypocrite, où les médias, vendeurs d'opinions au rabais, jouent les somnifères de masses. Ecrit il y a tout juste cinquante ans, ce roman garde toute son actualité. 


Heinrich Böll est un grand écrivain à re-découvrir.

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