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Papa Pacadis

Publié le 20 avril 2008 par Smaël Bouaici

Une petite chronique écrite il y a quatre ans pour novaplanet.com, sur les directives d’un Léon Mercadet, qui avait senti beaucoup de choses.

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Le Palace 70’s c’était mieux que le Rex 00’s ? Réponse dans Nightclubbing, la compile quasi intégrale des chroniques d’Alain Pacadis, qui courait les soirées mondaines pour Libération.

Alain Pacadis aurait pu être mon père. Quand je venais au monde, lui s’activait sur la piste du Palace, courait les inaugurations, fréquentait en intime les grands du rock et se dopait à ne plus savoir quoi prendre par où, dans des soirées finalement pas si différentes des nôtres : rien dans les écrits de Pacadis ne fait mention d’une décadence plus avancée hier qu’aujourd’hui.

C’était mieux avant, dirait sûrement Papa Pacadis s’il était encore là. Pourtant, quand je lis ce que tu écris, c’est les mêmes bonshommes, les mêmes drogues, les mêmes envies. Juste la musique qui a évolué. Et là, je te le dis franchement, c’est beaucoup mieux maintenant.

Et si c’était tout simplement mieux écrit avant? Quel journaliste vivant pourrait se comparer à Pacadis dans le gonzo francophone? Malgré tout ce qu’ont pu en dire les SR ulcérés, Pacadis a torpillé le genre. Son style (de vie et d’écriture) extrême fait que personne ne songe sérieusement à le concurrencer, sachant qu’il restera de toutes façons le monstre sacré du genre. Alors ouais, c’était forcément mieux avant. Et prendre du Tranxène pour écrire ce papier ne me fera pas remonter le temps.

L’héritage était tellement lourd que son successeur à la rubrique Nuit de Libé, Eric Dahan, a préféré s’en défaire, imposant des personnages récurrents dans un défilé de trasheries, et laissant les cendres de son aïeul au panthéon du gonzo. Pacadis apparaît donc plus léger, moins conscient de la lourdeur de sa charge de chroniqueur mondain, un rôle qu’il invente sans le savoir, pour un type qui a trouvé dans le journalisme une bonne raison et un bon moyen de se défoncer à moindre coût.

Pacadis vivait sa vie sans mise en scène apparente. Premier chroniqueur mondain, il fut aussi le premier crevard du genre (comme si les deux concepts étaient inséparables), en témoigne cette lettre en forme d’épilogue de Musidisc à Serge July, qui fustige les excès de l’envoyé du quotidien.

Derrière ses airs de pique-assiettes et de junkie incurable et incuré, Pacadis cache un pan d’histoire, notamment comme relais du punk avec son mentor et ami Yves Adrien. Une discussion entre les deux fait d’ailleurs l’objet d’un article. Adrien y félicite son disciple d’avoir si bien repris son concept punk, ajoutant en rigolant qu’il fallait maintenant passer au növo-punk…

Quelques épisodes quasi-historiques figurent dans ces chroniques. L’interview de Charles Bukowski la veille de son passage chez Bernard Pivot à Apostrophes. en novembre 78. Pacadis le prévient qu’il n’y aura pas d’alcool sur place, Bukowski prévoit donc d’amener deux bouteilles de vin. La suite figure dans tous les zappings.

Il y a aussi cette longue interview de Pacadis par Gainsbourg, en gros une discussion entre potes bourrés, au cours de laquelle Paca fait une confession qui résume le personnage : “La politique ne m’intéresse pas. Ca ne fait pas planer“. Et cet entretien avec Malcom Mc Laren, le manager des Sex Pistols, qui raconte que tout ce qu’il voulait c’était escroquer le rock. Ca, Paca l’avait déjà compris: il a fait pareil avec le journalisme. Et puis, ça fait franchement bizarre d’entendre parler de Joy Division comme d’une “révélation“ et de Factory Records comme d’une “petite maison de disque de Manchester“.

Ces chroniques, on les grignote, on les saute, on les relit, on s’endort, on s’amuse. C’est ce qu’on demande à un journaliste: raconter des histoires. Et Paca en avait de belles. C’est pour ça qu’il aurait fait un bon papa.

Nightclubbing, chroniques et articles 1973-1986, d’Alain Pacadis, Denoël X-Trême, 840 pages, 28 euros.


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