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Réforme des retraites : de l’exonération à la privatisation

Publié le 17 mai 2013 par Lecridupeuple @cridupeuple

On y est. Le Parti socialiste, qui défilait tous drapeaux dehors contre la réforme menée par l’UMP en 2010, se lance dans sa propre révision du système des retraites. Les discussions ont commencé lundi, elles se poursuivront dans le cadre d’une conférence sociale. Le MEDEF a donné le ton en revendiquant un recul de l’âge de départ à 65 ans et un nouvel allongement de la durée de cotisation à 43 annuités. Preuve s’il en est de l’échec des réformes de 2003 et de 2010.

Pour nous la retraite c'est 60 ans

Quand on mesure l’influence des organisations patronales auprès du gouvernement : du crédit d’impôt (20 milliards de cadeaux fiscaux) au refus de l’amnistie sociale en passant par l’Accord national interprofessionnel devenu loi, on est en droit de craindre le pire. C’est bien pour cela que la CGT appelle d’ores et déjà à « mettre sous la pression des travailleurs » la conférence sociale. Mais d’abord, prenons le temps de savoir de quoi nous parlons.

La retraite c’est d’abord et avant tout du salaire différé, tout comme les prestations de la Sécurité sociale ou l’assurance chômage. Durant notre activité salariée, nous abondons, via les cotisations sociales versées par l’employeur mais surtout par l’employé, un système solidaire de protection collective. Pour ce qui concerne les salariés, précisons que les actifs cotisent pour les retraités actuels ; sachant que l’actif d’aujourd’hui est le retraité de demain. Cela s’appelle la solidarité intergénérationnelle, c’est un élément de base du contrat social républicain. Mais ce simple rappel explique en quoi la question du taux d’emploi (ou du chômage) est centrale dans le financement des retraites.

Contre la réforme Fillon des retraites distribution aux caisses de Carrefour Montreuil

Aujourd’hui, le régime de retraite est en déficit de plus de 15 milliards d’euros et les perspectives sont sombres. Une situation qui a un lien extrêmement direct avec le taux de chômage, je l’ai dit, mais aussi avec les bas salaires. Les cotisations sont acquittées par les personnes en emploi qui versent un pourcentage de leur salaire. Parce que, côté entreprises…

En 2011, les exonérations de cotisations sociales avaient augmenté de 55 % en neuf ans. C’est le dernier chiffre sérieux disponible. Ce sont essentiellement les entreprises qui bénéficient de ces exonérations. Selon l’Acoss, la caisse nationale des URSSAF, les entreprises sont dispensées de payer 20 % des cotisations qu’elles doivent théoriquement. Autour de 21 milliards d’euros (chiffre 2011) ont été engloutis dans des allègements de cotisations patronales sur les bas salaires (dits allègements Fillon), un montant en hausse de 44 % depuis 2002…

Manifestation contre la réforme Fillon 12 octobre 2010

Dans ces conditions, chacun peut mesurer que l’allongement de la durée de cotisation n’aura que peu d’impact sur le niveau de cotisation et, par là, sur le financement des retraites. Ce constat empirique a d’ailleurs amené le gouvernement Fillon à faire une 2e réforme des retraites après celle menée par Raffarin en 2003. Imaginons que ce qui a échoué entre 2003 et 2013 fonctionne, mais ne nous leurrons pas.

Car il y a une autre donnée ! Ce pourrait être une bonne idée de reculer l’âge de départ à la retraite si, et seulement si, les seniors restent en poste. Hors, la réalité est cruelle. A l’échelle européenne, la France se place en queue du peloton avec un taux d’emploi des 55-64 ans de 39,7 % quand la moyenne de l’Union européenne à 27 est de 46,3 %. En Allemagne, ce taux atteint 57,7 %, il atteint 70,5 % en Suède ! Etonnement ( !), c’est passé la cinquantaine qu’un salarié touche son salaire au niveau le plus élevé… Donc, qu’il cotise le plus aux caisses de retraite y compris complémentaires.

Contre la réforme Fillon des retraites

Cet état des lieux permet d’affirmer que les solutions esquissées par le gouvernement actuel, dans la même philosophie que les précédents, n’auront pas plus d’effet que les deux réformes récentes. Mais ce n’est pas leur but. Le vrai objectif reste la libéralisation du « marché » de la protection sociale, en premier lieu celui des retraites. C’est que la France est en « retard » en matière de retraite par capitalisation (c’est-à-dire basée sur des placements en bourse, les fameux fonds de pension).

D’ailleurs, l’Europe ne cache pas son ambition. Outre le recul de l’âge de départ, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) préconise de « promouvoir davantage les retraites privées afin d’augmenter le montant des pensions ». Pour contraindre gentiment les Français de recourir à la capitalisation, quoi de mieux que de réduire le montant des pensions et de rendre inaccessible la retraite à taux plein ? Ils choisiront alors d’eux-mêmes de se livrer pieds et poings liés aux fonds de placement.

Manif contre la réforme des retraites Fillon

Au fond, il s’agit bien de livrer aux entreprises privées d’assurance : fonds de pension et fonds de placement un « marché » dont le montant global est supérieur au budget annuel de l’Etat. Mais, derrière, il s’agit aussi d’un projet de société qui vise à atomiser le corps social dans son ensemble en liquidant tous les aspects collectifs et solidaires du contrat social.

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Bonus vidéo : Vreid « And Then We Die »


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