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Un bien-être australien à 19,4 milliards de dollars

Publié le 23 mai 2013 par Diateino

Un bien-être australien à 19,4 milliards de dollars« Julia Gillard jette l’argent par les fenêtres », entend-on dans la bouche du vulgum pecus en Australie ces dernières semaines. Si le blâme est un peu rapide à cette heure de vérité où le budget australien vient d’être déposé au Parlement mardi 14 mai dernier, le constat reste néanmoins aride et difficile à avaler pour les contribuables.

Les promesses de retour vers un solde positif pour la période 2012/2013 du gouvernement gauchiste de l’Australian Labor Party (ALP, Parti travailliste australien) ne sont pas tenues, et cette vérité est désormais publique. Le pays enregistre 19,4 milliards de déficit et, dans la foulée, corrige ses prévisions pour 2013/2014 attendues désormais dans le rouge, avec 18 millions de pertes. « La valeur élevée du dollar, ainsi que l’exportation des emplois compriment les bénéfices des entreprises exportatrices. Du coup, la baisse des bénéfices de ces sociétés induit une baisse de l’impôt qui revient au gouvernement » a tenté de justifier Julia Gillard, premier ministre de l’Australie (ci-dessus en photo avec son trésorier Wayne Swan). « C’est la perte de 60 milliards de dollars sur 4 ans liée à un dollar australien très fort qui a transformé la promesse d’excédent de 1,9 milliard du trésorier Wayne Swan en déficit. La dette nette devrait culminer à 11,4% du PIB en 2014/2015. On retrouvera l’équilibre budgétaire à partir de 2016. »

Priorité à l’éducation, aux routes et aux soins

Alors que jusqu’en 2008/2009, l’Australie enchaînait des budgets fédéraux annuels excédentaires (21 milliards d’excédents en 2008/2009 sous le gouvernement ALP de Kevin Rudd), la population assiste à la débâcle dispendieuse de Julia Gillard, chef de l’ALP. Originaire du Pays de Galles, célibataire, cette avocate de formation a décidé de se lancer dans de grands travaux, depuis son arrivée à la tête du gouvernement en juin 2010.  »Nous avons dû prendre des décisions difficiles et avons ficelé le budget en fonction de ce qui est juste pour la nation et non en fonction des sondages d’opinion », explique son trésorier Wayne Swan.

La priorité est donc donnée aux infrastructures, puisque 24 milliards de dollars seront alloués aux routes, rails et frêt. 3 milliards notamment devraient servir à l’extension des lignes du métro de Melbourne et plus de 4 milliards à la reconstruction de Bruce Highway qui relie Brisbane à Cairns, route détruite par les cyclones et pluies de 2010/2011. A cela s’ajoute une réforme de l’éducation à 9,8 milliards de dollars, injectés dans les écoles pendant 6 ans pour en améliorer les conditions, 650 millions pour l’accès à la scolarisation dès l’enfance, 97 millions pour fournir plus de places aux élèves dans les universités… Le porte-monnaie finit de se trouer pour la bonne cause, avec l’aide au handicap, à hauteur de 22 milliards de dollars par an.

Des entrepreneurs sceptiques

Evidemment, le pays a besoin de financeurs pour se renflouer. Et en première ligne de ces nouveaux payeurs se trouvent les parents et les entreprises à très fort chiffre d’affaires qui ont été désignés pour supporter le coût de ces chantiers gouvernementaux. L’aide parentale passe de 5000$ par enfant à 2000$ pour le premier, puis 1000$ pour chaque nouveau-né supplémentaire, ce qui devrait générer 4,9 milliards de dollars de plus d’ici 4 ans pour l’Etat. L’augmentation des cotisations pour l’assurance maladie devrait quant à elle permettre de récupérer 11,6 milliards de dollars.

Les grandes entreprises, en particulier les multinationales qui engrangent des profits dans plusieurs pays, récolteront 4,2 milliards à l’Etat à travers une série de mesures contre l’évasion fiscale. Des prélèvement plus importants seront effectués aux douanes, comme par exemple sur les importations de plastique peu chers provenant de Chine qui seront davantage taxées. « Dans les prochains jours, de vifs débats animeront les cercles d’entrepreneurs sur la question de la crédibilité de la promesse de retour à l’équilibre budgétaire et au surplus de Wayne Swan », écrivait l’éditorialiste économiste Peter Kerr dans le quotidien West Australia du mercredi 15 mai qui consacrait une édition spéciale au budget fédéral.

Etait-ce le moment le plus judicieux pour Julia Gillard de jouer les paniers percés ? L’abandon des projets des géants pétrolier Woodside et gazier Gordon jugés trop onéreux pourrait en tous cas rendre très impopulaires les actuelles décisions du gouvernement qui fait une croix sur l’investissement dans les ressources dominantes du pays, en particulier de celles de l’Etat du West Australia. Il pourrait faire fléchir les électeurs aux prochaines législatives de septembre 2013 en faveur de la droite. Peter Kerr conclut son éditorial en affirmant que les entrepreneurs prennent ce budget « comme un cadeau empoisonné en plaçant leur espoirs dans un prochain gouvernement Abbott, (NDLR le leader actuel de l’opposition) ».

La providence australienne inscrite dans le siècle asiatique

J’étais frappée d’entendre dans la bouche d’une amie australienne de 66 ans, que l’Australie n’était désormais plus le pays du lait et du miel, référence biblique à Israel, où tout coulait en abondance. Cette prof de gymnastique de 66 ans fait partie de ceux qui ne voteront plus pour Julia Gillard aux prochaines élections fédérales, le 14 septembre 2013 et craignent de voir leur pays anéanti par une invasion de Chinois prenant la main sur leurs terres.

Un bien-être australien à 19,4 milliards de dollars
Soyons néanmoins précautionneux. Aux néophytes en économie, le message n’est surtout pas « attendez 2017 pour venir en Australie ». Les performances économiques de l’Ile-continent restent excellentes. Fitch vient de lui réattribuer la meilleure note possible, celui du triple A en mars dernier. L’Australie joue peut-être les cigales, mais n’essuie aucune crise économique. Ceci, en raison de deux principaux facteurs.

Premièrement, les réformes structurelles entamées au milieu des années 1980 par le Premier ministre travailliste Bob Hawke qui jouit déjà de sa statue honorifique à Canberra continuent de produire leurs effets prodigieux aujourd’hui. Ce politique âgé aujourd’hui de 83 ans a orchestré le flottement du dollar australien*(1), dérégulé le système financier, démantelé le système de droits de douanes, privatisé le secteur des industries d’Etat, diminué les subventions aux secteurs déficitaires et privatisé la Banque fédérale d’Australie. Le système des impôts fut réformé avec l’introduction de la T.V.A. et un impôt sur le capital.
Deuxièmement, le prolongement du boom des demandes de matières premières et de leurs prix depuis 2003, conduit essentiellement par la Chine et d’autres pays développés, fait croître revenus et investissements. Grâce à lui, la plus grande île du monde a été le seul grand pays occidental à échapper à la récession mondiale en 2008. L’Empire du milieu à lui seul achète 20% de ses exportations. Le mois dernier, Julia Gillard est retournée à Pekin pour consolider son très solide partenariat avec son homologue chinois Li Keqiang. Un contrat d’1,6 milliards de dollars a été signé afin que la Chine développe une partie des fermes australiennes. Pas de doute, les fenêtres de l’Australie sont désormais grandes ouvertes sur un avenir aux yeux bridés.

 

Un bien-être australien à 19,4 milliards de dollars

Lilly Thomann, journaliste depuis 2009, titulaire d’une maîtrise en économie mention économétrie et statistiques, étudiante en radio training à l’université Murdoch de Perth, Australie.

Lexique

(1) Régime de flottement : Un régime de flottement des monnaies correspond à la situation dans laquelle celles-ci n’ont pas de parité officielle : leur cours se forme sur le marché des changes en fonction de l’offre et de la demande.
(2) La dérégulation consiste à supprimer la mise en oeuvre du maintien d’un état stable d’un secteur économique, par exemple les autorités de régulation, ou bien à libérer davantage les prix, par rapport à la situation précédente. Le but est d’encourager la concurrence et l’innovation. Elle est vivement contestée par les altermondialistes qui considèrent qu’il y a là une concession consciente des États au pouvoir du seul marché, au détriment de leur rôle social.

Pour avoir accès à tous les détails sur le budget du gouvernement australien : http://www.budget.gov.au


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