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La tradition du Solstice en Corse

Par Amaury Piedfer
La Corse est cette terre qui, au voisinage de la Gaule, a su développer, entretenir et préserver une identité forte qui s'exprime encore aujourd'hui de multiples manières. Notre camarade Sampieru vous propose de découvrir la tradition corse des fêtes de Solstice, dont nous avons eu récemment l'occasion de dire qu'elles sont d'extraordinaires moments d'espoir et de solidarité dans la vie des communautés.
Arthur L.
La Corse, malgré son caractère catholique, est une terre riche d'un grand nombre de croyances païennes. Que ce soit à travers la suppression de l'Ochju (mauvais oeil) ou les chasses des Mazzeri (chamans-devins), les Corses ont toujours vécu dans un univers baigné de magie et d'esprits. Les fêtes populaires et villageoises, bien que recouvertes d'un vernis chrétien demeurent enracinées dans l'ancienne foi. Les deux fêtes les plus importantes dans les communautés villageoises corses sont celles des solstices, marquant les extrêmes du cycle solaire :
Solstice d'hiver :
L'origine des Focchi di Natale (feux de Noël) est antérieure à l'époque chrétienne, et avait lieu chaque année lors du solstice d'hiver. A la suite de la christianisation de la Corse, la date fut déplacée à la nuit du 24 décembre. De façon très symbolique, les Focchi di Natale étaient allumés tout à côté de l'Eglise du village. Ils étaient alimentés en bois par tous les villageois, chaque famille apportant autant de bûches qu'elle compte de membres. Ces feux, contrairement à ceux du solstice d'été, étaient conçus pour brûler toute une semaine, souvent au grand dam du curé qui d'ailleurs refusait de les bénir. Les anciens du village pouvaient, paraît-il, prédire les événements météo de l'année à venir dans les volutes de fumée du brasier. Une fois ce dernier éteint, les cendres étaient ramassées pour fertiliser la terre.

Solstice d'été :
Les feux du solstice d'été, christianisés plus tard sous le terme de feux de la San Ghjuvanni (Saint-Jean), réunissaient tout le village. Des jeunes gens et jeunes filles, les « compères et commères » (cumpare e cumare) dansaient en cercle, main dans la main, autour du feu et faisaient un serment de protection mutuelle. C'est également à cette période de l'année que la frontière entre le monde des vivants et celui des morts est particulièrement ténue. Pour éviter toute incursion de ces esprits, des feux étaient allumés devant chaque maison. La coutume voulait également que l'on mette à disposition des morts un peu de nourriture et de boisson sur le seuil, afin de les dissuader d'aller plus loin. Certains allaient même jusqu'à protéger l'entrée de leur maison avec des lames tranchantes et des tamis, histoire de tenir les esprits occupés jusqu'au petit matin....Sampieru.



Coucher de soleil sur la montagne corse (Cristinacce). Terre de feu et de glaces, aux contrastes marqués, la Corse a forgé des hommes au caractère trempé comme l'acier.
Sources :
- Corsica, entre ténébres et lumière, le temps de Noël. Décembre 2006.
- Guide de la Corse mystérieuse. Gaston d'Angélis et Georges Grelou.
- L'Ochju, origine et sens des pratiques symboliques corses. Carine Adolfini-Bianconi.


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