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Habiter le monde par Pierre Coulibeuf : exposition OVNI au MARQ de Clermont-Ferrand

Publié le 28 mai 2013 par Lifeproof @CcilLifeproof

Dans le cadre du festival international d'art vidéo et de culture numérique Vidéoformes, le musée d'Art Roger Quillot de Clermont-Ferrand consacre au cœur de ses collections permanentes une exposition temporaire à l'artiste contemporain Pierre Coulibeuf, qui entraîne le spectateur déjà sonné d'avoir dû braver le vent polaire pour arriver jusque là, dans un univers surprenant, voir déstabilisant. Aussi, pour Habiter le monde, vous êtes invités à suivre votre instinct plutôt que le guide.

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Pierre Coulibeuf, A Magnetic Space© Pierre Coulibeuf

D'emblée, on comprend qu'il s'agit d'une expédition à la découverte de l'image, sous toutes ses formes. Les installations de l'artiste sont constituées d'images fixes et en mouvement, de l'articulation de photographies et de vidéos. Ce sont des films qui oscillent entre fiction, documentaire et images muettes, répétitives, hypnotiques, et dont les séries photographiques qui en découlent sont autant d'arrêts sur image, qui nous permettent de voir le film se dérouler dans l'espace.

Car l'espace est ici primordial. Les œuvres s'y côtoient, mettant parfois le spectateur dans une situation inconfortable. En effet, il est difficile de trouver sa place, lorsque nous sommes entourés d’installations, notre regard indécis se perd, saute d'un écran à l'autre, l'oreille irrésistiblement attirée par les dialogues et les sons provenant de chaque vidéo et qui s'entremêlent dans tout l'espace de la pièce. Aussi les jeux de reflets, recherchés ou accidentels, de certaines vidéo-projections sur le sol brillant, ou des images vidéos qui se reflètent sur les vitres des photographies encadrées, étirent les œuvres dans l'espace, ces dernières finissant par se confondre [un peu compliqué ou alors c’est moi qui ai perdu mon cerveau]. Ainsi les œuvres habitent littéralement l'espace et le spectateur tente de s'y frayer un chemin, d'y créer tant bien que mal son propre parcours.

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Pierre Coulibeuf, A Magnetic Space. © Pierre Coulibeuf 

Cette problématique annonce le thème central de l'exposition, à savoir, l'homme dans son environnement. Dans la première installation, Somewhere in between, des corps dont les mouvements sont inspirés des chorégraphies de Meg Stuart, s'entrechoquent, et se heurtent à l'architecture froide aux angles vifs d'un environnement urbain. Tandis que l'installation A Magnetic Space donne à voir des corps nus portés par l'eau de la mer, rampant langoureusement dans le sable, abandonnés contre des plantes sous une pluie battante, dans une harmonie avec la nature plus « construite » que véritable, puisqu'elle n'est pas sans créer un certain malaise, étant donné l'absurdité des situations.

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Pierre Coulibeuf, L'Homme noir. © Pierre Coulibeuf

Pour troubler définitivement le spectateur, l'installation L'Homme noir est un concentré de doutes. Les films qui la constituent oscillent entre documentaires sur l'artiste Michelangelo Pistoletto et mises en scène fictionnelles, Pistoletto y jouant son propre rôle dans un film de Pierre Coulibeuf. Ainsi, mises en abîmes et jeux de miroirs nous aspirent et nous interrogent quant à notre place incertaine dans un monde peuplé d'images, dans le monde simulacre de la représentation. Sur le mur d'en face, une folle en robe de mariée nous interpelle, déversant un flot de paroles inquiétantes, parcourant un espace sans fin, prisonnière d'un univers étrange et dérangeant, inspiré de l'artiste Jan Fabre, où des corps d'hommes nus se tordent sur le sol. On ne sait trop s'il s'agit de rire ou d'avoir peur, démunis et dans le doute face à ce qui nous est donné en spectacle, incapable de définir ce qui se trouve sous nos yeux. Enfin, Delectatio morosa, l'image au ralenti d'une femme qui se caresse la bouche devant son miroir, reprend les thèmes du double, du simulacre, de la mise en abîme, du geste infini, et clos l'exposition sur une note plus calme.

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Pierre Coulibeuf, Delectatio morosa. © Pierre Coulibeuf

Au cœur de cette exposition s'entrecroisent nombres d'artistes et se confondent différents types d'images, autour de la manière dont l'homme évolue dans un monde qui n'est pas toujours celui que l'on croit. Les œuvres extrêmement complexes de Pierre Coulibeuf, nous proposent une exposition très cérébrale, et difficilement interprétable, malgré le souhait de l'artiste. Cependant il est bon de s'y perdre, de se laisser porter par nos sentiments, même les plus perplexes, de baigner dans ce monde d'images époustouflantes, d'habiter cette exposition le temps d'une visite.

Ophélie.

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Pierre Coulibeuf. Habiter le monde - corps - architectures - imaginaires

du 21 mars au 25 août 2013.

musée d'Art Roger Quillot

Quartier historique de Montferrand / Place Louis-Deteix / 63100 Clermont-Ferrand

Tél. 04 73 16 11 30

Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi et dimanche de 10h à 12h et de 13h à 18h.

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