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Mount Kimbie – Cold Spring Fault Less Youth

Publié le 04 juin 2013 par Wtfru @romain_wtfru

Si Mount Kimbie était une montagne elle serait un peu haute à escalader, car au-dessus, c’est le soleil. Dominic Maker et Kai Campos ont encore frappé avec leur album Cold Spring Fault Less Youth, légèrement moins fort cependant qu’avec Crooks and Lovers en 2010.

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Mount Kimbie n’est pas une usine à tubes que vous entendrez en soirée (Thomas et Guy, si vous nous lisez…). Sur la scène electro anglaise Mt Kimbie se place un peu dans la lignée de SBTRKT ou Jamie xx. On pourrait aussi les rapprocher du duo canadien Purity Ring. Pas vraiment classable dans une catégorie précise, le son de Mt Kimbie est à la fois saccadé et lointain, aiguisé et harmonieux, subtil et minéral. Oui, minéral. Je veux dire par là que les sons évoquent parfois un ruissellement de cailloux ou un déversement de sable. Ils peinent à coller à l’étiquette « post-dubstep » dans laquelle ils se sont catalogués, car leur son ne cesse d’évoluer, même au sein du même album.

Pour leur deuxième opus, le duo a su s’entourer comme il faut. Warp Records pour la production, Leif Podhajsky pour le visuel. Ce mec fait des visuels funkie et a travaillé cette année avec Bonobo, Foals, Tame Impala, Toy… entre autres. Il a donc réalisé la couverture de l’album et un clip psyché pour Made to Stray.

Pour le vocal, King Krule est présent sur deux sons et redonne une importance à la voix, plutôt anecdotique d’ordinaire chez Mt Kimbie. Crooks and Lovers par exemple, était plus basé sur des samples, ou des voix arrivant en fin de morceau.

 Cold Spring Fault Less Youth est très différent de l’album précédent. D’entrée des notes de cuivres surprenantes débutent l’album, suivies par ces percussions désaccordées, pour finir avec la voix lointaine de Kai Campos, moitié vocale du groupe.

Celle de King Krule fait son apparition dès le deuxième morceau, You Took Your Time. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’agressivité résonnante de cette voix tranche avec la minutie des deux DJs : « Did you see me, I killed a man ». Violent le type.

Break Well, troisième track, est un modèle de crescendo euphorisant finissant même sur des notes de guitares. On enchaîne avec Blood and Form, un peu dark, avec cette percussion répétitive et un peu agaçante qui aurait tendance par son rythme monotone à un peu nous endormir. Heureusement le chef d’oeuvre Made to Stray arrive au bon moment, avec sa foule lointaine de cuivres couplée d’une voix brumeuse sur la fin, celle de Dominic Maker : « Made to stray around rough coasts when grace is close to home ». Très rythmé, dansant, Made to Stray est sans conteste le morceau phare de l’album, à l’instar de Carbonated ou Mayor qui à eux seuls incarnaient le premier album. On en aurait bien aimé un ou deux de plus du calibre de celui-ci.

Avec So Many Times, So Many Ways, nous voilà parti dans la savane, avec le combo percussions/bois/cymbales, un peu le délire de l’album. Lie Near est un intermède un peu inutile, un peu fouillis, trop compliqué. King Krule fait son retour au bon moment pour redonner un second souffle. Slow porte mal son nom avec sa mélodie intrigante répétée cheloument et le soupçon de violence pour approcher la fin de l’album. Enfin l’apaisement final avec les mystérieuses Sullen Ground et Fall Out, quelques notes de piano reposantes pour terminer tranquillement. 

Mount Kimbie se hasarde à expérimenter des choses en live, se sert des égarements et des erreurs techniques par exemple pour créer du neuf, d’où la singularité de leur son. Ça résonne, c’est nerveux, et si cet album n’est pas non plus une tuerie, on gardera de l’estime pour ce duo plutôt pour l’ensemble de son œuvre. Ces deux-là ont le mérite d’exploser les barrières entre sous-genres, d’oser expérimenter des choses, et l’écoute de Cold Spring Fault Less Youth est captivante pour ça. La hype autour des sorties des album de Daft Punk et Disclosure ces dernières semaines ne leur a pas facilité la tâche, mais Mount Kimbie se débrouille plutôt pas mal malgré tout. Et mériterait une plus large notoriété. Après une petite Boiler Room à Londres, les voilà partis pour une tournée aux US avant de revenir en Europe pour quelques festivals. Les mecs se mettent bien.

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3.5

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