Magazine Animaux

Grizzly Park : Be bear aware

Par Baudouindementen @BuvetteAlpages
Grizzly Park d'Arnaud Devillard Grizzly Park d'Arnaud Devillard Livre d'Arnaud Devillard

Grizzly Park retrace le voyage d'Arnaud Devillard et sa compagne, de Denvers dans le Colorado à Glacier National Park, au nord du Montana. Sur fond de bearanoia, du rock en guise de bande - son, cette odyssée américaine nous plonge dans l'Ouest des cow - boys, des trappeurs, des parcs nationaux des Rocheuses, des moutain men, des Araphos et des Blackfeet. Des interstates interminables dans les grandes plaines où galopent les antilopes aux villes quasi désertes de Laramie, Billings et Butte, l'auteur porte un regard décalé mêlé d'authentique excitation sur son périple américain, avec Rick Bass, Doug Peacock et un bear spay (souvent) à portée de main.

Arnaud Devillard

Arnaud Devillard est journaliste. Il est également l’auteur aux éditions Le Mot et le reste de : Journal des canyons et Streets of London (avec Olivier Bousquet)

Extraits choisis
“Au premier abord, la démarche de prévention un brin obsessionnelle peut prêter à sourire. Elle reflète pourtant un phénomène auquel l’homme n’est pas coutumier: il a trouvé plus fort et plus effrayant que lui. Le plus troublant étant notre proximité avec cet animal. Comme nous, l’ours est omnivore, comme nous, certains se tiennent debout, comme nous, il a su s’adapter à tous les terrains, comme nous, il peut tuer n’importe quoi. L’empreinte d’une patte arrière d’ours évoque sans peine un pied humain. Nous sommes contraints de nous adapter à sa présence, non l’inverse. Comprenez bien: il ne s’agit pas d’une situation où, parce qu’un vague drame aurait eu lieu il y a trente ans, toute une série de mesures outrancières aurait été mises en place par des autorités qui en auraient elles-mêmes oublié les raisons. Dans le bear country, l’ours représente une donnée à prendre en compte en permanence, partout le monde, dans la plupart des aspects de la vie quotidienne. Les états comme les parcs nationaux disposent d’une administration dédiée - le Bear Management Service. C’est sans doute  pourquoi, à peine arrivé sur ce continent, l’homme blanc avait opté pour la « gestion » la plus radicale qui soit: l’extermination. Régulièrement le sujet revient sur le tapis - « Ne pourrait-on pas , tuer tous ces grizzlys? J’ai encore eu deux moutons tués et j’en ai marre de ramasser mes poubelles éventrées. » J’ai récemment entendu un biologiste expliquer que les huit cents à un millier de grizzlys recensés dans la zone du Grand Yellowstone étaient le maximum que cet écosystème pouvait supporter. Je n’ai jamais entendu personne indiquer le nombre maximum de ranchs, de têtes de bétail et de pavillons individuels que la région pouvait supporter. “(p. 59-60)

“Le terrain est sec et peu encombré, les branchages sont plantés haut pour courir après la lumière, clarifiant une vue entre les troncs. Idéal pour repérer l’ours de loin - une idée qui nous trotte dans la tête, comme une musique de fond. La marche est plus éprouvante que les précédentes, trop, en tout cas, pour que nous puissions enchaîner les sujets de conversation prétextes à un brouhaha dissuasif. Je comprends mieux Rick Bass quand il explique qu’il ne marche pas après l’ours mais avec l’ours. Même invisible, même sans indice quelconque de sa présence, il est là parce qu’il nous mobilise, monopolise notre esprit, nous rappelle à chaque instant que nous sommes sur son terrain. Peu importe qu’il se montre; il nous domine déjà. Au point que nous sursautons à la vue du serpent.“ (p. 97)
“Avant la colonisation, le grizzly était partout, occupant notamment les plaines et les abords des rivières. Puis, traqué et décimé par l’homme blanc, il  s’est replié dans les montagnes; depuis, l’homme croit qu’il s’agit de son habitat naturel. En 1975, le grizzly était placé sur la liste des espèces menacées dans l’écosystème du Grand Yellowstone - comprenant les parcs de Yellowstone et Grand Teton et plusieurs réserves naturelles environnantes. à cette époque, à force de pression humaine, d’accidents sur les routes et les voies ferrées, de canardages par les chasseurs et les éleveurs, on ne comptait plus lue cent trente-six spécimens faméliques. Trente-deux ans plus tard, grâce à cette politique de préservation, ils étaient six cents. L’administration Bush a un temps rayé le grizzly de la liste des espèces menacées, mais à force de protestation et de lobbying les environnementalistes, l’animal a retrouvé la liste en 2009.  Aujourd’hui, il en coûte deux mille dollars d’abattre un grizzly, à moins de prouver que vous étiez en danger.“ (p. 157)
“ Selon lui (NDLB: Doug Peacock), l’animal est indiscutablement toujours en danger, victime de la pression du développement humain sur son habitat. Le pire étant, toujours selon lui, la prolifération des résidences secondaires, qui prennent de la place pour rien car occupées quelques mois de l’année seulement, bâties par des gens qui ne savent pas où mettre leur argent et achètent un terrain comme une case du Monopoly. Au XIXe siècle, dans le Montana, les Indiens subissaient l’invasion des Blancs; aujourd’hui, les Blancs du Montana subissent l’invasion des Blancs qui n’en ont rien à foutre du Montana.“ (p 215)
"Pendant cinquante ans, elle (NDLB: L’administration des parcs nationaux) a tout fait pour prévenir les incendies. Du coup, les forêts s’appauvrissaient, mouraient sur pied et emmagasinaient de quoi nourrir de futurs incendies bien plus dévastateurs que ce qu’ils auraient été s’ils s’étaient déclenchés d’eux-mêmes plus tôt. On y gagne toujours à laisser la nature agir comme elle veut quand elle le veut, elle se débrouille mieux sans nous. Mais on ne veut pas  comprendre, parce que c’est un peu vexant, ou parce qu’il faut sauver quelques lotissements, à la lisière des flammes, que l’on aurait pas dû construire. (p. 290)“

Critique

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre où de randonnée en camping, de visitor center en navette, de brasserie locale en pizzeria, de highway en parking, on suit le périple de ces français ahuris par ces touristes américains qui ne descendent même pas de voiture où qui se ruent à chaque apparition d'une bête sauvage. L'avertissement "Be Bear Aware" revient comme un leit-motiv dans ce pays où l'on signale qu'il ne faut pas mettre les animaux domestiques dans le four à micro-ondes. Est-ce simplement une précaution d'avocat ou la peur de la rencontre qui sommeille en chacun de nous ?

Le bear spray dans la poche, on partage leur quête de la rencontre, eux qui sont convaincus qu'ils passent sans cesse à côté de l'occasion : manque de chance ou de mérite? C'est aussi l'occasion de tester votre connaissance des classiques de musique américaine tellement l'auteur nous fait partager les ambiances musicales de chaque endroit public ou il met les pieds.

Je jette un regard nouveau sur ma bear jam* dans les Pyrénées en 2011 après avoir lu les récits de celles de ce grands parcs nationaux où je n'ai jamais mis les pieds.

(*) A traffic jam caused by tourists stopping to look at bears near the road; - a phenomenon once common in Yellowstone Park.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Baudouindementen 13860 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte