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André Stempfel : « Je dérange »

Publié le 18 mai 2013 par Pantalaskas @chapeau_noir

Les artistes de l’art construit et de l’art concret  sont le plus souvent associés à une image austère, rigide. On ne peut nier que déjà dans les années vingt, Mondrian donnait le ton : personnage à l’allure quelque peu sévère, avec son costume strict, petite moustache, lunettes rondes, allure très soignée, l'homme présentait une silhouette à l’opposé de l’aspect convenu de « l’artiste ». De son côté, Von Doesburg, costume noir, chemise noire, cravate noire, cultivait lui aussi cette image de sévérité et de rigueur.
Pour les artistes de notre époque, je revois encore Aurélie Nemours dans son appartement parisien de Port Royal, vivant dans des conditions très spartiates, totalement  investie dans une oeuvre faite là aussi de rigueur, d’exigence.
Aussi la démarche d’André Stempel mérite un regard particulier. L’homme, en effet, peut lui aussi donner l’impression  d’une certaine réserve qui ne laisserait guère de place à la fantaisie. Pourtant son œuvre exprime le contraire.

Le charme discret de la géométrie

André Stempfel : « Je dérange »

"Espiralé" 2012 André Stempfel

J’avais déjà évoqué dans un article précédent cette singularité du peintre (André Stempfel : le charme discret de la géométrie). L’exposition actuelle de la galerie Lahumière à Paris confirme cette situation d’un artiste de l’art construit et de l’art concret  qui ne se laisse pas enfermer dans cette image d’une rigueur froide.
Certes, comme les autres artistes de ce mouvement historique, André Stempfel rend hommage au carré, s'en tient à une économie de formes généralement utilisées en monochrome, jaune en la circonstance. Mais quelque chose se passe dans cette production rigoureuse.

"Je dérange"

La rigidité annoncée de cette abstraction géométrique se voit perturbée par une apparition déstabilisante. Le carré commence à se détériorer dans un détail qui le transforme en développement circulaire, le comble pour un carré.

André Stempfel : « Je dérange »

"Swirl" 2008 André Stempfel

Sous le titre ambigu "Je dérange", Stempfel dérange en effet le bel ordonnancement de la rigidité de l'oeuvre  avec ce geste iconoclaste, révélateur de l'humour discret de l'homme.
Il dérange aussi les règles si longuement débattues par les maîtres de cette abstraction géométrique. Les oppositions historiques entre Mondrian et Von Doesburg sur l'introduction ou non de l'oblique dans le tableau sont connues. Pour Aurélie Nemours, oser l'oblique aurait été une fantaisie insupportable qu'elle s'empressa de bannir de son oeuvre. Alors, André Stempfel dérange aussi les tables de la loi. Il agit presque sournoisement dans un coin du tableau, comme un potache faisant un coup en douce.
Rigueur deviendrait donc compatible avec humour pour donner une vitalité nouvelle à ce mouvement historique en ne se contentant pas de le décliner à l'infini mais plutôt en contribuant à  le déranger délicatement pour le faire vivre.

Photos : Galerie Lahumière Paris

André Stempfel "Je dérange"

Du 17 mai au 22 juin 2013
Galerie Lahumière
17 rue du Parc Royal
75003 Paris


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