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Suite à un accident grave de voyageur, Eric Fottorino

Par Stephanier

Suite à un accident grave de voyageur, Eric Fottorino

J’ai lu ce (petit, très petit) livre hier…

J’avais envie de le lire depuis un certain temps j’en avais parlé là. En tant que banlieusarde, dépendante des trains et des différents aléas de circulation, la question des suicidés du rail m’interpellait.

Fottorino est lui aussi un usager de ces trains qui serpentent l’ile de France. Du RER A en particulier. Ligne la plus empruntée. Bondée quoi ! Sur une courte période, il assiste (de plus ou moins loin) au suicide de 3 personnes : un vieux monsieur, une mère de famille et une jeune étudiante. Cette « accumulation » le remue et lui fait s’interroger sur ceux qui se jettent sur un train, et surtout sur ceux qui sont là. Qui subissent. Qui entendent ce message familier « Suite à un accident grave de voyageur…. ».

Est-ce qu’ils s’interrogent, ces usagers  ? Sont-ils touchés par le drame ? Juste exaspérés du temps « perdu ? Est-ce qu’on leur permet de prendre le recul sur un tel évènement, qui n’est quand même loin d’être anodin….?

Je crois, comme Fottorino, que la communication utilisée estompe le drame. Un « accident de voyageur », c’est presque anodin finalement. Est-ce qu’on doit se sentir concerné ? On n’y peux rien, on prend et surtout on subit les transports.

Certains sont très vindicatifs, Fottorino les a trouvé par le biais d’un blog  de la SNCF, espace de tous les possibles, où chacun peut y aller de sa méchanceté, de son aigreur.  « Peuvent pas aller se suicider ailleurs ? », « je préfère être solidaire des gens qui se lèvent tous les matins pour aller bosser », etc etc….

Et puis d’autres sont plus mesurés. S’émeuvent, s’interroge.

Moi, je crois que je suis gênée. Partagée. Subir ces transports, c’est dur au quotidien. Et moi, je n’ai pas à me plaindre, je pratique un train calme, j’ai une place assise, il y a finalement assez peu d’incivilité ou d’agressivité. Mais je peux me mettre à la place de ceux qui chaque jour, voyage le nez collé à l’aisselle de leur voisin. C’est très très fatiguant au quotidien.

Le lien avec les suicidés ?

C’est que dans ce train train quotidien, on se blinde, on s’isole, on est pas dans l’empathie.

Je suis venue de province, repartie, puis revenue. Chaque fois, on entre dans le moule : on ne regarde pas les autres, on s’évite. C’est un temps Off pour moi. Souvent je lis (avec un casque sur les oreilles) ou j’écoute des émissions poscasté

On s’en fout de ce qui se passe pour les autres. Et quand on nous parle d’un « accident », et ben, on entend et puis on oublie.

Et quand Fottorino nous balance ça, en soixante pages…on est plutôt gêné, enfin moi….

« Le suicide sur les voies n’est pas une vie de perdue. C’est du temps de perdu. »


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