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Bêtes et Dieux, cortèges sacrés de Benoît Huot au musée des Beaux Arts à Belfort

Publié le 18 juin 2013 par Lifeproof @CcilLifeproof

C'est un étrange bestiaire qui a envahi le musée des Beaux Arts de Belfort. Depuis quelques semaines déjà, on me rapporte l'existence de cette exposition si particulière d'« animaux empaillés ». Les réactions semblent unanimes, et évoquent quelque chose d'angoissant, d'effrayant, voir même de choquant.

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Vue de l'exposition de Benoît Huot à Belfort. © Benoît Huot. Photo: O.C.

C'est non sans quelques a priori sur le manque de discernement en matière d'art contemporain de mon entourage que je suis partie à l'aventure, m'attendant à quelque chose de certes un peu exotique, mais toutefois joyeux et coloré. Or dès l'entrée j'ai été accueillie par une créature crucifiée, au faciès monstrueux, et dont les jambes paraissaient humaines. À ses pieds, des rongeurs déplorent la scène. Je suis incapable de regarder cet animal sans ressentir un frisson d'effroi. Le ton est donné.

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Vue de l'exposition de Benoît Huot à Belfort. © Benoît Huot. Photo: O.C.

Autour de nous trônent des animaux monumentaux vêtus de leurs plus beaux apparats. Entre eux se jouent des scènes bibliques, rituelles, mises en dialogue avec les œuvres permanentes du musée, dont la plupart sont à caractère religieux. Cet aspect mystique est tout à fait assumé par l'artiste, qui a d'ailleurs assisté à de nombreux rituels au cours desquels les animaux sont souvent centraux. Ainsi, vanités et crucifix sont autant d'éléments posés sur les flancs de ces animaux, ou embrochés à leurs cornes.

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Vue de l'exposition de Benoît Huot à Belfort. © Benoît Huot. Photo: O.C.

Ce sentiment mêlé de malaise et de fascination qui ne nous quitte pas durant la visite, provient sans doute du caractère malsain que peut revêtir cette mise en scène de cadavres. Il y a quelque chose de dérangeant à voir ces corps morts, enrubannés, comme momifiés, adopter des postures humaines, divines, vivantes. Et à la fois, on est irrésistiblement attirés par la beauté des breloques scintillantes, étoffes colorées, fétiches, plumes et colliers de perles. Ainsi, on regarde les œuvres de Benoît Huot comme on regarde les paysages de Caspar David Friedrich, à la fois admiratifs devant leur beauté et impressionnés par leur mystère.

Festival Libre Regard

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Vue de l'espace consacré au festival Regard libre. Photo: O.C.

La salle de projection quant à elle est consacrée à une installation vidéo Tu sempre de l'artiste cinéaste yann beauvais. Au centre de la salle, un miroir tourne sur lui-même et projette des mots sur les murs. Sans détours, et parfois en des termes crus une voix raconte...le SIDA, la maladie, le corps qui change et l'esprit qui reste. Dans cette atmosphère entêtante, impossible d'échapper au récit, à la fatalité, qui investit tout l'espace. Des œuvres du collectif General Idea viennent s'ajouter au propos. Avec leur aspect lisse, séduisant, coloré, pixellisé, les œuvres de ces artistes jouent avec ironie sur l'image édulcorée d'une réalité crue – la maladie – à l'époque de la société de consommation. Cet intermède est présenté à l'occasion du festival Libre Regard, qui traite de l'homosexualité, et qui chaque année en aire urbaine réunit divers artistes autour de ce thème.

Ophélie.

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"Bêtes et dieux, cortèges sacrés" de Benoît Huot

Du jeudi 18 avril 2013 au lundi 23 septembre 2013 - Musées des Beaux-arts - Tour 41

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h


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