" A force de voir des concerts, t’as jamais voulu échanger les rôles, chanter toi aussi?"
Non pas vraiment.

A vrai dire j’ai peur de la foule, je n’aime pas trop qu’on me regarde, j’ai l’assurance d’une gamine de CP. Donc moi, chanter devant des gens, non. Pourtant quand on a lancé la collecte Ulule pour Fame Us, dans les contributions on mettait "un showcase dans ton salon si tu files 100 euros". L.O.L. On se disait que personne à part la mif donnerait une somme pareille. FAUX. Un mec a donné. Et il le voulait absolument son showcase. Chez lui, devant des gens. Plein de gens. Peur au ventre. Stress. Panique. Merde, je ne sais pas chanter… Ok avec Emma on avait fait les "reprises foirées" (concept qu’on va déposer je pense), mais c’était pour rire. Il n’y avait personne pour nous écouter et nous voir jouer en live. Et puis la seule fois où j’ai dû chanter en vrai, c’était à la chorale de l’école élémentaire. Ma prof de musique disait que j’avais pas la même voix que lorsque je parlais, c’était bizarre, et qu’il fallait chanter plus haut. De toute façon je chantais mal. Traumatisme.
Cette fois, ce serait un vrai concert. Dans un salon. Devant des vrais gens. Avec Audrey et Hélène on fait une liste de chansons à chanter. Des faciles, quelques accords. Toujours les mêmes. On se dit 6. Puis 5. Finalement ce sera 4 : du Cat Power, du Nirvana, du Brian Jonestown Massacre et du Jack White. On n’a pas le temps de répéter. On le fait finalement deux heures avant l’heure H. Un vendredi 31 mai.
Le soir, il y a effectivement plein de monde. On est dans un salon, une quarantaine de personne. Plusieurs groupes doivent passer. Avant le moment fatidique, on répète encore un peu. Au loin, une fille joue du violon. Divinement bien. Les autres groupes qui passent sont des vrais groupes. Stress. Panique. Mal au ventre. On chante nos chansons dans un coin. Il doit être 20h. Posées dans un coin avec nos guitares on révise et se remémore les réglages. Deux mecs nous écoutent. L’un de nous dit que nos voix sont jolies. "Ca se voit que vous avez l’habitude". On rigole. "C’est pas comme si c’était la deuxième fois que vous faites ça". On rigole encore. "Non c’est la première". Il ne dit plus rien.
On doit y aller. Je ne me rappelle plus des paroles. C’est quoi déjà les accords ? On fait un tour ou deux avant de partir? La gorge se serre. Je sens quarante paires de yeux sur nous. Je préfère fermer les miens. J’entends des voix au fond, des gens qui parlent beaucoup trop fort. On a choisit de faire totale acoustique. Le choix était-il réellement judicieux ? Peut-être pas. Faut y aller. Vraiment ? Ok.
On commence par "Satisfaction", ça se passe finalement pas trop mal. Je sais que je ne chante pas assez fort, mais déjà ça vibre pas trop dans ma gorge. Enfin je crois. Deuxième morceau, "Love Interruption", je connaissais pas encore les paroles par coeur il y a deux heures. Merde, j’ai oublié mon anti-sèche. Tant pis. Evidemment je me trompe, mais j’essaie de faire comme si c’était fait exprès. On se regarde avec Audrey, on continue, on rattrape ma connerie et on enchaîne. "Where Did You Sleep Last Night". La première chanson que j’ai appris à jouer à la guitare. Ca se passe bien. Le dernier morceau, "Before I Am Gone" c’est Audrey qui le fait solo. Je l’ai lâchement abandonné pour cause de tonalité. Je suis incapable de chanter aiguë. Sans doute le traumatisme de l’enfant qu’on obligeait à chanter plus haut et donc qui sonnait faux. De toute manière j’ai "une voix de dépressive". Fin de notre set. Vingt minutes. J’ouvre enfin les yeux. Les gens applaudissent avec force. On nous demande une autre chanson. On n’en a plus. Tant mieux. A la fin, on vient nous parler. Les gens sont gentils. Ils nous disent que c’était super. Qu’il ne fallait pas avoir peur.
Ce soir-là, on s’appelait Get The Fuck Out Of My Pool. Est-ce qu’on retentera l’expérience ? Probablement pas. C’est cool de se glisser dans la peau d’une chanteuse mais ce n’est pas pour moi. Par contre Audrey continuera avec ses vrais groupes ChowChan et M.A.R.Y.S.E.
Merci à Florent M,
(j’espère qu’on n’a pas rendu sourd tes convives)
