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The Besnard Lakes à la Flèche d'or

Publié le 25 juin 2013 par Bertrand Gillet

Paf, en plein chœurs !

The Besnard Lakes à la Flèche d’or
Ne mâchons pas nos mots. Les Besnard Lakes sont l’un des plus grands orchestres rock du moment. Détail primordial à ce stade : ils se trouvent être également l’une de toutes meilleures formations live. En ce mercredi 29 mai pluvieux – hésitant entre bain de soleil et toussotements de pluie - ils étaient venus présenter Until In Excess, Imperceptible UFO qui n’est certes pas leur album le plus significatif mais qui patiemment ajoute une pierre à l’édifice d’une œuvre à la fois mouvante et cohérente. Il y a bien une signature Besnard Lakes. Les guitares bien sûr – abrasives, crépitantes –, les chœurs – merveilleuse réalisation du couple absolu que forment Jace Lasek et Olga Goreas –, les compositions enfin. Pas réellement des chansons au sens classique du terme. D’ailleurs, les Besnard Lakes ne sentent pas à l’aise dans un format aussi codifié, l’éternelle pop song, cette chose assez incroyable après laquelle courent des générations de groupes et de songwriters. À l’image de leur pochette, nos musiciens se veulent des paysagistes mélodiques. Cette impression, déjà présente sur disque, se confirme lorsqu’ils passent des studios à la scène. La faiblesse de leur musique fait aussi sa force. Sa force ? Arriver à multiplier les strates harmoniques, à insérer des thèmes dans un thème comme un kaléidoscope interminable. Chaque seconde est l’occasion de découvrir une trouvaille sonore, une idée d’arrangement, un refrain caché, un instrument jusque-là inconnu. Les Besnard Lakes en appellent à cet esprit d’exploration qui poussa les premiers hommes vers la mer, aux confins des cartes qu’ils avaient alors maladroitement et modestement dessinées. Dans ce voyage de toute une vie, chaque escale, chaque nouveau cap franchi invite à l’émerveillement. Le caractère immersif du concert ne se contente pas de traduire à la lettre cette vision de la musique, il la décuple ! L’espace s’y prête. Par l’espace il faut entendre le lieu bien sûr mais aussi l’acoustique et la Flèche d’or par sa configuration, la proximité qu’elle crée, remplit fort bien son office. Dans ces mètres carrés habitables le groupe s’installe, personnel et instruments compris. Le son prend littéralement possession des lieux, son esprit s’y attarde, pénétrant le moindre recoin et les vibrations conjuguées des guitares, basse et batterie d’envelopper l’auditoire. On reçoit chaque note en pleine face. On est touché. Oui touché. Les amplis sont les vecteurs de cette émotion première et pas seulement d’un point de vue technique. Ils répartissent chacune des trames harmoniques dans un maelström à la fois puissant et net, tranchant, identifiable. Enfin, à l’instar des orchestres rock antiques, les Besnard Lakes ont le sens de la mise en scène. Au milieu de leurs instruments – six cordes légendaires – ils évoluent comme des acteurs, chacun jouant un rôle. Jace Lasek, géant tout de noir vêtu, chevelure électrique et lunettes rouges opaques, est une statue, un bloc inflexible. Croisement entre Robert Plant et le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace. Difficile de croire qu’une telle masse cache un timbre aussi délicat, pareil aux fleurs qui ornent sa chemise western. La même que l’homme arbore d’un set à l’autre. Olga, menue, porte sa basse comme s’il s’agissait d’un nouveau né. De temps à autres, des fumées toxiques les nappent dans un spectacle de rêverie psychédélique. Créant une ambiance étrange et prenante. Quelques lumières les transfigurent alors, fantômes rock irréels dans la pénombre rougeoyante. Musique et visuel instaurent un climat ; ils font le show. The Besnard Lakes s’impose comme un groupe total. Sur disque. En concert. Total par son implication, son approche méthodique et spontané, son charisme aussi. En une heure et demi de musique étincelante, ces quatre rockeurs ont donné un sens, s’il en était, à la salle qui les a accueillie : une flèche d’or. 


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