Et puis, il y a le contexte. La banlieue parisienne n'est pas ce qu'on dit d'elle. Parfois, elle est pire ; mais souvent, elle est bien plus attachante que ce qu'on pense. Il y a dans ces cités des gens formidables, des femmes, surtout, dotées d'un courage et d'un sourire auxquels je voulais rendre hommage. Pour avoir passé des heures à bavarder au 10ème étage des tours et des barres, pour y avoir tissé des liens d'amitié plus solides que dans les beaux quartiers où j'avais pourtant choisi d'habiter, je me sens légitime pour témoigner des richesses humaines qui se cachent au creux du béton. Les jeunes que j'ai côtoyés ne sont pas étrangers à cette vision positive. Je vous rassure, je ne suis pas naïve, je n'ai aucune envie d'embellir une réalité qui peut également être grise, bruyante, monotone, agressive. Mais je préfère simplement vous raconter les belles rencontres avec des adolescents, ceux qui ont marqué ces dix ans et dont je me souviendrai toute ma vie. Des enfants à l'esprit vif et ambitieux, des acharnés du travail, des avec des rêves au bout du nez qui leur pendent comme une carotte et qui les font avancer ; des qui ont fait de grandes études (l'une de mes premières élèves est quand même un futur grand médecin ! une autre fait des études brillantes dans un grand lycée !), qui m'ont montré des talents incroyables de danseurs, de poètes, de reporters, d'humoristes, de diplomates ; des avec qui j'ai pu avoir de longues conversations sur la vie, le monde, l'avenir ; des visages qui resteront gravés. Alors, voilà, tout s'arrête ici. Fin de l'histoire, terminus, tout le monde descend. Je m'en vais maintenant vers une autre aventure, une autre région. Sans regrets, avec beaucoup d'envie et de soulagement, mais avec un petit pincement quand même dans un petit coin du cœur, parce que 10 ans, ce n'est pas rien. On sait ce qu'on perd... Oui, vraiment, j'ai bien conscience de ce que je laisse derrière moi d'amitiés, d'expériences, de souvenirs. 
