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"Les Apaches" : l'envers de la carte postale

Par Vierasouto


07 - 07
2013
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sélection QUINZAINE DES REALISATEURS/CANNES2013



PITCH.
Un été, 5 adolescents errent dans Porto-Vecchio où des milliers de touristes ont envahi les plages. Après avoir passé une nuit dans une luxueuse villa inoccupée, dérobé quelques objets sans valeur, la suite de cet évènement banal va devenir une tragédie.



NOTES.
Au départ, un fait divers, une histoire vraie, quatre adolescents élevés à Porto-Vecchio*, quatre copains, deux Corses et deux jeunes issus de l'immigration, errent la nuit en ville. Une ville qui, de déserte l'hiver, est devenue une foire aux touristes en été avec pas moins de 150 000 habitants, certains possédant des luxueuses résidences secondaires qu'ils habitent deux mois par an. Pendant ce temps, les autochtones, qui, spéculation immobilière oblige, n'ont plus les moyens d'habiter chez eux, vivent dans leurs villages de montagne ou, comme ici dans le film François-Jo, le personnage principal, dans une caravane.
En filigrane de la bande de copains, il y a une fracture raciale et une fracture sociale... François-Jo, manoeuvre pour Bati, homme d'affaire véreux tendance petit caïd, qui construit des lotissements à l'emporte-pièce, rêve d'une autre vie. Son copain Jo, issu de la bourgeoisie, adolescent en surpoids, complexé, vit seul avec une mère obtuse, immergé dans l'écran de son ordi. De l'autre côté, Aziz et et Hamza, bien que le film les montre intelligemment comme semi-intégrés (parlant avec un accent mixte à inflexions Corse), sont logés dans un ghetto aux abords de la ville, une cité HLM pour immigrés. Le paradoxe que montre également le film, c'est que dans ce contexte à tendance xénophobe (anti-imigrés, anti-Gaulois, etc...), en fait, il s'agit plus une division entre les Corses et ceux qui ne le sont pas, le cas particulier supplante les préjugés, d'autant que la jeune génération raisonne sans doute différemment de celle de ses aînés, dans le cadre de la bande, François-Jo et Jo n'ont envers Aziz et Hamza aucun comportement raciste.
Cette nuit d'aout à Porto-Vecchio, les quatre ados, François-Jo, Jo, Hamza, Aziz, flanqué d'une copine qui va aussitôt le tromper (déjà, le profil du loser), sortant d'une boite de nuit, vont, par désoeuvrement, squatter une villa vide. Piscine, alcool, musique, la BO du film s'amplifie, rock décadent, les portraits bleutés des personnages ont figure de spectres, en décalage avec ce qui se passe mais en adéquation avec la suite... Malheureusement, il s'avère que le père d'Aziz est chargé de l'entretien et du ménage de cette villa quand les propriétaires sont absents. Malgré des tentatives de décourager les autres, Aziz ne peut empêcher que le groupe vole des DVD, des bricoles, mais surtout deux fusils de chasse de collection. A leur arrivée dans leur villa, le couple de "Gaulois" (nouvelle appelation des Pinzutti ou Pinz, cad les "français du continent") va se plaindre à Bati qui leur a vendu la maison... C'est bien vu, avec Bati et ses compères, la propriétaire fait mine de minimiser le vol, parlant d'une voix traînante...
*Porto-Vecchio (ou PortiVechju)  
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@Cine_maniac (sortie de projection 5 juillet 2013)"Très touchée par "Les Apaches", spéculation immobilière/Baléarisation de l'île, 1contexte socio-économique explosif qui va engendrer 1 drame" ET AUSSI...
Bien évidemment, je ne peux pas dire ce qu'ont ressenti les journalistes "continentaux" présents à cette projection de vendredi dernier. Etant moi-même originaire de l'île, le spectacle de la Baléarisation de la Corse, de la spéculation immobilière en inflation, les chantiers et le béton partout, les jeunes Corses sous-employés par les hôtels ou lotissements, voire au chômage (la petite amie de François-Jo envisage d'aller travailler sur la côte d'azur), m'a serré le coeur. Pourtant, la conjoncture socio-économique est en grande partie la cause de la tragédie qui va se dérouler : paniqués par la peur d'être dénoncés par Aziz (qui a tout avoué à son père), le reste de la bande, dont François-Jo (qui a peur de perdre son travail), imagine un scénario épouvantable d'"expédition punitive" dans le maquis...
Cependant, le film ne s'en tient pas à la faute du contexte sociétal explosif, la réalité est plus ambigue. le réalisateur aborde, par touches, l'irréalité du projet d'un meurtre pour ces ados... Filmée lentement avec le réalisme des détails pratiques sordides (le fusil s'est coincé, le sang tâche, etc...), la scène de meurtre, en faux temps réel, parait durer une éternité, le temps pour les trois autres de réaliser ce qu'ils font?
Le film est très dur, dérangeant, glacé sous un soleil hostile, le réalisateur dit dans le DP qu'il a voulu "filmer la Corse de dos", le dessous de la carte postale, seule image exportée de l'île. L'impact sur les jeunes autochtones du tourisme de masse, cohabitant avec un tourisme élitiste people (acteurs, hommes politiques), est générateur d'un sentiment de dépossession de leur patrimoine et source de frustrations. Hormis l'enrichissement de quelques uns, le tourisme et la spéculation immobilière détériorent la Corse et les conditions de vie de ses habitants ; mais l'illusion que le tourisme apportera, seul, la richesse et la prospérité, est entretenue par ceux que ça arrange...
Sélectionné cette année au dernier festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, le film, réalisé par le comédien et metteur en scène de théâtre, Thierry de Peretti, passé pour la première fois derrière la caméra, sortira sur les écrans quasiment à la date anniversaire du fait divers : mi-aout. Pour un premier film, le réalisateur frappe fort, le sujet, évidemment, mais aussi la mise en scène très aboutie, moderne sans excès, pas spectaculaire, justifiant amplement sa sélection à Cannes.
déclaration de Thierry de Peretti en mai 2013 lors de la présentation du film à Cannes/QR :
"Le film se passe à l'extrême sud de l'île, Porto-Vecchio. Toutes les contradictions de la Corse contemporaine y sont concentrées : dans cet endroit très spécial, où le tourisme de masse côtoie un tourisme ultra-élitaire, des zones pastorales voisinent avec des chantiers qui lui donnent des airs de Dubaï miniature. Il y subsiste pourtant l'illusion que certaines valeurs ancestrales soudent encore la communauté..."
 

L'affiche du film lors de sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs beaucoup plus belle que celle, bien terne, retenue pour la sortie du film (en haut à G de cet article)

Après deux AP (à Porto-Vecchio vendredi 5 juillet et Ajaccio samedi 6 juillet, le film sera présenté en avant-première au festival du film de Lama (qui fête ses 20 ans**) le mardi 30 juillet
**Du 27 juillet au 2 aout 2013

Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, cinéma français, , Thierry de Peretti

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