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[Critique] BEFORE MIDNIGHT

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] BEFORE MIDNIGHT

Titre original : Before Midnight

Note:

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Origine : Grèce/États-Unis
Réalisateur : Richard Linklater
Distribution : Ethan Hawke, Julie Delpy, Seamus Davey-Fitzpatrick, Xenia Kalogeropoulou, Walter Lassally, Ariane Labed, Athina Rachel Tsangari…
Genre : Romance/Drame/Comédie/Suite/Saga
Date de sortie : 26 juin 2013

Le Pitch :
Neuf ans après leur dernière rencontre à Paris et presque deux décennies après leur première soirée à Vienne, Céline et Jesse sont enfin ensemble, avec deux jumelles. En vacances chez des amis sur une île grecque, le couple profite de la belle vie : ils se promènent dans la campagne paradisiaque, partagent des repas arrosés dans leur ville magnifique, et entretiennent de longues discussions sous le soleil d’août. Mais l’été touche à sa fin. La veille de leur retour à Paris, les amis offrent au couple une nuit dans un hôtel de charme, sans les enfants. Les conditions sont idylliques, mais les vieilles rancœurs du passé remontent vite à la surface et la soirée en amoureux tourne au règlement de comptes. Après tout ce temps, Céline et Jesse seront-ils encore ensemble le matin de leur départ ?

La Critique :
Il y a toujours eu quelque chose de troublant dans le Before Sunrise maladroitement optimiste de Richard Linklater, sorti en 1995. Même aujourd’hui, il est dur de ne pas le voir comme un faux-fantasme de collégien où Ethan Hawke et sa barbichette débraillée passent une nuit bavarde et rêveuse à Vienne pour séduire une étudiante française jouée par l’impossiblement adorable Julie Delpy. Peut-être car à l’époque, l’Ethan Hawke de Génération 90 n’était pas le porte-parole idéal pour toute une génération de philosophes amateurs et de beaux parleurs pompeux. Avec un blouson en cuir, en plus.

Neuf ans plus tard, Before Sunset changea le jeu. En tournée de promotion à Paris après avoir écrit un roman inspiré de cette soirée enchantée, le Jesse de Hawke tomba à nouveau sur la Céline de Delpy, et les deux dansèrent verbalement ensemble pour une centaine de minutes de conversation, alourdies par une tension sexuelle et la douleur des regrets. Là où Before Sunrise paraissait être une illusion romantique sur-idéalisée, Before Sunset était un récit plus triste et mature sur les ravages que peuvent causer de tels fantasmes. Le mariage malheureux de Jesse et la série de relations brisées vécues par Céline abordaient éloquemment le danger de glorifier les moments magiques de cette première rencontre à l’écran. Et pourtant, Before Sunrise était vertigineusement romantique en même temps, s’achevant avec quelques-unes des meilleures répliques finales jamais échangées dans le cinéma récent.

Neuf ans de plus ont passé. À présent, revoir ce premier film, c’est se demander si jamais nous étions aussi jeunes et naïfs. Et donc Before Midnight reprend là où il devait : avec toutes les notions romanesques des métrages précédents meurtries par la banalité écrasante de la vie quotidienne. Céline et Jesse sont désormais ensemble et devenus parents. Il n’y a plus de grains qui s’écoulent du sablier, plus de structure chronométrée, plus de sentimentalité entre amants maudits. Comme l’a essayé de démontrer Judd Apatow, c’est la quarantaine, mode d’emploi.

Linklater ouvre ce troisième chapitre avec Hawke qui dépose son fils, maintenant adolescent, à l’aéroport ; l’adieu est maladroit, puisque la mère du gosse est encore vénère que Jesse ait raté cet avion rentrant de Paris neuf ans plus tôt, comme l’avait prédit Delpy. Céline attend dans la voiture avec ses deux jumelles aux boucles d’or, et des vacances en famille dans la campagne de la Grèce touchent rapidement à leur fin. La seconde scène du film voit les protagonistes rentrant de l’aéroport en voiture ; un moment qui se déroule en un seul plan continu, pendant près de dix minutes. Et que se passe-t-il ? Rien, ou plutôt tout. Ils parlent.

Before Midnight est le premier film de la série où les dialogues ne sont pas exclusifs. Cette fois, tout le monde a le droit de parler, et Linklater manque de se planter de très peu avec un dîner prolixe dans une villa grecque dont le propriétaire (un patron des arts), pour une raison ou une autre, considère Jesse comme un grand écrivain, malgré le fait que ses deux best-sellers étaient essentiellement des journaux intimes inspirés des films que nous avons déjà vus, et la confusion récurrente par rapport à leurs titres similaires est le geste d’auto-dérision le plus sournois du réalisateur.

Les couples assis à la table, allant des jeunes tourtereaux aux vieux époux, partagent leurs pensées et leurs avis sur les relations, les théories et les avancements dans la technologie. Impossible de ne pas soupirer devant l’artificialité de cette scène lorsqu’on comprend que, vu qu’ils sont encore en Messénie, Linklater accompagne son film d’un véritable chœur grec, un vrai-de-vrai ! Mais Before Midnight se redresse rapidement et change de cap, puisque ces bienfaiteurs vont s’occuper des enfants pour la soirée et ont réservé une nuit dans l’hôtel chic du coin pour Céline et Jesse. Pour la première fois depuis des lustres, nos deux protagonistes vont se retrouver seuls.

C’est le moment attendu. Un spectateur attentif remarquera peut-être que toutes leurs badineries à table coupent un peu trop près de l’os, et une bonne poignée de blagues se cassent la gueule pendant ces longues discussions auxquelles nous nous sommes tellement habitués. Il est assez clair que Céline et Jesse ont pas mal de comptes à régler, et ceci depuis un moment. Maintenant, ce soir, enfin libres de toute distraction, tout devra sortir.

Before Midnight est souvent très drôle, et il n’y a aucun doute sur la facilité avec laquelle Delpy et Hawke (qui ont habité ces rôles pendant près de vingt ans, et ont aidé à écrire les deux derniers scénarios) se glissent dans un rapport naturel qui est tout simplement palpitant à regarder. Linklater filme tout avec des longues prises élégantes qui continuent et continuent et continuent. Amicaux ou non, les échanges verbaux entre Céline et Jesse sont aussi finement chorégraphiés qu’une course-poursuite dans un volet de Fast and Furious – et tout aussi saisissants. Une dispute virtuose dans une chambre d’hôtel dure pas loin d’une demi-heure et surpasse les meilleurs moments d’Ingmar Bergman, cristallisant parfaitement cette façon que seul quelqu’un qui vous connaît mieux que vous vous connaissez vous-même peut dire la pire chose imaginable pour vous frappez exactement là où ça fait mal. Tous les coups sont permis, et si on considère le passé sentimental des deux récits précédents, le suspense est aussi tendu qu’un thriller.

Before Midnight est un film sur le compromis et la négociation. Les deux films précédents étaient préoccupés avec des idéaux romantiques, mais c’est ici, la vraie histoire d’amour. Tellement drôle, d’une telle sagesse, il montre que les happy end sont plus durs que prévus. Et à chaque fois que j’y repense, la dernière réplique de Delpy me fait encore sourire.

@ Daniel Rawnsley

Before-Midnight-Delpy-Hawke
Crédits photos : Diaphana Distribution


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