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Queens of the Stone Age, Songs for the deaf

Publié le 09 juillet 2013 par Bertrand Gillet

Like a rolling stoner in a desert storm.

Queens of the Stone Age, Songs for the deaf
Depuis sa création, le rock a fait plus que se réinventer. Il s’est diversifié. Touchant ainsi des publics à géométrie variable au moyen d’une segmentation qui aurait pu, telle une greffe délicate, ne jamais prendre. La fameuse politique de filières qui n’a de cesse de faire écho ces derniers temps. Ainsi en est-il du Stoner rock qui se définit comme une déclinaison naturelle du Heavy Rock. Pierre angulaire (!!!) du mouvement, les Queens of the Stone Age n’en sont pas à leur première incarnation. Déjà sous l’énigmatique appellation de Kyuss, Josh Homme, son leader, rédigeait sur le grimoire du Métal une partition bien à lui, entre space et rock et inflexions californiennes. Lorsque la formation se dissout telle une goutte de LSD sous le soleil aride du désert, le monolithique guitariste réunit de nouveaux adeptes, ses reines, et forment les Queens of the Stone Age. Un premier album éponyme est gravé, puis un second – le fort bien nommé Rated R –, les membres vont et viennent. Début du nouveau millénaire, le collectif se stabilise. Autour de Josh Homme gravitent Mark Lanegan, Nick Oliveri et le légendaire batteur de Nirvana, Dave Grohl. Garde prétorienne à laquelle il faut rajouter une myriade de musiciens. Mais les quatorze chansons de ce Song For The Deaf le valent bien. L’album s’annonce majeur. Il s’agit d’une œuvre quasi conceptuelle, une saga invitant l’auditeur à un road trip, des entrailles lacérées d’autoroutes de L.A. aux profondeurs brûlantes du désert californien jusqu’au tristement célèbre Joshua Tree où Gram Parsons trouva la mort le 19 septembre 1973. Tradition américaine oblige, le véhicule de ce voyage à nul autre pareil se trouve être une voiture roulant au son d’une radio qui module d’un titre à l’autre ses fréquences locales. Pied de nez à ces stations qui refusèrent d’accorder au jeune groupe leurs faveurs. Voilà pour le contexte, quant au disque, il serait dantesque de passer en revue l’ensemble des titres. Aussi est-il préférable de conserver cette hauteur de vue qui convient parfaitement au gigantisme du paysage, immatériel comme un mirage, que l’on arrive presque à entendre à mesure que les chansons défilent. Nous dirons cependant la chose suivante. Que l’œuvre se divise en deux parties – celles-ci ne respectent pas forcément la logique des faces –, une première proposant une série magique de quatre compositions plombées – le soleil du désert encore et toujours –, denses, massives et par moments planantes. Des chansons comme No One Knows, First It Giveth, A Song For The Dead et The Sky Is Fallin’ marqueront au fer rouge les non initiés qui oseront s’y aventurer. Le groupe fait preuve d’un savoir-faire certain, l’écriture est efficace mais racée. Les interventions à la guitare empruntent à la grande tradition californienne de l’acid rock et l’on ne peut s’empêcher de songer à ces figures radicales et tutélaires – Mad River –, présentes de manière sous-jacente dans chacune des chansons de Josh Homme. Notons d’ailleurs que la violence lourde du Stoner s’accommode parfaitement des règles mélodiques de la pop. La deuxième partie symbolique du disque le prouve amplement avec une succession de morceaux plus courts mais tout aussi passionnants : Hangin’ Tree, Go With The Flow, Gonna Leave You possèdent cette même tension, dramaturgie sur le fil, une forme de minéralité qui va droit au but. Soit dit en passant, ce sont tous des tubes en puissance. Maîtrisé jusque dans ses moindres aspects – conception, construction, production –, l’album s’apparente à une Highway, un medium qui jamais ne s’arrête ni ne recule, progressant avec détermination vers son but ultime. En un mot une destinée. Et les deux blues Do It Again et God Is On The Radio, tour à tour bruyants et inquiétants, de préparer à cet exutoire. Ce point de convergence culminant dans les trois minutes et seize petites secondes extatiques de Another Love Song. Mini climax menant tout droit au grand final de Song For The Deaf. Le voyage est sur le point de s’achever, c’était sans compter l’esprit facétieux de Josh Homme qui – grand classique des albums rock contemporains – glisse un morceau caché, Mosquito Song. Moment de paix intérieure bienvenu après ce déluge d’électricité rougeoyant, cette tempête du désert sans fin, sans guerre, sans mort. Sans oublié aussi. Car au passage, l’auditeur n’aura, pendant ces soixante trois minutes et trente six secondes incandescentes, jamais été laissé sur le bord de la route. Mais embarqué corps et âme – les deux comptent – jusqu’à l’apothéose électrique ! Grâce soit donc rendue aux Queens of the Stone Age, riders on the storm des temps modernes.

 

 


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