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Lectures d’été recommandées #1 : Long Cours

Publié le 09 juillet 2013 par Alanlimo @ChristoChriv

long cours

Long Cours, c’est, d’après leur édito :

- « Chaque trimestre, l’esprit de découverte ».
- Un « besoin de recul sur notre époque, de prendre le temps d’observer le monde. De retrouver l’esprit positif des découvreurs, l’enthousiasme des grands voyageurs ».
- Un besoin de favoriser « la pensée, la poésie et l’imagination » au formaté, au globalisé.

Mais, toutes ces phrases ne sont que des mots – Long Cours, c’est avant tout quinze grands reportages qui, dans ce numéro d’été (paru en juin), nous font voyager en Italie, aux Philippines, en Suisse, en Asie centrale, et en Europe centrale, en Colombie, dans les îles du Pacifique … Pour « imaginer le monde de demain », comme le dit le rédacteur en chef Tristan Savin (grand reporter à Géo, auteur de guides de voyage) dans son éditorial. Recueillir des bouts du monde qui, réunis ensemble, pourraient former l’embryon d’une « utopie positive ».

Quinze grands reportages

Dans le secteur des revues journalistiques, la concurrence est de plus en plus rude – XXI, Feuilleton, Usbek & Rica, Tango, Schnock, Muze … Et les recettes de Long Cours sont les « classiques » du genre : des reportages narratifs souvent écrits à la première personne, du BD reportage, une nouvelle littéraire, des chroniques. Du récit, du récit, encore du récit.

J’ai d’abord été interloqué par le côté fourre-tout de la revue ; on passe des odeurs de Naples aux guerres dans le cyberespace, en enchaînant sur le Brésil et le Lashkar sans autre fil conducteur qu’un dossier central sur les villes du monde en mutation. Et, à l’intérieur même de ces reportages, on erre, on picore des morceaux du monde comme on marcherait dans les rues de ces villes, presque au hasard, rebondissant de rencontres en rencontres comme une petite bille de flipper.

François Garde, ancien administrateur des TAAF de 2000 à 2005, raconte les Kerguelen à travers un chemin de randonnée ; balance des choses vues et les enchaîne avec des réflexions personnelles, ou des anecdotes professionnelles – et tisse un fil narratif légèrement décousu qui nous emporte, pourtant, loin dans l’Océan Indien. Comme si, plutôt que de nous dire « tiens, prend cette route, tu vas voir de belles choses », il nous aurait dit : « monte sur un bateau et descend à chaque escale, peu importe l’endroit ». Ca se laisse picorer, dans les textes même.

Et c’est ça, Long Cours. Une revue déconcertante, où s’entremêlent des longueurs nécessaires pour tisser un fil entre toutes les petites perles à picorer. On en viendrait même, parfois, à souhaiter que les paragraphes disparaissent – et lire des bouts de texte complètement dé-cousus, séparés les uns des autres, comme un énorme recueil de citation qu’on ouvrirait au hasard pour apprendre des choses de Prague, d’Ouzbékistan ; et la folie des grandeurs de la femme philippine de Dieter, et l’île numérique que souhaite voir émerger Walles Kotra dans le Pacifique, jailliraient par surprise, comme un paysage insoupçonné croisé le long d’une route de Patagonie.

« Eh bien voilà, c’est bien à cela que ressemblera le monde : fonctionnel, laborieux, climatisé, international, marchand, policé, surveillé, protégé, et avec une nature domptée » écrit Christian Cailleaux dans son récit graphique Singapore Sling.

Olivier Weber, Grand Reporter, entremêle quant à lui la présentation du Devisement du monde de Marco Polo avec les réalités contemporaines de l’Asie Centrale. Les Khans, toujours présents sous la forme de dictateurs au pouvoir depuis plus de deux décennies ; les brigands de chemin et les caravanserails, qui prennent les traits de camions chinois et d’agents du FSB ; les choses qui ne changent pas, les chameaux qui résistent ; et tout cela, forme un portrait brossé sur deux temporalités différentes qui nous fait voyager, rêver, à mi-chemin entre les traces des grands explorateurs de jadis et les possibilités d’évasion contemporaines.

Tout n’est pas parfait dans la revue. Et quelques reportages me laissent perplexe, comme celui sur le cyberespace – un domaine que je connais assez bien. Mais Long Cours représente un peu ce que j’aimerais faire de mon blog : un entremêlement permanent entre le lointain, l’intellectuel, l’information, le ressenti physique – puis, tisser le tout par le fil du voyage.

Bref : je recommande !

Long Cours, N° 4, été 2013 : Villes en mutation

Au sommaire du numéro d’été 2013 :

Les odeurs de Naples
par Erri de Luca

Batailles dans le cyberespace
par Julien Bisson

Joaquim Melo, le banquier des favelas
par Capucine Graby

Drôles de Lashkar
par Massimo Berruti

Une retraite aux Philippines
par Marc Trillard

Lointaines Kerguelen
par François Garde

Very Prague Trip
par Amanda Rivkin

Le continent invisible
par Tristan Savin

Davos, reflet du monde
par Julien Blanc-Gras

Pélerinage aux sources
par Eric Bouvet

Lorelei
Une nouvelle inédite de Jérôme Charyn

Marco Polo, sur la route de la soie
par Olivier Weber

Breaking bad, la fin du mythe américain
par Pierre Sérisier

Singapore Sling
Un récit graphique de Christian Cailleaux

Peuples clichés
par Marie-Hélène Fraïssé

L’ange de la route 66
par Jérôme Pitorin

La Cannelle de Ceylan
par Olivier Rœllinger

DOSSIER : VILLES EN MUTATION

Les habits neufs de Medellin
par Hubert Prolongeau

Les métamorphoses du Cap
par Frédéric Couderc

La Renaissance de Détroit
par Agnès Gattegno


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