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Le Dancehall dans le viseur de La Commission de Radiodiffusion Jamaïcaine

Publié le 22 juillet 2013 par Davibejamaica
Après les efforts, depuis 2010, de la Commission de Radiodiffusion jamaïcaine pour lutter contre les chansons présentant des textes trop vulgaires et explicites, notamment avec la loi "anti-bleep", les artistes dancehall ont été contraints de trouver des méthodes moins "hard-core" pour raconter leurs histoires. Mais mis à part cette volonté de "nettoyer" la musique, certains pensent que des efforts devraient être déployés pour effacer ce côté hard-core du dancehall.  Tweet

Le Dancehall dans le viseur de La Commission de Radiodiffusion Jamaïcaine

L'artiste Curly Lox (Twin of Twins) croit que la culture dancehall est gravement compromise par la position prise par la Commission de Radiodiffusion. Selon le deejay, utiliser trop de métaphores pour raconter des histoires rendrait moins efficace l'obtention du point de vue de l'artiste, et ne représenterait pas ce qu'est et signifie le dancehall jamaïcain.

"A mon avis, cela limite l'artiste parce que nous ne pouvons pas communiquer efficacement ce qui doit être communiqué. Par conséquent, il minimise le message de la chanson qu'il est sensé faire passer. Basé sur la nature du dancehall et de ses racines, c'est comme si nous parlions espagnols et qu'aujourd'hui on nous demandait d'utiliser une langue différente. Donc c'est édulcoré à l'extrême", déclare Curly Lox. L'artiste considère non seulement l'interdiction de ces chansons à la radio comme une décision culturelle paralysante, mais également comme une lutte pure et simple contre le dancehall.

Le Dancehall dans le viseur de La Commission de Radiodiffusion Jamaïcaine
Lox souligne également que certains commentaires sociaux issus de chansons dancehall sont justement gravés dans l'histoire du dancehall et qu'elles n'auraient pas pu exister aujourd'hui avec ces règles strictes imposées aux acteurs de l'industrie musicale. "Le dancehall était la voix de la jeunesse opprimée et il a été communiqué dans ce langage. La chanson "Anytime" de Bounty Killer a été l'une des chansons qui a permis aux gens de comprendre la psyché d'un jeune du ghetto, et il a était en mesure d'atteindre de nombreuses oreilles importantes grâce à la manière dont il raconte l'histoire. Mais si Anytime devrait être produite aujourd'hui, elle n'aurait pas d'impact, car Bounty Killer ne pourrait pas prononcer les mêmes paroles". 

Pour soutenir que le dancehall est attaqué, le deejay souligne que même si les stations de radio acceptaient de diffuser certaines chansons, certains se plaindraient toujours. Curly Lox fait spécifiquement référence à la décision prise par le ministre de la sécurité, Peter Bunting, qui consiste à accuser les artistes qui cautionnent les éléments criminels dans leur musique. Pour l'artiste, il s'agit là d'une indication démontrant la volonté de certains critiques de vouloir voir disparaître le dancehall, ce qui la conduit à appeler l'industrie à s'unir pour se défendre. 

L'artiste dancehall Grace 'Spice' Hamilton adopte également une position similaire. La deejay croit que le dancehall a perdu de son "venin", et révèle que les marchés internationaux du dancehall préfèrent cette musique dans sa forme hard-core. L'artiste, qui revient d'une tournée européenne, explique que les amateurs de musique jamaïcaine en Europe sont catégoriques quant au fait que la musique est aujourd'hui trop "diluée". Elle affirme également que contrairement à la Jamaïque où le dancehall hard-core est rarement diffusé à la radio, les stations de radios européennes jouent largement ce style. 

Hamilton admet également qu'elle a du édulcorer ses textes afin de coexister avec les nouvelles règles de la Commision de Radiodiffusion mais ceci ne lui a pas permis, à l'échelle internationale, de bénéficier du succès escompté. "J'ai édulcoré mon style et mes paroles  pour plaire et m'intégrer, mais les gens d'outre-mer réclament des chansons hard-core. Je ne peux pas être trompée par le marché jamaïcain. Je dois revenir à la musique dancehall authentique. Si nous pouvons revenir à l'authenticité, nous pourrons avoir des hits dans le Billboard". 

Le producteur jamaïcain Matthew 'Esco' Thompson quant à lui, pense que le dancehall peut encore s'exprimer de manière hard-core malgré la règle "anti-bleep" imposée par la Commission de la Radiodiffusion. Cependant, les artistes devront être plus adroits. Le producteur les a d'ailleurs contraint à enregistrer deux versions différentes de leurs chansons pour maintenir la culture explicitement hard-core du dancehall. 

Dans le même temps, la Commission de Radiodiffusion jamaïcaine reste ferme dans son choix de bloquer les contenus jugés trop hard-core des radios locales. Hopeton Dunn, le président, n'est  pas prêt à commanter les modifications que la culture dancehall va subir, toutefois il déclare que son organisation continuera de protéger les auditeurs du contenu considéré comme vulgaires, quel que soit le genre: rap, soca, reggae, dancehall. 

  • Source : Jamaica Gleaner

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