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Benjamin Biolay : "Les Charrues, c’est comme jouer à Bernabeu"

Publié le 23 juillet 2013 par Swann

L’été des premières fois pour Benjamin Biolay. Le dandy-badboy de la chanson française fêtait ses premières Francofolies la semaine dernière. Cette fois, il est aux Vieilles Charrues. Il n’a emmené avec lui que Jeanne Cherhal pour deux duos immenses. Une nouvelle fois, Biolay a emballé l’assemblée. Quelques minutes après sa descente de scène, on le retrouve pour quelques questions. On découvre un homme charmant et souriant.

Étais-tu anxieux avant de monter sur scène ?

On ne joue pas devant une masse informe, on voit des milliers de gens, parce qu’on joue de jour. C’est ultra impressionnant mais c’est ce qui vous porte alors que ça pourrait vous inhiber…

Quel est ton meilleur souvenir en tant que spectateur ?

C’est Jay-Z. C’est assez récent en fait. Disons que c’est le dernier qui m’a vraiment marqué… Mais quand j’étais jeune, j’ai travaillé dans le merchandising, je vendais des tee-shirts et j’ai fait une tournée de Nirvana – la dernière – et ça reste des choses gravées à jamais. C’était en 93.

La grande époque du grunge… qu’est-ce que ça voulait dire ? Une génération sans trop d’avenir qui mettait toute leur énergie dans leur guitare et s’amusait ?

Ayant côtoyer Kurt Cobain durant ces dernières semaines, près mais très modestement c’était quelqu’un de très poli, très charmant, qui parlait à tout le monde, même aux gens qui vendaient des tee-shirts. C’était quelqu’un de très passionné par la musique et relativement apathique mais qui devenait un démon le soir.

Nirvana, c’est une musique qui t’a influencé ?

Bien sur, moi j’aime les belles chansons et je trouve que le groupe a fait des chansons vraiment extraordinaires. Ce qui est marrant c’est que leurs balances étaient épouvantables, c’était vraiment trashissime, mais le soir c’était des grandes chansons.

La scène ce n’est pas un pari mais c’est pas loin d’être quelque chose de fou

Tu es un équilibre d’élégance entres mots-dits et musique… Comment on est arrive là ? Est-ce que ça te vient de la musique qu’écoutait tes parents, de la famille, puis se construire en avançant ? 

C’est plutôt l’opposé…c’est plutôt conchier la musique de papa-maman, et puis en grandissant se dire "ah ça c’était pas si mal".

Tu as dit, il n’y a pas longtemps qu’il fallait arrêter de t’auto-censurer, et de t’assumer comme chanteur de variété…

La variété ce n’est pas du tout un terme péjoratif surtout, quand on n’est pas classé dedans, ce qui est mon cas…. Tout le monde fait de la variété en fait. Jay-Z dont je parlais tout à l’heure, c’est un rappeur mais avant on appelait ça de la variété rythmée… Je n’aime pas trop considéré qu’il y a des bons et des méchants…

Est-ce que c’est différent de jouer aux Charrues par rapport aux autres festivals.

C’est comme si tu jouais à Santiago Bernabeu alors que tu as l’habitude de jouer à la route de Lorient… J’avoue qu’ayant joué en plein jour, je l’ai vu. J’ai vu des gens très jeunes et des gens un peu moins jeunes. Il était tous au même endroit, dans le même état. Ça fait partie du tissu social, entre les différentes générations, les différentes communautés…

En dehors des Charrues, quel est ton rapport à la scène ?

J’aime être sur scène, mais les gens qui disent la maîtriser totalement, je ne les crois pas vraiment… Ça dépend de plusieurs facteurs : ton énergie, ta forme physique…La scène c’est une aventure, pas un pari mais c’est pas loin d’être quelque chose de fou…Je fais de la musique depuis que je suis tout petit, donc j’ai dû faire un nombre de concert incalculable, mais c’est jamais la même chose. Est-ce que c’est inné ou pas… Enfin, inné est un bien grand mot… Ma soeur est, par exemple, une très grande musicienne mais elle perd tous ses moyens en public, elle n’est jamais allée jusqu’au bout de son cursus parce qu’elle se faisait bouffer par la pression… Il y a, au contraire, des gens qui ressentent le trac comme quelque chose de galvanisant… En revanche, le travail en studio, je pense que c’est inné… Il faut être capable d’endurer des heures et des heures de "mouche"…

Quand tu écris une chanson, fais un album comment ça se passe ? 

Je ne suis pas très militaire… Je ne saurais pas le dire parce que pleins de chansons ont une histoire différente… C’est un processus un peu bohème…

Jeanne Cherhal est venue chanter sur scène avec toi, deux chansons, dont Brandt Rhapsodie…une chanson qui marque… raconte-nous son histoire…

On était en studio, on a fait plein de chansons ensemble qu’on garde et qu’on publiera un jour prochain d’ailleurs. On a fait un album ensemble en fait, un album de duos. Vers la fin de la session, j’avais fait un son, et j’avais cette idée de raconter une histoire d’amour à travers des post-it. On a écrit chacun les nôtres  C’est des choses qui arrivent rarement mais ça arrive et ça fonctionne bien. On ne se montrait pas les textes. Quand j’ai enregistré, elle n’avait pas le droit d’écouter. Après elle a enregistré et je n’avais pas le droit d’écouter. Et on a mis nos deux voix ensembles. L’ingénieur du son avec qui je travaille souvent qui s’appelle Sylvain, très Droopy, qui en général est sans expression s’est mis à pleurer légèrement.

Dans Vengeance il y a plein de rencontres, de plaisirs, et des dérapages volontaires, qui t’amène vers d’autres univers…

C’est ma vie de mélomane, ça ressemble à mon époque. J’écoute pas seulement de la chanson ou de la pop anglaise ou américaine, j’écoute du hip-hop, de la soul, du hard-rock…

Tu aurais du venir voir Rammstein…

oh non non.

Tu as collaboré avec beaucoup d’artistes. Est-ce qu’il y en a un en particulier avec lequel vous voudriez travailler ?

L’autre jour je regardais les faits divers et j’ai vu que Laureen Hill allait être condamnée pour une somme qui est énorme pour moi mais qui pour l’industrie musicale est dérisoire. Mais j’avoue j’ai demandé à des gens s’ils ne pouvaient pas me prêter 500 000 $ pour lui payer sa caution et faire un album avec moi ? C’est vrai que c’est terrible de la voir incarcérée. Ça me fait un mal fou parce que c’est une très grande.

C’est un peu l’été de vos dé-pucelages…

(rires) Plaît-il ?

C’est l’été de vos premières fois, premières Vieilles Charrues aussi. Ça arrive à un moment où vous êtes plus chanteur populaire que chanteur arty, branchouille. Est-ce que du coup vous pensez que c’est en devenant prisé et populaire un homme ?

Non je ne pense pas. Je pense que c’est des choses extérieures à soi et évidemment hyper agréables et il faudrait être complètement con et hypocrite pour dire que c’est pas agréable. Moi j’étais père, j’ai quarante ans et je ne suis pas un grand aventurier, même si c’est vrai que faire un album c’est un peu une aventure qu’on a envie de faire durer, prolonger pour pas que cela reste confidentiel. après, c’est au public de se laisser surprendre… Le dépucelage c’était il y a longtemps quand même…

Propos recueillis en conférence de presse par Sabine Bouchoul et Emma Shindo.


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