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[Critique] LE JOUR ATTENDRA

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] LE JOUR ATTENDRA

Note: ★★★½☆

Origine : France/Belgique
Réalisateur : Edgar Marie
Distribution : Olivier Marchal, Jacques Gamblin, Carlo Brandt, Reda Kateb, Igor Skreblin, Francis Renaud, Anne Charrier, Laure Marsac…
Genre : Policier/Drame
Date de sortie : 24 juillet 2013

Le Pitch :
Amis depuis l’enfance, Milan et Victor tentent de maintenir à flot leur boite de nuit, sur les quais de la Seine. Acculés, ils se voient contraints d’accepter le marché d’un truand et se rendent au Mexique afin de livrer de l’argent à Serki, un gangster français expatrié. Sur place, tout capote et Serki finit derrière les barreaux après le témoignage forcé de Milan et de Victor. Ayant depuis cet épisode rompu tout contact, les deux amis sont obligés de renouer le jour où Serki est libéré. Plus incontrôlable que jamais, ce dernier crie vengeance…

La Critique :
Dès les premières minutes, sous le soleil écrasant du Mexique, Le Jour attendra semble vouloir rompre avec les codes classiques du polar à la française. Edgar Marie, dont c’est le premier film, n’est pourtant pas étranger au milieu, vu qu’il a écrit le scénario des Lyonnais, de son ami Olivier Marchal, qu’il retrouve donc ici. Dès le commencement, Le Jour attendra affiche ses influences. Dès le début et jusqu’à la dernière minute. De bonnes influences, mais des influences tenaces. Trop probablement, car la comparaison avec certains de ces polars hong-kongais et de ces œuvres majeures comme Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia et Guet-Apens de Sam Peckinpah, ne joue pas en faveur d’Edgar Marie. Cependant, ce n’est pas si souvent que l’on voit des trucs aussi radicaux dans le cinéma français et même si Le Jour attendra ne brille pas par son originalité, il s’avère suffisamment percutant et sans concession au niveau de son traitement pour se détacher de la masse.

La principale bonne idée d’Edgar Marie est d’avoir su tirer partie de l’union au départ un poil improbable de Jacques Gamblin et d’Olivier Marchal. Le premier est contenu, réfléchi, dans le non-dit et le second, plutôt dans l’outrance et l’impulsivité. L’un incarne un homme en pleine tentative de reconstruction, en quête de paix, l’autre un type qui a renoncé depuis longtemps, malgré lui jamais bien loin des embrouilles. Si l’alchimie met un petit moment à vraiment prendre, quand elle s’installe, c’est jusqu’au bout. Le talent des deux hommes n’est bien sûr pas étranger à l’affaire. Jacques Gamblin est bien dans ses pompes, minutieux dans son jeu, s’abandonnant furtivement et Marchal prouve à quel point son arrivée dans le cinéma français à la fin des années 80 fut une bonne nouvelle. Ce mec n’est pas une star. Son métier, il l’aborde avec ses tripes. On peut ne pas y goûter, mais dans le cas présent, l’investissement paye. Sa gueule aussi. Portant sur ses traits les traumas de son personnage, à l’instar de Gamblin, Marchal incarne un sale gosse de cinquante balais tiraillé entre ses pulsions, sa loyauté, son amitié, et ses désirs utopiques de paix.

Rappelant par le choix des couleurs, du cadrage et de la musique (électro), un certain Nicholas Winding Refn, Le Jour attendra aborde aussi la violence d’une façon très proche de celle du réalisateur danois. On a beau s’y attendre, le choc n’en que plus puissant, quand d’un coup d’un seul, le sang jaillit, calé sur la rythmique des personnages acculés. Au pied du mur, ces deux amis réunis dans la sauvagerie d’une vengeance sans merci, se laissent gangrener petit à petit par une brutalité sèche. Là encore pas aussi maîtrisée que dans Drive par exemple, auquel Le Jour attendra doit beaucoup, mais la manœuvre fait néanmoins mouche. Ce qui n’est pas le cas de l’incursion soudaine de beats électro, censés peut-être illustrer la descente aux enfers de ces noctambules pris au piège. Parcouru de fausses notes, de ruptures de ton pas toujours heureuses, le long-métrage tient la route principalement parce que personne ne lâche l’affaire. Ni les acteurs, ni le réalisateur.
De concert, ils vont au bout de leur démarche et lors du final, lui aussi un peu à côté de la plaque, c’est l’impression d’avoir assisté à un spectacle aussi sec que remuant qui prédomine.
Se déroulant l’espace d’une nuit, Le Jour attendra explore un Paris crépusculaire. Une ville-personnage dont les rues recèlent autant de pièges que de sorties de secours potentielles. Une ville qui répond par ses lumières et son architecture à l’aventure fratricide qui se joue en l’espace de quelques heures.
Entre modernité pas toujours très bien illustrée et respect des ainés maladroit (les gerbes de sang et les ralentis tombent trop dans l’outrance pour ne pas évoquer d’une façon trop abrupte Peckinpah et d’autres génies du septième-art), Edgar Marie trouve un équilibre providentiel. En équilibriste plein de bonne volonté et bien appuyé par une distribution qui y croit dur comme fer, il réalise un premier film puissant. Imparfait certes, mais touchant. Par la relation de ces deux hommes unis par une amitié qui sonne vraie et par cette trame simple et carrée. Alors oui, le jour attendra, le soleil ne se lèvera que sur des impacts de balles et sur les conséquences d’actes souvent irréfléchis, mais la nuit, en attendant, leur appartient. Edgar Marie, un réalisateur à suivre assurément et de près !

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : Le Pacte


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