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On y était – Festival MIMI à Marseille

Publié le 26 juillet 2013 par Hartzine

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Une petite dose de Marseille Provence 2013 s’impose sur Hartzine cet été, et ce par les voies du MIMI, festival culte et précieux de la cité phocéenne. On aura à peu près entendu autant de bien que de mal de l’opération « capitale européenne de la culture », et il est vrai que la musique compte rarement parmi les priorités d’une telle entreprise, mais le MIMI, institution mise en place il y a vingt-huit ans, a encore offert un évènement rare et s’est payé, grâce à l’enveloppe « capitale de la culture », une jauge augmentée et un artiste poids lourd qui sort un peu de son éthique underground/culte (Jeff Mills le samedi soir, que j’ai dû louper, on ne peut pas être partout à MP13).

Il faut d’abord savoir que ce festoche bénéficie d’un cadre exceptionnel, le genre d’endroit tellement sublime qu’on pourrait y trouver n’importe quel concert fantastique : les ruines de l’hôpital Caroline sur une des îles du Frioul, petit archipel face à la ville et accessible en bateau, appartenant au 7ème arrondissement de Marseille et comptant une centaine d’habitants à l’année. Mais le MIMI n’est pas du genre à programmer « n’importe quel concert » pour autant. En prélude aux activités sur l’île, un premier concert a lieu dans l’auditorium du fameux MuCEM, nouveau musée-phare de l’opé 2013. Sorte de ciné-concert raffiné et habile,Good Bye Schlöndorff de Rayess Bek nécessite un peu de background : l’affaire tourne autour du Faussaire, film sur la guerre du Liban en 81 réalisé pendant cette guerre en plein Beyrouth par Volker Schlöndorff (qu’on connaît généralement pour Le Tambour). L’auteur, lui-même libanais, a mis la main sur la correspondance entre l’acteur principal et sa femme en Allemagne, qu’il mêle à des cassettes anonymes qui permettaient aux familles locales de communiquer en temps de guerre. Sur un postulat fort mais peut-être trop sophistiqué, Rayess concocte une performance multimédia jamais lourde, génère des mises-en-abîme troublantes, évite les écueils démonstratifs et dresse un tableau original et fragmentaire de cette guerre. Musicalement, on navigue entre abstract hip-hop, manipulations expérimentales (Rayess utilise, entre autres, une sorte de dispositif wi-fi assez fascinant), et électroacoustique (le concert est soutenu par une flûtiste) – malgré quelques passages un peu tièdes (la musique est parfois un peu décorative), l’ensemble fait mouche et donne lieu à une expérience musicale et intellectuelle de bon calibre.

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Direction l’île pour la seconde soirée, qui s’entame avec le genre de formation dont raffole le directeur du festival qui était lui-même bassiste d’Etron Fou Leloublan, sorte de Mothers of Invention français dans les 70′s. Le duo avignonnais Algecow, installé parmi tout un attirail de gadgets et d’instruments plus ou moins de fortune, s’inscrit dans l’esprit bricolo-loufoque d’un Captain Beefheart, mais sa pop bruitiste se développe au-delà de son simple attrait théâtral après quelques morceaux, en témoignent de vives envolées vers la fin de son set. Moins ludique et plus exigeant, l’Ocelle Mare est un one-man-project très subtil voire un peu casse-gueule, qui tente de générer une magie en partant de l’infime. Coincé sur son mini-plateau avec moult bidules parmi lesquels on repère surtout son métronome et sa mandoline, le guitariste expérimental (tendance Derek Bailey) établit une tension sur des frôlements acoustiques, des silences, mais ne parvient pas toujours à la maintenir. Il n’était pas forcément évident d’imposer ce genre de musique équilibriste juste avant que les vieux loups du post-punk américain Pere Ubu ne prennent la scène. Toujours compact et percutant (malgré un volume un peu trop bas), le combo donne aussi bien le change sur les vieux titres (quelques extraits de Modern Dance) que sur les nouveaux, malgré son impayable leader David Thomas qui ne peut désormais plus assurer de concerts debout et reste planté sur sa chaise en marmonnant des petits sketches entre chaque morceau sans rien perdre de son imposante prestance scénique. Après le concert, c’est un invité surprise qui viendra clore cette nuit avec moins d’humour qu’on ne l’imaginait : forte personnalité locale, Robert Guédiguian a été invité à tourner une scène de suicide pour son film en cours, profitant de la présence du public. Alors que Jean-Pierre Darroussin se mettait en scène et que tous les techniciens étaient prêts à tourner, Guédiguian aurait mal pris une blague du public, pourtant très bon enfant (« Elles sont où tes subventions MP13 pour les figurants !« ), et annonça avec grand dédain sur scène qu’il refusait finalement de tourner la séquence. Rancunier le Robert…

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