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Un « Atlas mondial des sexualités »

Publié le 27 juillet 2013 par Savatier

Un « Atlas mondial des sexualités »Proposer une cartographie mondiale des sexualités dans un volume de moins de 100 pages pouvait sembler une gageure tant la diversité du sujet, même à l’échelle d’une société donnée, ouvre de vastes horizons. C’est pourtant le défi qu’ont relevé deux géographes, Nadine Cattan et Stéphane Leroy, en publiant un Atlas mondial des sexualités (Editions Autrement, 96 pages, 19 €).

Dans un espace si compact, cet essai ne saurait naturellement se montrer exhaustif ni approfondir les thématiques qu’il traite ; d’ailleurs, il n’y prétend pas. En revanche, il permet de présenter, en quelques cartes et données, accompagnées de notes synthétiques bien construites, un état des lieux pertinent.

L’étude s’articule autour de cinq thèmes majeurs : le droit, le couple, l’argent, la violence et la diversité sexuelle, ce dernier thème étant essentiellement abordé dans le cadre d’un environnement urbain.

La plupart des conclusions n’offrent guère de surprises notables : si, partout sur le globe, le modèle hétéronormé et patriarcal de la famille mononucléaire reste de mise, se dessine un net clivage entre un monde occidental plus ouvert à de nouveaux modèles, tant sociétaux que relatifs aux pratiques sexuelles et un monde émergeant où la pression sociale et identitaire, fondée sur le poids des traditions, le carcan des religions et le rejet des valeurs émancipatrices, entoure la sexualité d’un réseau dense de commandements et d’interdits.

Un « Atlas mondial des sexualités »
De même, au niveau global, il est clair qu’il existe un lien de corrélation constant entre degré d’urbanité et espaces de liberté ; la cartographie des « refuges des sexualités minoritaires », tous situés dans de grandes villes, vient renforcer ce constat. D’autres données montrent que, partout, mais naturellement bien davantage dans les secteurs géographiques où l’accès à une sexualité libre et épanouie est réprimé, ce sont les femmes et les enfants qui constituent le plus grand réservoir de victimes (viols, prostitution, non-accès à la contraception ou à l’IVG, etc.).

Sans doute les résultats statistiques en matière de répression et de souffrances était-il attendus ; ils n’en offrent pas moins matière à réflexion en proposant différentes grilles de lecture. En revanche, l’étude des évolutions sociétales à l’œuvre dans les sociétés occidentales, comme les nouvelles formes de modèles amoureux ou de sexualité ludique – qui s’étendent du célibat revendiqué au libertinage – apportent un intéressant éclairage sur la diversité étendue des pratiques.

Dans leur conclusion, les auteurs notent : « cet atlas montre comment la géographie des sexualités est un prisme de lecture pertinent pour comprendre où s’inventent aujourd’hui les nouveaux modèles sexuels et amoureux de demain. » Ils ont raison. Pour autant, il manque à cet atlas la prise en compte d’un paramètre, à savoir l’émergence inquiétante dans les sociétés occidentales d’un néopuritanisme (religieux ou de type « moralisateur/bien-pensant ») de nature à freiner ces évolutions dans l’avenir, voire à favoriser une régression. Moins qu’un oubli, cette absence peut s’expliquer dans la mesure où ce phénomène, parce que d’apparition assez récente, ne doit pas encore constituer un champ d’études étendu. Cela dit, il le mérite car il représente une menace potentielle sur les libertés individuelles.

Illustration : cartographie mondiale de la liberté sexuelle (p. 27 de l'Atlas mondial des sexualités).


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