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Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XXXVI

Par Artemissia Gold @SongeD1NuitDete

Petit mot avant tout: Ce chapitre est un peu particulier. il est à la 1ère personne et alterne les points de vue de Noura et Elijah. Bonne lecture!

« Les clameurs de la rue se sont peu à peu apaisées à mesure que déclinait la lumière du jour. Elles m’ont curieusement rassurée toute l’après-midi et maintenant que s’abat un  silence oppressant dans  cette maison, qui a été la nôtre pendant sept ans, et que les ombres envahissent peu à peu sa chambre,  une angoisse sourde me noue la gorge. J’ai presque l’impression de sentir sa présence autour de moi, son  regard posé sur chacun de mes gestes. Je ne devrais pas être ici, je devrais être avec notre famille et les mettre à l’abri. Au lieu de cela, je reste, là, à ranger et rassembler chacune de ses affaires comme si elle allait revenir d’un moment à l’autre.

 Je caresse une dernière fois le tissu de l’une de ses robes avant de refermer le couvercle de la malle. Je n’ai ni l’envie ni la force de me relever. Je reste, là, assise à même le sol devant ce coffre sur lequel j’ai posé ma tête  soudain si lourde. J’ignore combien de temps je suis restée là,  les yeux obstinément fermés pour réprimer ses maudites larmes qui me troublent la vue. Je suis un vampire je devrais pouvoir faire taire  cette douleur. Pourquoi je n’y arrive pas ? Pourquoi est-ce si difficile ?

Des bruits de bottes battant les pavés de la cour me  font rouvrir subitement les yeux. Je me redresse vivement, le souffle court, le cœur battant à tout rompre. L’écho régulier de ses pas raisonne dans le silence de la maison.  Je voudrais m’enfuir, je ne me sens pas la force de l’affronter. Pourquoi est-il venu ? Pourquoi rend-il les choses encore plus difficiles ? Je sens sa présence dernière moi mais je ne me retourne pas.

-    Va-t-en Elijah!

J’ordonne d’une voix grave et froide que je peine à reconnaître moi-même.

-   Je voulais m’assurer que tout allait bien … avant de partir. Je l’ai convaincu de quitter le pays, nous partons demain, me répond-il presque hésitant.

Chacun de ses mots me blesse plus surement que s’il m’avait poignardée. Je ferme les yeux avant de me relever et de lui faire face. Une sourde colère m’envahit :

-   Comment peux-tu rester auprès de lui après ce tout ce qu’il a fait ? Anya est morte par sa faute!

-    Anya a fait un choix et pour une fois elle était consciente des conséquences. »

*********

« Je n’aurais jamais dû venir mais je ne pouvais pas partir comme cela, sans savoir si elle allait bien, sans la revoir une dernière fois. Mais  ce regard assassin qu’elle me lance, là, tout de suite, me dit que je ne vais pas tarder à le regretter. Provoquer une sorcière accablée de chagrin n’est pas vraiment une  de mes idées le plus brillantes. Je devrais avoir le courage de lui dire la vérité. Lui dire ce qu’il s’est réellement passé là-bas mais elle n’est pas encore  prête à l’entendre. Si elle me prend pour un traître ce sera certainement plus facile pour nous deux.

-   Tu ferais mieux de partir d’ici au plus vite, me menace-t-elle d’une voix sourde en s’approchant.

Ce serait plus sage, effectivement.  Ses  grands yeux bruns assombris par la colère, ses longs cheveux dénoués, lui donne un air farouche que je ne lui connais que trop bien. Mais je ne peux pas me résoudre à partir. Devant  mon refus d’obtempérer, elle se raidit, me défie et esquisse un geste de la main qui me prend au dépourvu. J’ignore ses intentions mais je sais de quoi elle capable et dans le doute je me saisis de ce bras brandi comme une menace. Elle résiste et tente de se dégager de mon emprise. Je finis par m’impatienter et l’accule contre le mur avant qu’il lui vienne à l’idée d’utiliser ses pouvoirs contre moi.

Elle me lance un regard plein de perplexité devant la violence de mon geste. Mes doigts qui enserrent son cou et la meurtrissent lui arrachent un gémissement de douleur. Je ne voulais pas que les choses prennent cette tournure et encore moins la blesser. La détresse que je lis dans ses yeux me fait rapidement lâcher prise mais je ne peux m’empêcher de laisser ma main s’attarder sur sa gorge pour sentir sous mes doigts son pouls rapide, la  douceur de sa peau laiteuse. Sa bouche entrouverte, d’où s’échappe sa respiration chaude et haletante, m’attire malgré moi. Je m’approche, hésitant, si près que nos souffles se croisent. Mes lèvres frôlent les siennes. Je m’attends à ce qu’elle se dérobe encore une fois, qu’elle me repousse mais, étrangement, elle ne bouge pas, me laisse faire. »

*********

 « Pourquoi je le laisse faire ? Je devrais virer définitivement ce traître de cette maison, de ma vie. Au lieu de cela, je le laisse s’emparer de mes lèvres, je le laisse passer ses bras autour de ma taille, me serrer contre lui. Je tente de raisonner ma volonté vacillante alors que mon corps, lui, continue à faire n’importe quoi et s’obstine à  me pas m’obéir. Lorsqu’il s’écarte, je me rends compte que j’avais retenu, jusque là, ma respiration. Je m’adosse contre le mur pour reprendre mon souffle et pour retrouver un semblant d’équilibre.

 Dans ses yeux,  je peux lire une question muette. Il attend mon accord, se demande sans doute si je vais le repousser. Je devrais, mais je ne peux pas. Ma volonté bat lâchement en retraite en emmenant avec elle mon bon sens. Devant mon absence de refus, il m’attire à nouveau contre lui, ne me quitte pas des yeux. Le regard profond qu’il me lance brise mes dernières résistances déjà mises à mal par sa présence.  Je sens ses doigts habiles défaire les lacets de ma robe au creux de mes reins, pendant que je m’emmêle malhabilement  dans ceux de son pourpoint. Ma maladresse et mon impatience l’amusent. Ce sourire moqueur m’agace. Je plisse les yeux comme pour le défier avant d’écarter brutalement les deux pans du vêtement, faisant céder les dernières attaches récalcitrantes. Un grognement de contrariété remplace à ma grande satisfaction l’agaçant sourire. Il me lance un regard faussement désapprobateur avant d’ôter lui-même le reste de ses vêtements pour qu’ils ne subissent par le même sort. Je le regarde faire, aussi fascinée que troublée par ce corps d’homme qui se dévoile devant moi. Je me blottis contre ce torse si réconfortant et rassurant et dépose mes lèvres sur  sa peau chaude.

Lorsque ses mains font doucement glisser ma robe le long de mes épaules, je ne peux réprimer un frisson en sentant le tissu frôler ma peau avant de tomber mollement au sol. Je me laisse aller, le souffle court, les yeux clos, sous ses mains  qui parcourent mon corps. Je ne peux réprimer un hoquet de surprise lorsque ses caresses se font plus audacieuses et aventureuses. Mes jambes se dérobent malgré moi. Peut-être l’a-t-il deviné car il se baisse tout d’un coup, me soulève de terre pour me porter vers le lit sur lequel nous nous laissons dérivés bouches unies, souffles mêlés.  Je voudrais céder totalement à ce moment mais une petite voix provenant du fin fond de ce qui me reste de raison tente désespérément de m’alerter. Je le repousse doucement. »

**********

« Pourquoi semble-t-elle si soucieuse  tout d’un coup ? Devant l’inquiétude qui se lit dans ses yeux, je suis soudain pris d’un horrible doute. Un  « détail », comme elle dirait, auquel je n’avais encore jamais songé. Je réalise alors que je ne sais rien de sa vie, des hommes qu’elle aurait pu rencontrer ou, justement, au contraire, ne pas rencontrer. J’hésite, puis je finis par demander :

-   Qu’est-ce qui ne va pas?

-   C’est assez embarrassant mais il faut que je te dise que je ne…

Je me redresse légèrement, les sourcils froncés. Elle s’interrompt. L’inquiétude fait place à la surprise devant mon propre embarras. Curieusement, un sourire moqueur se dessine ses lèvres.

-   …que je ne suis pas sûre de pouvoir…maîtriser mes émotions et mes pouvoirs et  je risque de t’envoyer valser à travers la pièce au pire moment.

Je mets quelques secondes à comprendre de quoi elle me parle. Je dois avoir l’air vraiment stupide car elle laisse échapper un rire cristallin qui creuse deux adorables fossettes sur  ses joues légèrement empourprées.  Je me rends compte alors que je ne l’ai jamais entendu rire…. dommage que ce soit à mes dépends. Je baisse la tête en souriant et la secoue, consterné tant par ma propre naïveté que  par son effronterie. Je n’en reviens pas de me faire sans cesse avoir par ce bout de femme si imprévisible, tour à tour fragile et forte, tendre et impitoyable, espiègle et sensuelle.

Lorsque je relève la tête, son sourire a disparu. Elle saisit mon visage entre ses mains et me regarde avec une intensité qui me coupe  le souffle.  Elle se redresse légèrement et m’offre ses lèvres entrouvertes et humides qui sont une véritable tentation  à laquelle je n’ai plus envie de résister et dont je m’empare sans réserve. Son corps cherche à épouser le mien. Je sens contre ma poitrine les battements de son cœur qui font furieusement écho aux miens. Ses jambes s’enroulent autour de ma taille m’invitant à céder à ce désir, que je ne peux ni ne veux plus réprimer, de la posséder entièrement ne serait-ce qu’une seule et unique nuit. »

*********

«  Les premiers rayons de soleil, pénétrant par la fenêtre restée ouverte, viennent caresser mon visage. Dehors, la ville s’anime à nouveau : les cris des marchands, le bruit des sabots des chevaux  me parviennent et me sortent définitivement du sommeil. Les cloches de l’église toute proche tintent dans l’air humide du matin. Chaque coup résonne lugubrement à mes oreilles. Lui aussi les entend. Son étreinte autour de ma taille se fait plus possessive. Son torse se presse un peu plus contre mon dos. Je sens son souffle chaud caresser ma nuque et la chaleur de ses lèvres sur mon cou. Et puis, ces mots tant redoutés chuchotés à mon oreille d’une voix sourde me font soudain frémir :

-   Je dois partir.

 Je ferme les yeux et je ne peux m’empêcher de frissonner lorsque son corps chaud s’éloigne de moi. J’ai soudain comme l’impression de basculer sans le vide.

Je voudrais le retenir mais je reste immobile, pétrifiée, obstinément tournée vers la fenêtre ouverte.

Je voudrais lui crier de rester mais ma gorge  nouée se laisse franchir aucun mot.

Je sens ses yeux posés sur moi un long moment jusqu’à ce qu’il quitte définitivement la chambre.  Puis j’entends l’écho régulier de ses pas qui raisonne dans le silence de la maison, le bruit de ses bottes battant les pavés de la cour. Pourquoi est-il venu ? Pourquoi a-t-il rendu les choses encore plus difficiles ? Pourquoi je ne lui ai pas demandé de rester ?


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