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Sur la scène intérieure de Marcel Cohen

Par Jellybelly

Sur la scène intérieure de Marcel Cohen

Marcel Cohen, 5 ans et demi, est un enfant turbulent. Le 14 août 1943, on demande à la bonne de l’emmener au parc Monceau pour qu’il se dépense. Quand ils rentrent de cette sortie, la concierge leur interdit de pénétrer dans l’immeuble et leur demande de s’éloigner. C’est alors que Marcel Cohen, du trottoir d’en face, voit un camion où toute sa famille monte.

 
La logique voudrait qu’un enfant de cet âge, dans cette situation, coure ou appelle les siens pour les rejoindre. Pas Marcel Cohen, devenu adulte à 5 ans dès lors que les siens ont dû porter l’étoile jaune.


En couverture, un coquetier peint à la main, défraîchi. Ce coquetier a été remis à l’auteur en 2009 par une amie de la famille qui avait reçu ce cadeau, en 1939, de Marie, la mère de Marcel Cohen.
« On ne conserve pas un objet aussi modeste, et aussi défraîchi, pendant 70 ans sans de sérieuses raisons… Est-il abusif d’y voir la qualité même de ce souvenir, sa texture, quelque chose d’aussi incertain que le reflet d’une aura ? ».


Eloquence de l’objet qui fera écrire à Marcel Cohen ce récit douloureux, insoutenable.


8 chapitres avec un titre : nom, prénom, date et lieu de naissance, numéro et date de convoi de 8 parents proches de l’auteur. Les chapitres exhalent des souvenirs, rares mais puissants, ressentis ou glanés, voire arrachés par l’auteur à des survivants.


7 photos y sont apposées. Il en manque une. Celle de Monique, sa petite sœur. On apprend que le régime nazi ne déportait pas un enfant en dessous de 6 mois. En attendant mère et enfant étaient internés. L’horreur absolue.


J’ai été frappée par la mémoire olfactive de l’auteur. Il conserve intact, le souvenir des eaux de toilette de son père, de ses oncles, le sillon de l’odeur laissée par l’un d’eux un jour qu’il transpirait, du parfum de la poudre de riz de sa grand-mère. Incroyable pour un si jeune enfant. Non ?


J’ai regardé de nombreuses fois les photos et je me suis surprise à chercher les ressemblances des uns et des autres. Je me suis attardée sur celle du grand-père, Mercado. En effet, « il m’a toujours semblé qu’une telle gravité n’avait rien à voir avec le sérieux d’un homme d’étude. J’ai toujours cru lire sur ce visage une désillusion froide, sans appel. Contre toute logique, elle semble être la prémonition de tous les désastres, et ce regard me glace encore »


On ne sort pas indemne de cette lecture et surtout il ne faut pas oublier, jamais.

mjo


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