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Des poches pour la route (5)

Par Pmalgachie @pmalgachie
Des poches pour la route (5) Fred Vargas, L’armée furieuse La mie de pain comme arme du crime, ce n’est pas banal. Le sucre comme indice, non plus. Adamsberg, guidé par ses intuitions et opposant une résistance passive à tout esprit de méthode, se trouve face à ces ingrédients. Pour les épicer, les ombres maléfiques qu’une « armée furieuse » désignant des victimes à venir. Et le meurtre d’un grand patron, apparemment sans rapport avec ce qui précède. Sinon que tout est lié dans le flou où baigne l’esprit du commissaire. Ce flou lui va bien.
Des poches pour la route (5) William Trevor, Cet été-là Une belle histoire d’amour, fragile et inévitable, irlandaise et universelle, dans les années cinquante et de tous les temps. Ellie et Florian n’avaient rien pour se rencontrer, le hasard et une disponibilité d’esprit – de l’âme, a-t-on envie d’écrire – les ont pourtant rapprochés. William Trevor fait, d’une liaison banale, une œuvre d’une extrême beauté, presque douloureuse à force de livrer ses secrets. On entre dedans par mégarde, on n’en sortira plus.
Des poches pour la route (5) Isabelle Autissier, L’amant de Patagonie Un choc de cultures : Emily, orpheline écossaise de 16 ans, se retrouve en Patagonie à la fin du 19e siècle, gouvernante dans la famille d’un pasteur. Participer à l’œuvre de Dieu auprès des tribus locales, apprendre aux enfants les rudiments de la langue anglaise : une noble ambition, partagée par les autres Blancs d’Ouchouaya, comme elle écrit le nom d’un endroit rebaptisé depuis Ushuaia : le bout du monde, un climat âpre et des conditions de vie difficiles. Donc exaltantes. Mais, si l’on peut espérer faire progresser les Indiens Yamanas vers la civilisation, les préjugés de l’époque marquent clairement les différences : « Sauvage un jour, sauvage toujours », affirmait déjà un capitaine de bateau à Emily. Qui, pourtant, se rapproche d’Aneki en qui elle voit surtout un homme capable de partager avec elle une vie où ils trouveraient un équilibre entre leurs origines. L’ouverture aux autres affichée par le pasteur trouve là une limite infranchissable : fréquenter un de ces sauvages n’a pour lui rien à voir avec une union chrétienne et seul le désir de la fornication doit être à l’œuvre dans l’attirance éprouvée par Emily.
Oser l’aventure, vivre avec Aneki une année d’errance pénible et belle à la fois, ce sera le sommet atteint sur un chemin escarpé au bout duquel la chute s’annonce rude. Isabelle Autissier, dont le roman s’accompagne d’une voix extérieure, place les difficultés sur le plan matériel comme sur le plan moral, les transpose à la génération suivante – un fils est né – et dit, à travers son personnage, l’impossibilité de devenir ce qu’on n’est pas. Emily aurait voulu être une Yamana, posséder les dons qu’une vieille femme a cru déceler en elle. Mais sa volonté de combattre se heurte à la réalité. Et la réalité est brutale, elle parle de possession blanche et de mort pour ceux qui ne l’acceptent pas.

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