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[Critique] WATCHMEN – LES GARDIENS

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] WATCHMEN – LES GARDIENS

Titre original : Watchmen

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Zack Snyder
Distribution : Patrick Wilson, Jackie Earl Haley, Malin Akerman, Jeffrey Dean Morgan, Carla Gugino, Billy Crudup, Matthew Goode, Stephen McHattie…
Genre : Fantastique/Science-Fiction/Adaptation
Date de sortie : 4 mars 2009

Le Pitch :
En 1985, dans une Amérique uchronique où la guerre du Vietnam a été gagnée grâce aux super-héros et où Nixon est toujours président, le meurtre d’un membre d’un ancien groupe de justiciers masqués va amener ces derniers à lutter à nouveau, alors que vient l’Apocalypse nucléaire…

La Critique :
Watchmen est un film hors-norme pour de nombreuses raisons. Il s’agit tout d’abord d’une adaptation d’un roman graphique dessiné par Dave Gibbons mais surtout scénarisé par Alan Moore. C’est dons la troisième fois que le maître britannique du comics est adapté sur grand écran. Celui-ci a toujours renié ces adaptations (à voir la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, on peut le comprendre…) au point de refuser d’être cité au générique et de toucher de quelconques royalties sur les entrées de ces films. Watchmen est une œuvre majeur dans le milieu du comic book, une sorte de méta bande-dessinée qui pulvérise bon nombre de frontières et s’aventure là où peu d’auteurs l’avaient fait jusqu’à présent (oui, j’ai bien dit auteurs). Elle est considérée comme étant une œuvre littéraire tout autant que graphique, comme l’essentiel du travail de Moore, ce qui lui a valu de remporter en 1988 le célèbre Prix Hugo qui récompense les plus grandes œuvres de SF.

Parlons du film maintenant. Il s’agit de la troisième œuvre de Zack Snyder après L’Armée des Morts et de 300. À sa sortie, le film fit grand bruit la production s’étant fait attendre, faute à un développement et une production des plus chaotiques. Le résultat aura pas mal divisé tant la critique que les spectateurs. Il faut dire que le film est un peu à l’image du support original, il ne joue pas le jeu des conventions et tourne le dos à ce qui, pour beaucoup de personnes, fait l’essence du film de super héros : action et pop corn à gogo. D’ailleurs le film, comme la BD, n’est pas un film de mais SUR les super héros. Rarement on aura observé ces personnages mythiques aussi profondément et avec aussi peu de pincettes. On passe pas mal de temps à en voir certains sans costumes, ce qui n’est pas banal. Cela permet de percevoir ce que les autres films n’ont quasiment jamais montré : la profonde humanité des personnages masqués. Tous les personnages sont, à un moment ou à un autre des humains, quelque soit leur condition « supérieure ». En parlant des personnages, on peut dire que le film rend vraiment justice à ceux-ci en nous permettant de découvrir des protagonistes tous iconiques et fascinants tout en restants terriblement faillibles et vulnérables. Pour le petit histoire, certains sont issus du catalogue du mythique label de comics Charlton qui a bercé les jeune années de Moore, et à qui il rend hommage. Rorschach, Docteur Manhattan, Le Comédien et tous leurs potes sont des figures devenues emblématiques. Les acteurs les incarnant sont assez peu connus mais impressionnent par leur performance et leur investissement sans faille. Jackie Earle Haley est absolument glaçant dans son rôle de Rorschach un justicier brutal, psychopathe, sujet au dédoublement de personnalités. Jeffrey Dean Morgan est complètement dans son rôle de mercenaires super héroïque anar et badass en diable. Patrick Wilson est très humain dans les pénates du Hibou, tout comme Malin Akerman, magnétique en Spectre Soyeux. Quant à Billy Crudup et Matthew Goode, ils incarnent tous deux à merveille leurs personnages clairement détachés des préoccupations humaines mais néanmoins loin du statut divin qu’on leur attribut.

La densité et la richesse du matériau de base imposait un film qui le soit tout autant, et de ce coté là le sieur Snyder ne s’est pas moqué de nous. Le cut ultime durant quatre heures !!! Et il s’agit de quatre heures d’une narration éclaté pleine de changements de rythmes de flashbacks et de séquences qu’on imagine prémonitoires… Car Watchmen, la BD comme le film sont des œuvres sur le temps !! Du titre que l’on peut interpréter comme comme observateurs ou hommes de la montres à la présence des horloges comme éléments récurrents, la forte présence de photographies (quel meilleur objet pour évoquer le passé?). Dans le film, tout est affaire de rythme et de narration. Le générique en est un des exemples les plus éclatants. Disons le tout simplement, il y a des gens qui font des génériques classiques et puis il y a des gens comme Snyder ou Fincher qui nous éclate la rétine avec de petits chef-d’œuvre qui à eux seuls méritent le déplacement. Celui de Watchmen intervient juste après une séquences de meurtres douloureuse, spectaculaire et sanglante. Il installe l’univers uchronique du film en nous présentant la chronologie d’un monde à la fois proche et totalement différent du notre. Il multiplie le séquences impressionnantes en quelques secondes, retraçant tout un pan de notre histoire avec une facilité et une fluidité ahurissantes. Ce fut un des challenge du film, car il posait de nombreux problèmes tels que le choix des décors et des acteurs devant prêter leurs traits à des personnages historiques, mais ça en valait la peine tant celui-ci provoque des frissons chez le spectateur à chaque fois. Le tout accompagné du mythique The Times They are A-Changin’ de Bob Dylan (comme par hasard…). Ce qui me permet de parler de l’énorme BO du film. Complètement décalée à première vue, elle fait parfaitement sens lorsque l’on réfléchit un peu au contexte, on trouve un lot de morceaux absolument légendaires et qui permettent de rester dans cette réflexion sur l’humanité et son rapport au temps: Hallelujah (la version originale de Leonard Cohen donc), Rock Around The Clock

Niveau mise en scène, on retrouve toute la force du cinéma de Snyder, à la fois épique et intimiste, il fait le grand écart et emploi comme personne le ralenti, laissant son obsession pour les corps en mouvement s’exprimer pleinement. Il donne vie avec brio à l’univers visuel singulier de Dave Gibbons, bien aidé par une splendide photographie et des effets-spéciaux à tomber par terre. Niveau scénario, mis à part la fin, tout est parfaitement respecté, sans aucune concession, c’est un donc un film à ne pas mettre devant tous les yeux, certaines séquences étant assez hardcore. Chaque personnage a le temps d’exister au travers des flash backs, ce qui les rend parfaitement entiers et exploités dans un film que l’on pourrait presque qualifier de choral. Le film n’est pas parfait, il n’est pas facile d’accès, mais si on accepte de plonger dedans, on n’en ressort pas indemne. La première fois que je l’ai vu, je me suis simplement posé cette question: « MAIS QU’EST CE QUE C’EST QUE CE TRUC ?!!! », mais j’ai fini par me rendre compte que ce n’était pas du tout négatif, au contraire, car il s’agit désormais à mes yeux d’un chef-d’œuvre unique et sans comparaison. Complètement dingue et pourtant parfaitement cohérent, un monolithe plein de subtilités et de richesse. Un grand moment de cinéma plein de scènes à tomber. Je ne saurais aborder l’œuvre de manière exhaustive, d’une part pour éviter les spoilers, d’autre part car je pense que c’est assez difficile et que d’autres que moi s’en sont déjà chargé depuis sa sortie…Mais en tout cas tentez l’expérience, au moins il ne vous laissera pas indifférent.

@ Sacha Lopez

The Watchmen-photo
Crédits photos : Paramount Pictures France


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